Coronavirus : limiter le nombre de personnes lors des rassemblements à la maison "fait partie des éléments sur la table", affirme un membre du Conseil scientifique

L'Angleterre va interdire les rassemblements de plus de six personnes, y compris au domicile, pour endiguer le coronavirus et la France réfléchit à faire de même. "Il n'y a pas de chiffre magique", admet Bruno Lina mais l'idée est de "maintenir une vie sociale" tout en limitant "le brassage des personnes".

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Radio France
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Bruno Lina, le 21 avril 2020, à l'hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Le gouvernement va devoir prendre des décisions difficiles", a estimé le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, alors que le nombre de personnes touchées par le coronavirus augmente de plus en plus dans certaines régions de France, notamment dans le Sud. Les Anglais s'apprêtent à interdire les rassemblements de plus de six personnes y compris à la maison. Une telle mesure est-elle envisageable en France ? "Cela fait partie des éléments qui sont sur la table", a répondu jeudi 10 septembre sur franceinfo Bruno Lina, membre du conseil scientifique. "Il n'y a pas de chiffre magique, mais il est clair que quand on a un groupe de 70 personnes, on a dix fois plus de chances de rencontrer quelqu'un qui est malade que si on a un groupe de sept. Donc, il s'agit de définir effectivement ces espèces de bulles sociales qui permettent de continuer à avoir des contacts, voir des gens, à aller au restaurant, recevoir, mais en évitant des brassages trop importants".

franceinfo : Le confinement général fait-il partie de ce que vous préconisez ?

Bruno Lina : À priori non. Il faudrait qu'il arrive une catastrophe pour qu'on soit amené à utiliser de nouveau cette arme terrible qu'est le confinement généralisé. En revanche, ce que l'on sait, c'est qu'on voit une hétérogénéité très importante dans la dynamique de l'épidémie actuellement en France. Certaines régions, et en particulier dans le sud de la France, sont beaucoup plus touchées que d'autres. Et forcément, à partir du moment où le virus circule plus dans certains endroits, on aurait envie d'avoir des actions spécifiques.

Des confinements par région ? Par métropole ?

Il n'y a pas que le confinement comme arme pour lutter contre la diffusion du virus. Il y a d'autres mesures qui peuvent être utiles. Il y a surtout, a priori, l'application de ce qu'on ne fait pas suffisamment bien encore, le principe de tester, tracer, isoler. On teste beaucoup, on teste beaucoup parfois un peu de façon désordonnée. L'idée, c'est d'avoir une capacité de test qui soit réorientée à la fois vers le diagnostic en mettant une filière diagnostic spécifique et dépistage.

On arrête le dépistage gratuit pour tout le monde ?

Non. On le continue, mais vous voyez bien que, dans les files d'attente des gens qui attendent pour pouvoir se faire tester, il y a deux catégories de personnes. Ceux qui viennent pour un diagnostic parce qu'ils sont malades ou parce qu'ils sont en contact et ceux qui viennent pour un dépistage parce qu'ils vont voir leur grand-mère ou partent à l'étranger. Les deux questions sont légitimes. Il faut que l’on continue à pouvoir les tester. Mais il y a une urgence diagnostique pour ceux qui sont malades. Il faut qu'on puisse leur dire tout de suite si oui ou non, ils sont malades de façon à ce que, une fois qu'ils ont leurs résultats, ils s'isolent.

Nos voisins anglais vont interdire les rassemblements de plus de six personnes y compris à la maison. C'est une bonne mesure ?

La démarche des Anglais reprise par d'autres pays est aussi intéressante. Il s'agit de définir en fin de compte quel est le groupe avec lequel vous êtes régulièrement en contact, pour lequel vous continuez donc à avoir une vie sociale, mais que vous restreignez de façon à éviter le brassage des personnes. Effectivement, cela fait partie des éléments qui sont sur la table. Il n'y a pas de chiffre magique, mais il est clair que quand on a un groupe de 70 personnes, on a dix fois plus de chances de rencontrer quelqu'un qui est malade que si on a un groupe de sept.

Il s'agit de définir effectivement ces espèces de bulles sociales qui permettent de continuer à avoir des contacts, voir des gens, à aller au restaurant, recevoir, mais en évitant des brassages trop importants. 

Bruno Lina, membre du conseil scientifique

à franceinfo

Et ça, ça peut permettre de freiner la diffusion du virus. Réunissez-vous, mais ne le faites pas avec des dizaines et des dizaines de personnes. C'est juste d'avoir un petit peu de bon sens. Mais il est important de continuer à maintenir la vie sociale.

La déclaration de président du Conseil scientifique, selon laquelle le gouvernement pourrait prendre "des décisions difficiles", a provoqué de l'agacement au sommet de l'État. Est-ce utile de lâcher une phrase comme celle-là ?

C'est une phrase qui a été dite dans un contexte qui est un peu plus large. Il est clair qu'aujourd'hui, on se rend compte que la façon de prévenir la diffusion du virus, l'ensemble des outils qui sont nécessaires pour faire le suivi de l'infection et l'adhésion de beaucoup de personnes à l'ensemble des mesures barrières d'hygiène et de distanciation, elles sont partiellement respectées, bien quand même, parce que je crois qu'on est partis de très loin, mais il y a des décisions courageuses. Il va falloir qu'on s'applique à être un petit peu plus conciliant à des règles de vie sociale et des règles d'hygiène qui nous permettent de mieux contrôler l'épidémie. L'objectif, c'est vraiment un objectif collectif. Et le message, c'est de dire aussi l'épidémie, c'est celle qu'on se fait nous. Et dire que c'est nous qui sommes en partie responsables de ce qui se passe ou qui ne se passe pas.

Qu'est-ce qui ne marche pas dans la politique de l'isolement ?

Il y a deux choses qui ne marchent pas. Premièrement, la durée d'isolement n'était pas claire. Ça passe à une semaine. Au-delà d'une semaine, il n'y a plus de risque de contamination. Ce sont des données scientifiques. Donc ça permet de raccourcir et donc potentiellement d'améliorer l'acceptabilité. La deuxième chose, c'est qu'on ne contrôle pas si les gens sont isolés ou pas. Il n'y a pas d'incitation. Et la troisième chose, c'est qu'il faut qu'on apprenne ce que signifie cet isolement. Cet isolement doit commencer le premier jour des symptômes quand on est malade. Il ne va pas commencer quand on a le résultat. Et le début de l'isolement, c'est la date de début des symptômes. Si vous avez des symptômes qui commencent un dimanche et que vous êtes testé le mardi, vous êtes en confinement jusqu'au dimanche d'après. Et là, si vous le faites correctement, ça va freiner la diffusion.

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