Covid-19 : ces indices qui font craindre une quatrième vague épidémique dès la fin du mois de juillet

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Le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d'une conférence de presse le 11 février 2021, à Paris.  (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS / AFP)

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a déclaré dimanche sur Twitter qu'"une vague est possible dès la fin juillet", dans un contexte de progression rapide du variant Delta. 

"C'est une course contre la montre qui se joue dans notre pays." Dans une série de messages sur Twitter, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a réitéré ses appels à la vaccination contre le Covid-19, dimanche 4 juillet. "Cette semaine, 4,1 millions d'entre vous avez été vaccinés en centre ou en ville, dont 1,2 million pour votre première injection. Un record. Mais nous devons aller encore plus vite", a-t-il insisté, ajoutant que "l'exemple anglais montre qu'une vague est possible dès la fin juillet". 

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De la progression du variant Delta au ralentissement de la campagne vaccinale, quelles données laissent à penser qu'un rebond épidémique puisse intervenir dès la fin du mois ? Eléments de réponse. 

Les contaminations repartent à la hausse

Un léger rebond se dessine sur la courbe du nombre d'infections au Covid-19 en France. Dimanche, 2 549 nouveaux cas ont été recensés dans le pays, soit une moyenne sur sept jours glissants de 2 312 nouvelles infections quotidiennes. Le 27 juin, une semaine plus tôt, le nombre de nouveaux cas recensés en 24 heures était de 1 578, avec une moyenne sur sept jours glissants de 1 816. 

Dimanche marquait également le septième jour consécutif de hausse, même très mesurée, du nombre de nouveaux cas quotidiens de contamination. Une recrudescence qui contraste avec plusieurs semaines de décrue.  

Infographie représentant l'évolution quotidienne du nombre de nouveaux cas d'infection au Covid-19, ainsi que la moyenne glissante de ces nouveaux cas quotidiens sur sept jours.  (FRANCEINFO)

L'évolution du taux d'incidence – le nombre de personnes testées positives sur une semaine pour 100 000 habitants  traduit également cette évolution. De 18,6 au 27 juin, il a atteint 18,8 le lendemain, 20,4 le 30 juin et 21,5 le 1er juillet. 

Le variant Delta circule davantage 

Cette évolution des infections a une cause principale, selon Olivier Véran : la progression du variant Delta sur le territoire français. Ce variant, détecté pour la première fois en Inde, est "plus transmissible de l'ordre de 40% à 60% par rapport au variant Alpha [identifié au Royaume-Uni], lui-même 50% plus transmissible que le variant original", rappelait récemment à franceinfo Mahmoud Zureik, professeur en épidémiologie et santé publique à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

Dans son dernier point épidémiologique hebdomadaire, datant du 1er juillet, Santé publique France évoque également "une diffusion accrue du variant Delta à ce jour, restant encore hétérogène sur le territoire". Entre les 22 et 28 juin, 25,8% des tests PCR criblés (représentant alors 48,3% de l'ensemble des tests positifs) comprenaient la mutation L452R, "portée notamment par le variant Delta", d'après Santé publique France. Cette part de tests criblés portant la mutation L452R s'élevait à 36,4%, pour la période allant du 25 juin au 1er juillet.

Et cette progression a été rapide au fil des dernières semaines, souligne l'agence sanitaire : de son enquête du 25 mai au 8 juin, "le variant Delta a fortement augmenté, passant de 0,8% (...) à 8,2%". Mardi, Olivier Véran a déclaré sur franceinfo que le variant identifié en Inde représentait "environ 20% des nouveaux diagnostics" et devenait "progressivement dominant". Il pourrait représenter "90% des cas de Covid-19" dans l'Union européenne d'ici fin août, selon les prévisions du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Et ainsi, possiblement, plus de la moitié des cas dans un mois.

La campagne de vaccination patine 

Face à cette progression d'un variant particulièrement contagieux, l'exécutif insiste sur la poursuite – et l'accélération – de la campagne vaccinale en France. Car celle-ci se poursuit depuis plusieurs semaines à un rythme plus lent, après un pic de premières injections en mai. Mercredi, le nombre quotidien de premières injections, en moyenne glissante, était de 167 524 selon les données de Santé publique France. Il dépassait 450 000 lors du pic du mois de mai. 

Infographie représentant le nombe quotidien de premières injections et leur moyenne glissante en France, depuis le 1er janvier 2021.  (FRANCEINFO)

"C’est trop peu, on a fait beaucoup mieux, on doit faire beaucoup mieux", avait alerté le Premier ministre Jean Castex lors d'un déplacement dans les Landes le 24 juin.

A ce stade, un peu plus de la moitié de la population française a reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19. Près de 35% sont complètement vaccinés. Or, l'immunité de groupe ne peut être atteinte que si au moins 75% de la population est vaccinée. Mais la France sera encore loin de cet objectif fin juillet. 

D'après les projections du site Covid Tracker, qui montrent bien le "plateau" actuel des injections quotidiennes, près de 35 millions de personnes, soit un peu plus de la moitié de la population française, devraient être totalement vaccinées d'ici la fin du mois. Près de 40 millions seront partiellement vaccinées à cette date. 

Nos voisins ont connu le même scénario

Sur le continent européen et outre-Manche, des exemples nous montrent un rebond des infections au Covid-19, une fois le variant Delta devenu majoritaire sur le territoire en question. Au Portugal, déjà très durement touché en début d'année, le variant détecté en Inde a été annoncé comme majoritaire à la fin du mois de juin, selon les autorités. La courbe des nouveaux cas quotidiens dans le pays, présentée par l'université américaine Johns-Hopkins  en anglais), monte en flèche à partir de la mi-juin. Elle a franchi le seuil des 2 000 contaminations quotidiennes vendredi, contre une moyenne proche de 500 dans le courant du printemps. 

La situation britannique laisse également présager un rebond épidémique en France. Le variant B.1.617.2 y est devenu majoritaire vers la fin du mois de mai, d'après les autorités. Il représentait, le 27 mai, "entre la moitié et les trois quarts des nouveaux cas positifs", avait alors déclaré le ministre britannique de la Santé Matt Hancock, comme le souligne Le Monde. Les données présentées par l'agence sanitaire anglaise, Public Health England (en anglais), parlent d'elles-mêmes : d'un peu plus de 3 000 nouveaux cas quotidiens le 27 mai, le Royaume-Uni atteint désormais plus de 24 000 nouvelles contaminations par jour. Le variant Delta, lui, représente plus de 95% des cas séquencés. 

Doit-on s'attendre à une telle explosion des cas dans le courant de l'été ? "Comme l'a montré cette année l'émergence du variant Alpha [détecté au Royaume-Uni], il y a un délai de deux mois entre la situation épidémique en France et celle du Royaume-Uni", souligne une pré-étude (en anglais) menée par le CHU de Montpellier, le CNRS et le laboratoire Cerba. Une recrudescence plus poussée des nouvelles contaminations pourrait ainsi intervenir dès la fin du mois de juillet, deux mois après celle connue par le Royaume-Uni. 

Un point semble toutefois rassurant dans ces scénarios : cette nouvelle vague s'annonce "plus nuancée"selon Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique sur le Covid-19. La vaccination offrant une forte protection contre les formes sévères de la maladie, les services hospitaliers, notamment de réanimation, devraient être bien moins mis en tension. C'est d'ailleurs ce que montre l'exemple britannique : comme le relève Le Monde, la nouvelle vague de contaminations outre-Manche ne s'est pas, à ce stade, répercutée au sein des hôpitaux. Et "moins d’une personne sur dix acceptées à l’hôpital à cause du variant Delta a reçu deux doses de vaccin", a salué le ministère de la Santé britannique.

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