Variant Delta : cinq questions sur cette mutation du virus responsable du Covid-19 qui progresse en France

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Le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran envisite à Mont-de-Marsan (Landes), le 24 juin 2021. (GAIZKA IROZ / AFP)

Le Premier ministre, Jean Castex, a appelé à renforcer "la vigilance", notamment dans le département des Landes.

Faut-il s'inquiéter de la progression dans l'Hexagone du variant Delta, identifié pour la première fois en Inde et jugé plus contagieux que tous les autres ? Cette hausse des cas de contamination avec cette souche du virus Sars-CoV-2 "doit nous conduire à renforcer notre vigilance pour éviter tout risque de reprise épidémique", a averti le Premier ministre Jean Castex, jeudi 24 juin, en déplacement à Mont-de-Marsan dans les Landes. Un département particulièrement touché par ce nouveau variant du Covid-19Franceinfo répond à cinq questions autour du variant Delta. 

Pourquoi ce variant inquiète-t-il ?

Parce qu'il est jugé plus contagieux que la souche initiale du Sars-Cov-2 présente en France. Interrogé par franceinfo mardi 22 juin, le professeur en épidémiologie et santé publique à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, Mahmoud Zureik, l'a rappelé en deux chiffres.

Le variant Delta est plus transmissible de l'ordre de 40% à 60%, par rapport au variant Alpha [celui identifié au Royaume-Uni], lui-même 50% plus transmissible que le variant original.

L'épidémiologiste Mahmoud Zureik

sur franceinfo

Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, le variant Delta a été détecté pour la première fois en Inde à la fin de l'année 2020. Ce variant, dont le nom complet est "21A/478K (B.1.617.2, Delta)", est jugé "préoccupant" par Santé publique France. Dans son dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire publié le 24 juin, l'agence sanitaire rappelle qu'il est désormais le variant prédominant au Royaume-Uni, où il a été introduit en avril 2021.

Sa progression a donc été extrêmement rapide et s'il semble avéré que le variant Delta est plus contagieux, on ignore encore s'il est plus dangereux. "Les premiers résultats sur la dangerosité suggèrent que le variant Delta est plus redoutable, mais ils doivent être consolidés et il faut d'autres études pour confirmer", a encore  expliqué Mahmoud Zureik sur franceinfo.

Est-il en progression en France ?

Oui. Dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire publié le 24 juin, Santé publique France relève que la présence du variant Delta a "fortement augmenté" dans l'Hexagone entre mai et juin. Il est en effet passé de 0,8% des échantillons analysés (selon l'enquête épidémiologique conduite le 25 mai) à 7%, (dans l'enquête conduite le 8 juin). Menées sous la houlette de Santé publique France, ces enquêtes permettent de surveiller l'évolution des variants grâce au criblage de tests PCR, puis analysés grâce au séquençage complet du génome viral.

L'évolution des resultats de séquençage pour les variants préoccupants, avec en couleur bleu le variant Delta. (SANTE PUBLIQUE FRANCE)

Si l'on en croit les prévisions alarmistes du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, ce variant devrait devenir dominant en Europe d'ici à la fin de l'été. "Nous estimons que le variant Delta (...) représentera 90% des cas de Covid-19 circulant dans l'Union européenne d'ici fin août", prévient-il dans un communiqué (en anglais) publié mercredi 23 juin.

Où est-il présent en France ?

Au total, Santé publique France a recensé, entre la mi-avril et le 20 juin 2021, "287 cas d'infection par le variant Delta confirmés par séquençage (...), dont 276 cas en France métropolitaine""Les trois régions ayant le nombre de cas de variant Delta confirmés le plus élevé étaient la Nouvelle-Aquitaine (85 cas), l'Ile-de-France (52) et la Provence-Alpes-Côte d'Azur (51)", précise-t-elle. Mais "des cas sporadiques sont maintenant rapportés dans la majorité des régions métropolitaines", note également l'agence sanitaire, en illustrant ses propos avec la carte ci-dessous. 

Cette carte illustre le nombre de prélèvements positifs au Sars Cov-2 qui confirme une infection par le variant Delta en France (ronds et taches bleues). ( (SANTE PUBLIQUE FRANCE)

"On observe en conséquence une augmentation du nombre de clusters et de foyers de transmission localisée (Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur), mais également des zones de diffusion plus soutenue comme en Nouvelle-Aquitaine (Landes), dans le Grand Est (Bas-Rhin) et en Auvergne-Rhône-Alpes (Isère)", complète Santé publique France.

Il reste donc "nécessaire de maintenir un niveau de vigilance élevé, notamment dans les Landes, où une augmentation du taux d'incidence est notée" dans la semaine du 14 au 20 juin. Selon le site CovidTracker, le nombre de nouveaux cas pour 100 000 habitants dans ce département est passé le 24 juin à 51, soit juste au-dessus du seul d'alerte fixé à 50. C'est le seul département de France métropolitaine dans ce cas. 

Le variant Delta représente désormais "70% des cas positifs détectés" dans les Landes, selon l'exécutif. Enfin, d'après Santé publique France, dans les régions d'outre-mer, à ce jour, "seule la Guadeloupe rapportait une chaîne de transmission limitée liée au variant Delta, confirmée par séquençage".

Des mesures spécifiques sont-elles prises ?

Oui. Les mesures classiques de prévention de l'épidémie ("tester, alerter, protéger") ont été renforcées dans les Landes, selon le Premier ministre. Lors de sa visite à Mont-de-Marsan, Jean Castex a ainsi promis le déblocage de 20 000 doses de vaccin supplémentaires, ce qui devrait permettre au département de disposer de 60 000 doses la semaine prochaine. Par ailleurs, le gouvernement décidera dans une semaine si l'allègement des mesures sanitaires prévues au 1er juillet s'appliquera ou non dans les Landes.

De son côté, l'Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a également annoncé une série de mesures, dont la distribution de 10 000 autotests dans les Landes, "dans certains lieux spécifiques et festifs (...), notamment au bénéfice des jeunes (bars, plages)". Parallèlement, l'ARS a renforcé la pratique du "rétrotracing", cette enquête menée par l'Assurance-Maladie pour remonter à la source de la contamination des patients. Julien Meric, le directeur adjoint de la Caisse primaire d'assurance maladie des Landes, rappelle le fonctionnement de cette procédure :

On remonte de dix jours dans la vie du patient pour voir les événenements qui peuvent avoir joué dans sa contamination, par exemple une sortie scolaire, un mariage, une fête d'anniversaire, un baptême...

Julien Meric, directeur adjoint de la CPAM des Landes

à franceinfo

"Bien sûr, lorsqu'on contacte le patient, on ne sait pas encore s'il a été contaminé avec le variant Delta, puisque le séquençage n'a pas été fait", expose-t-il. "Mais comme on sait aujourd'hui que ce variant représente 70% des cas positifs dans les Landes, on fait immédiatement un signalement à l'agence régionale de santé par exemple si deux membres d'une même famille sont touchés ou si on a un faisceau d'indice sur une sortie scolaire ou un mariage, pour que l'ARS envoie immédiatement le test au criblage." L'objectif est donc d'identifier rapidement s'il s'agit du variant Delta, pour pouvoir au mieux suivre sa progression et tenter de le freiner.

La vaccination est-elle efficace ?

Oui. Au Royaume-Uni et en Israël, où une grande partie de la population est totalement vaccinée, les cas de contamination au variant Delta ne se sont pas traduits par une hausse des cas graves. "On sait que le vaccin est efficace contre le variant Delta, même si on perd un petit peu en efficacité", a résumé l'épidémiologiste à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes, Pascal Crépey, qui était interrogé à ce sujet jeudi 24 juin sur franceinfo. Mais il faut "les deux doses", a-t-il précisé.

"Bien sûr pour que le vaccin soit efficace, il faut qu'il y ait les deux doses, ce qui n'était pas forcément le cas pour le variant précédent."

Pascal Crépey, épidémiologiste

sur franceinfo

Même constatation dans les Landes, selon un communiqué de l'ARS : la présence du variant delta ne s'est pas accompagnée d'une hausse des cas graves. "L'activité aux urgences pour suspicion de Covid-19 reste faible, écrit-elle, et aucun impact sur les indicateurs de gravité n'est à ce stade observé. (...) Cette situation trouve son explication dans le fait que l'augmentation de l'incidence est imputable principalement aux jeunes développant peu de formes graves et aux personnes âgées vaccinées, protégées également contre les formes graves."

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