Coronavirus : six questions sur les évacuations sanitaires menées depuis le début de l'épidémie en France

La situation est particulièrement critique dans les régions les plus touchées, comme l'Ile-de-France et l'Alsace. Ce qui contraint les autorités à multiplier les transferts vers d'autres régions, ou encore vers l'Allemagne et la Suisse.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
A Mulhouse, un patient atteint du Covid-19 est transporté d'un hôpital militaire à une ambulance, avant d'être transféré dans un TGV médicalisé, le 29 mars 2020. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"Nous sommes au bout de nos capacités d'hospitalisation", alerte Aurélien Rousseau, directeur général de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, mercredi 1er avril, sur franceinfo.

>> Coronavirus : suivez en direct les dernières informations liées à la pandémie de Covid-19

Gravement touchées par la crise sanitaire liée au coronavirus, Paris et sa couronne, comme l'Alsace et la Moselle, sont contraintes d'évacuer leurs malades les plus graves vers des régions moins touchées, voire vers des pays voisins comme l'Allemagne. Comment se passent ces opérations ? Qui les décide ? Tour d'horizon de ces évacuations sanitaires par air, par voie terrestre, ou même par bateau.

1Qui décide de ces évacuations sanitaires ?

"Il y a un besoin, il y a une demande. La décision est prise au niveau national, qui lance ensuite un appel à toutes les autorités régionales de santé pour répondre à cette demande", explique l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine, qui a reçu des patients transférés de la région Grand-Est. La procédure de transfert est opérée par le centre de crise de la direction générale de la santé. Elle doit aussi être validée par les hôpitaux de départ et d'arrivée, ainsi que par les ARS concernées. 

Ce processus de décision en principe réglé comme du papier à musique n'empêche pas les cafouillages. Un autocar médicalisé transportant huit malades a ainsi dû faire demi-tour entre Reims et Tours, mardi 31 mars, moins d'une heure après son départ. Pour l'ARS du Grand Est, les patients n'étaient pas prioritaires, car ils ne se trouvaient pas en réanimation. "Ce sont les services de réanimation qui sont les plus en tension en ce moment, donc on privilégie les transferts de malades en réanimation", a indiqué son directeur, Christophe Lannelongue, à France Bleu.

2Combien d'évacuations ont été réalisées ?

Selon le bilan établi mardi 31 mars par le directeur général de la santé Jérôme Salomon, "288 patients lourds, graves, nécessitant des soins complexes" ont déjà été "transférés vers des régions moins en tension". Les transferts ont surtout eu lieu depuis les deux régions les plus sinistrées : le Grand Est et l'Ile-de-France.

Pour la seule région du Grand Est, Christophe Lannelongue a expliqué qu'environ 200 évacuations se sont déroulées en 10 jours : la moitié vers d'autres régions françaises et l'autre vers l'Allemagne et la Suisse. Ces évacuations permettent aux équipes soignantes de bénéficier d'environ deux jours d'avance pour les admissions en réanimation, a-t-il précisé. Face à la "très forte saturation" des services de réanimation à Mulhouse et Colmar et à la situation "proche de la saturation à Metz et Strasbourg", les transferts devront se poursuivre "jusqu'au point d'inflexion de l'épidémie", a-t-il ajouté.

La situation devient également critique en Ile-de-France, où il y a "2 700 malades en réanimation" pour 1 200 "lits en réanimation", selon le directeur général de l'ARS d'Île-de-France, Aurélien Rousseau. Trente-six de ces patients franciliens ont été transférés à bord de deux TGV médicalisés vers la Bretagne, mercredi 1er avril. 

3Pourquoi les patients ne sont-ils pas transférés dans les cliniques privées proches ?

"Très clairement, l'hospitalisation privée est mobilisée à son maximum", répond Aurélien Rousseau, interrogé mercredi par franceinfo. "Il y a une semaine, j'ai fixé un objectif à tous les acteurs publics, privés et privés-solidaires, je leur ai dit 'il faut que nous parvenions à ouvrir 1 000 lits, on était à 1 200 malades du Covid-19 en réanimation, mercredi dernier, on sera ce soir à 2 200", poursuit-il.

"Cette ouverture de lits, ajoute-t-il, est permise par le public, par le privé et par le privé non lucratif. Ce sont eux tous qui se sont mobilisés. Evidemment, s'il y avait encore des ressources, on les utiliserait. Cette nuit, la clinique de Parly-2 a encore ouvert deux lits. Chacun jette toutes ses forces dans cette bataille, on arrache les lits les uns après les autres."

Son collègue du Grand Est affirmait de son côté, mardi, qu'on était "en train de saturer la centaine de places de réanimation créées dans le privé". Il ne reste donc plus, selon eux, qu'à évacuer certains malades ailleurs.

4Quels moyens de transport sont employés ?

Tout ce qui roule, vole ou navigue semble bienvenu, avec le renfort de l'armée de l'air, qui transfère environ 20% des patients, parfois de façon spectaculaire. A Strasbourg, des pompiers en combinaison de protection ont ainsi embarqué, lundi, six patients à bord d'hélicoptères Caïman NH90 médicalisés de l'armée de terre, à destination de la Suisse et de l'Allemagne. Le week-end précédent, une douzaine de patients avaient déjà été transférés vers l'Allemagne, la Suisse, mais aussi vers Clermont-Ferrand et Grenoble, comme en témoigne cette photo de l'armée.

L'armée de l'air française a également évacué 24 patients de l'est de la France vers des villes du sud et de l'ouest du pays, à bord d'un Airbus A330 MRTT médicalisé.

Même la marine a été mise à contribution. Un porte-hélicoptères amphibie, le Tonnerre, a transporté 12 malades de la Corse vers le continent. Il s'agissait de soulager le service de réanimation de l'hôpital d'Ajaccio (Corse-du-Sud).

Dans le civil, des véhicules de tourisme sont transformés en cars médicalisés, comme le signale cette compagnie qui travaille pour la mairie de Metz.

Il y a enfin, avec l'aide, cette fois, de la SNCF, des évacuations par TGV sanitaires. Trente-six patients originaires du Grand Est ont été transférés, dimanche, vers la Nouvelle-Aquitaine, comme, avant eux, une vingtaine de patients qui avaient rejoint les Pays-de-la-Loire. Enfin, deux TGV médicalisés sont partis de Paris, mercredi, avec 36 patients atteints du Covid-19, très gravement malades, mais capables de supporter le voyage.

5Combien de soignants sont mobilisés ?

Ces opérations sont gourmandes en personnel. Les deux trains qui emmènent 36 patients de la région Ile-de-France vers la Bretagne mercredi nécessitent au total 200 personnes, selon l'urgentiste Patrick Pelloux. La direction générale de la santé donne plus de renseignements. "Les patients seront répartis entre deux TGV qui conduiront respectivement 24 patients vers le CHU et l'Hôpital des instructions des armées de Brest et le CH de Saint-Brieuc et 12 patients vers le CHU de Rennes", explique-t-elle. A bord, "neuf équipes médicales, composées chacune d'un médecin, d'un interne, d'un infirmier anesthésiste et de trois infirmiers, prendront en charge les patients". Soit 54 professionnels pour 36 malades.

Enfin, des équipes de la Croix-Rouge sont également mobilisées.

6Est-ce dangereux pour les patients ?

"La distance n'est pas un problème. On peut transporter un malade sur 7 000 kilomètres sans la moindre difficulté technique", affirme le docteur Arnaud Depil-Duval, urgentiste à l'hôpital Lariboisière à Paris. "C'est très risqué de déplacer le matériel" dont beaucoup d'hôpitaux manquent, "c'est moins risqué de déplacer le patient", selon lui.

"Il y a relativement peu de limites matérielles à ces transferts puisque les trains ne roulent pas pour le grand public et donc sont disponibles, a détaillé le Dr Arnaud Depil-Duval. Là, on a sollicité uniquement les équipes du Samu 75, mais on pourrait solliciter les équipes des autres Samu pour qu'ils viennent chercher le malade."

La sélection de franceinfo sur le coronavirus

• Infographies. INFOGRAPHIES. Coronavirus : nombre de décès par département, âge des malades, réanimations… Visualisez l'évolution de l'épidémie en France et en Europe

• Eclairage. Traitements contre le Covid-19 : pourquoi les autorités de santé surveillent de près les effets indésirables liés au Plaquénil

• Portrait. Coronavirus : Jérôme Salomon, ce médecin dans l'ombre devenu le visage de la lutte contre le Covid-19

• Témoignages. "C'est une non-assistance à personne en danger" : le dernier espoir de traitement d'une Française devenu inaccessible en raison du confinement

• Vidéo. Les quatre gestes simples à adopter pour se protéger et éviter la propagation

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.