Coronavirus : ce que l'on sait de la dégradation de la situation sanitaire en Mayenne

Dans ce département de l'Ouest, le nombre de contaminations a quadruplé depuis le mois de juin. Une campagne de dépistage massif est en cours.

Un homme subit un prélèvement nasal dans un centre de dépistage du Covid-19, à Laval (Mayenne), le 9 juillet 2020.
Un homme subit un prélèvement nasal dans un centre de dépistage du Covid-19, à Laval (Mayenne), le 9 juillet 2020. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

"La situation en Mayenne est problématique." Olivier Véran, ministre de la Santé, n'a pas caché sa préoccupation, jeudi 16 juillet, quant à l'évolution de la pandémie de Covid-19 dans ce département : depuis le 25 juin, le nombre de nouveaux cas positifs y a été multiplié par quatre. Franceinfo revient sur ce que l'on sait de la situation.

Que disent les indicateurs ?

Santé publique France a classé, mercredi, la Mayenne parmi les départements en situation de "vulnérabilité élevée", rejoignant Mayotte et la Guyane. Le département était jusqu'alors en "vulnérabilité modérée", comme la Gironde. "Cela veut dire que cela nécessite une action et une vigilance accrues", a expliqué Jean-Jacques Coiplet, le directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire lors d'une conférence de presse, jeudi matin.

Le ministre de la Santé a fait état, jeudi, sur France Inter, d'"un taux de patients positifs par rapport à la population supérieur à la moyenne nationale", et d'un "taux de tests positifs supérieur à la moyenne nationale".

Dans le détail, en Mayenne, "le taux de positivité, depuis quelques jours, est un peu autour de 5, vers 5,5-5,6, a précisé Jean-Jacques Coiplet. Le taux de reproduction, qui d'ailleurs au niveau national est désormais légèrement au-dessus de 1 (1,20), est en Pays de la Loire à 1,50."

Selon le bilan dévoilé mercredi par Santé publique France, la Mayenne a dépassé légèrement le seuil d'alerte avec 50,1 nouveaux cas pour 100 000 habitants détectés en sept jours, le seuil d'alerte étant fixé à 50. Le 10 juillet, il s'établissait à 36,02, rappelle France 3 Pays-de-la-Loire.

Quels sont les foyers épidémiques dans le département ?

"Il y a sept foyers épidémiques en cours d'investigation", a indiqué à franceinfo Benoît James, directeur de crise Covid-19 à l'ARS des Pays de la Loire. Les foyers sont disséminés dans trois communes, principalement à Laval, où les clusters "sont en lien soit avec des hébergements d'insertion ou sociaux pour un public précaire" soit "avec un abattoir". "On a réussi à identifier des liens entre ces différents clusters à Laval. On voit qu'il y avait de la circulation de virus sur différents endroits", a expliqué Benoît James.

"Des clusters, des groupes de patients" sont "identifiés", les "chaînes de contaminations sont traquées", a assuré Olivier Véran. Le ministre de la Santé a précisé que "la plupart sont dans des lieux clos ou confinés, dans lesquels on sait identifier les personnes malades".

Quelles mesures ont été prises ?

Pour lutter contre cette hausse du nombre de cas de coronavirus en Mayenne, le ministre de la Santé a indiqué que les autorités avaient "augmenté massivement la capacité de tests sur place". "Massivement", a-t-il insisté.

Une campagne de dépistage a été lancée lundi dans le département. Selon Benoît James, elle prévoit de "renforcer les centres de dépistage actuels et [de] les multiplier dans l'agglomération lavalloise, que ce soit en amplitude horaire, en amplitude journalière et en lignes de dépistage" mais aussi la mise en place de "deux nouveaux centres de dépistage temporaires""Il y a, ne serait-ce qu'à Laval, quatre drive-test accessibles pour toutes les personnes qui souhaitent se faire tester, même sans ordonnance", a souligné Olivier Véran.

France 3 Pays-de-la-Loire précise qu'en plus des centres de dépistage situés à l'hôpital de Laval et au foirail, deux centres temporaires ont été ouverts. L'un au gymnase Jacques Chamaret et l'autre dans la salle polyvalente de la commune de L'Huisserie, au sud de Laval, où un foyer de contamination avait été détecté. Ces deux centres seront ouverts jusqu'à la fin de cette semaine au moins. Les habitants de ces deux communes âgés de plus de 10 ans ont reçu un courrier les invitant à s'y présenter. Et de nombreux habitants répondent à l'appel, comme le montre ce reportage.

Des "dépistages préventifs" vont être menés dans "des structures ou des hébergements ou des lieux collectifs dont on considère qu'ils peuvent être considérés à risque", a expliqué Benoît James. Des bons de l'assurance-maladie seront envoyés à la population mayennaise pour se faire dépister "sans passer par la case du médecin traitant et avec remboursement à 100%".

"Depuis trois jours, nous avons réalisé 3 700 prélèvements, c'est considérable", a commenté le directeur général de l'ARS des Pays de la Loire.

Alors que le port du masque dans les lieux clos va devenir obligatoire en France "dès la semaine prochaine", Olivier Véran a indiqué avoir demandé aux autorités locales d'accélérer la démarche. "Nous avons demandé au préfet de la Mayenne de mettre en place un certain nombre de mesures comme l'obligation de port du masque dans les lieux publics sans attendre la date du 1er août", a-t-il déclaré, jeudi matin, ce qu'a officialisé la préfecture peu après.

Six communes sont concernées par cette obligation immédiate de port du masque dans les lieux publics clos : Bonchamp-lès-Laval, L'Huisserie, Laval, Louverné et Saint-Berthevin. Cette obligation concerne les personnes de "11 ans et plus".

"Le périmètre de l'arrêté, la durée de son application dépendront de l'évolution de la situation sanitaire ainsi que des conditions d'entrée en vigueur de dispositions similaires envisagées au niveau national", prévient la préfecture.

Quelle est la situation dans les hôpitaux ?

"On ne constate pas aujourd'hui de saturation dans les hôpitaux ou de dépassement puisque nous avons deux personnes en réanimation à l'hôpital de Laval, sept en hospitalisation conventionnelle. C'est deux patients de moins qu'hier", a relevé Jean-Jacques Coiplet.

"Nous ne sommes pas dans une situation de tension, mais il faut rester vigilant parce que nous savons qu'en fonction de l'épidémie, si celle-ci n'était pas maîtrisée, alors nous pourrions être, comme dans d'autres territoires, confrontés à des difficultés", a-t-il mis en garde.