Crise aux urgences : comment les soignants et les syndicats jugent-ils les mesures annoncées par la ministre de la Santé ?

Si certains syndicats notent quelques "bonnes nouvelles", la plupart s'accordent à dire que ces "premières mesures" de Brigitte Bourguignon sont encore très insuffisantes.

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La ministre de la Santé, Brigitte Bourguignon, le 23 mai 2022 à Paris. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le gouvernement sort la trousse de secours pour l'hôpital. Brigitte Bourguignon, la ministre de la Santé, a dévoilé mercredi 8 juin une série de "premières mesures" pour tenter de calmer la crise aux urgences, sans attendre le résultat de la "mission flash" commandée par Emmanuel Macron. Des annonces qui n'ont pas tardé à faire réagir les professionnels de santé et les syndicats.

Les heures supplémentaires payées double

Alerté depuis des semaines sur un risque de syncope généralisée des services d'urgences, l'exécutif ressort les traitements utilisés pendant les pics épidémiques du Covid-19. Parmi-elles, on retrouve les heures supplémentaires payées double. Une mesure censée répondre aux demandes répétées d'augmentation des salaires par les soignants, dans une période où les professionnels de santé sont très sollicités.

"C'est une bonne mesure parce qu'on fait beaucoup d'efforts et c'est bien de rémunérer ces efforts", s'est félicité Rémi Salomon, le président de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Mais le néphrologue pédiatre réclame également la revalorisation des gardes et des astreintes. Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), a aussi salué "une bonne nouvelle", même s'il faudrait aussi "revoir les ratios de patients par infirmières pour redonner envie à ceux qui ont arrêté d'exercer de revenir à l'hôpital".

La mesure salariale ne convainc pas franchement François Salachas, neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et membre du Collectif inter-hôpitaux : "Est-ce qu'il y a le personnel actuellement aux urgences pour assurer ces heures supplémentaires ? Est-ce que ces personnels vont décider de ne pas prendre de vacances alors qu'ils sont déjà exténués par des gardes qui sont extrêmement répétées ?" interroge-t-il.

"Il faut redonner la confiance. Et ce n'est pas avec ces heures supplémentaires majorées que la confiance va revenir."

François Salachas, neurologue

à franceinfo

Le cumul emploi-retraite facilité

Face au manque de main d'œuvre, la ministre de la Santé veut également faire revenir certains personnels de santé retraités. Pour cela, Brigitte Bourguignon a promis de faciliter le cumul emploi-retraite, un dispositif qui permet à des soignants retraités de reprendre une activité professionnelle et de cumuler ces revenus avec leurs pensions. Le gouvernement envisage ainsi d'augmenter les plafonds de revenus et d'ouvrir de nouveaux droits à la retraite, selon les trois syndicats représentatifs des médecins libéraux. Ces mesures avaient déjà été mises en place pendant la crise du Covid-19.

De son côté, le Syndicat national des professionnels infirmiers reste perplexe. "Il y a eu un gros problème pendant la période Covid avec le cumul emploi-retraite, avec des infirmiers retraités venus en renfort et après la caisse de retraite leur exigeait de rembourser le salaire qu'ils avaient perçu, ce qui était totalement inadmissible", s'inquiète leur porte-parole Thierry Amouroux.

Les futurs diplomés mobilisés

En plus des mesures déjà éprouvées au moment de la crise du Covid-19, la ministre de la Santé a annoncé la mise en place d'un "dispositif exceptionnel". Celui-ci doit permettre que "les élèves infirmiers et aides-soignants ayant achevé leur formation initiale en juin et juillet [puissent] commencer à exercer immédiatement, sans attendre la remise officielle de leur diplôme"

"C'est juste une question administrative. Si on peut gagner quelques semaines pour recruter ces jeunes diplômés, c'est une bonne chose."

Rémi Salomon, néphrologue pédiatre

sur franceinfo

"C'est déjà le cas", nuance le SNPI. "Notre ministre est complètement hors sol. Dès que les étudiants sont diplômés, l'institut de formation soins infirmiers délivre une attestation provisoire valable trois mois permettant déjà de travailler, explique son porte-parole, Thierry Amouroux. A moins que [la ministre de la Santé] n'imagine que ceux qui sont en attente de passer leurs examens soient autorisés à travailler sans valider leurs compétences, ce qui serait interpellant."

"Cela montre à quel point on n'a rien compris aux difficultés de recrutement."

François Salachas, neurologue

à franceinfo

Le médecin du Collectif inter-hôpitaux dénonce le choix de "les envoyer au feu tout de suite" et rappelle que "pour pouvoir solidifier un savoir, il faut que ces jeunes recrues soient au contact d'anciens qui les aident, qui les acclimatent à un métier qui est difficile".

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