Le Chili autorise le mariage homosexuel à quelques jours d'une élection présidentielle sous tension

écouter (3min)

Le Chili est le 30e pays au monde à autoriser le mariage homosexuel. Ce vote intervient dans un contexte particulier : le pays doit élire son président le 19 décembre et la campagne est très tendue avec deux candidats que tout oppose.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Des Chiliens devant le Parlement attendent l'adoption d'un projet de loi visant à légaliser le mariage homosexuel, à Santiago, le 7 décembre 2021. (MARTIN BERNETTI / AFP)

Les parlementaires chiliens ont adopté le mariage pour tous provoquant les cris de joie des militants gays et lesbiens réunis devant le Parlement. Pour l'occasion, le palais présidentiel s'est illuminé aux couleurs de l’arc-en-ciel, le symbole de la communauté LGBT. Un double vote au Sénat et à l’Assemblée qui a eu lieu dans la soirée du mardi 7 décembre. Avec un résultat très net à l’Assemblée de 82 voix pour, 20 contre, 2 abstentions. Un résultat salué par les applaudissements des députés debout. Le résultat s’annonçait normalement plus serré au Sénat, mais là non plus ça n’a pas fait un pli : 21 voix pour et 8 contre.

Le texte ne se contente pas de légaliser le mariage pour tous. Il ouvre aussi la voie à l’adoption pour les couples homosexuels mariés. C’est l’aboutissement d’un très long parcours législatif, qui avait commencé il y a plus de quatre ans. Le texte est resté longtemps enterré et englué dans les navettes parlementaires. La nouvelle loi doit encore être promulguée par le président Pinera, dont le mandat s’achève. Mais il s’est engagé à le faire. Et le texte devrait donc entrer en vigueur au mois de mars.  

L'extrême droite contre le "lobby gay"

Tout ça se produit donc au moment où la campagne présidentielle bat son plein, avec deux candidats aux idées radicalement opposées sur les sujets de société. D’un côté il y a Jose Antonio Kast, 55 ans, arrivé en tête au premier tour. Il est l’héritier de l’extrême droite chilienne, nostalgique de la dictature de Pinochet. Catholique conservateur, père de 9 enfants, il dénonce régulièrement "le lobby gay" et considère que tout enfant "doit avoir un père et une mère". Mais il se garde bien de promettre l’annulation de cette loi sur le mariage homosexuel, pour une raison simple : 74% des Chiliens y sont favorables.

De l’autre côté, son rival de gauche radicale, Gabriel Boric, 35 ans, ancien leader étudiant. Il salue le nouveau texte, qu’il qualifie de "victoire de l’amour malgré les résistances de ceux qui ne croient pas en la liberté". Le scrutin présidentiel est prévu le 19 décembre. Ces derniers jours les deux candidats mettent un peu d’eau dans leur vin, pour essayer de convaincre l’électorat modéré, mais leur duel est révélateur des profondes divisions qui traversent ce pays de 19 millions d’habitants. En particulier sur les questions de société, par exemple l’avortement y reste interdit sauf dans les cas de viols ou de danger pour la vie de la mère. Les sondages donnent pour l’instant un léger avantage au candidat de gauche mais ils ne sont pas nécessairement très fiables au Chili.

Une évolution rapide en Amérique latine

En tout cas, le Chili devient donc le 30e pays au monde à autoriser le mariage pour tous. Les Pays-Bas avaient été les premiers à prendre cette décision il y a vingt ans. Quinze autres pays européens ont suivi dont la France. Et sinon, c’est essentiellement en Amérique latine que la situation a évolué ces dernières années. Le Chili devient le 7e pays du continent à légaliser le mariage pour tous, après l’Argentine, le Brésil, la Colombie, l’Équateur, l’Uruguay et le Costa Rica. Au Mexique, qui est un pays fédéral, c’est aussi le cas dans à peu près la moitié des États. À l’inverse, ça reste rarissime en Afrique et en Asie, seules exceptions l’Afrique du Sud et Taiwan.  

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.