États-Unis : l'impossible réforme de la législation sur les armes

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19 enfants et deux adultes tués, dont le tireur,  dans une école primaire du Texas. Une tuerie qui relance un serpent de mer à savoir le débat sur le port d'armes aux États-Unis.

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Une famille pleure après la fusillade de masse à l'école Robb Elementary, le 24 mai 2022 à Uvalde (Texas). (BRANDON BELL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA via AFP)

Joe Biden a beau vouloir "transformer la douleur en action", comme il l'a dit dans la nuit du mardi 24 au mercredi 25 mai, les Américains ont déjà entendu mille fois ce genre de phrases. Dans les faits, aux États-Unis, on ne compte plus le nombre de fusillades et de massacres par armes à feu. L'organisation Gun Violence Archive décompte déjà cette année plus de 200 "fusillades de masse", au cours desquelles quatre personnes au moins ont été blessées ou tuées. Dix par semaine en moyenne. Les armes à feu sont devenues en 2020 la première cause de décès des enfants et des adolescents américains.

Les statistiques sont tragiques et pourtant il est très difficile voire impossible de légiférer sur cette question, l'ultra-puissant lobby de la National Rifle Association (NRA) finance les campagnes des républicains pro-armes qui se retrouvent au Congrès et qui paralysent les réformes. En parallèle il ne faut pas oublier que les armes font depuis toujours font partie du paysage, c'est culturel. En détenir une pour se défendre est même un droit constitutionnel. C'est le fameux deuxième amendement invoqué en permanence par les pro-armes.

Au Texas, le port d'une arme en public est autorisé sans permis

Le Texas est particulièrement concerné. C'est l'un des Etats où il est le plus facile de se procurer une arme à feu. Depuis le 1er septembre 2021, le port d'une arme en public y est même autorisé sans permis, qu'on parle des armes de poing, des fusils de chasse ou des fusils à pompe. C'est une loi portée par le gouverneur républicain Greg Abott qui, en 2015, disait avoir "honte" du fait que le Texas ne soit "que" le deuxième État du pays en matière d'achats d'armes à feu. En 2020 on en a pourtant vendu 1,3 million. Il y a peut-être un lien avec le fait que le Texas détienne le record américain du nombre de fusillade dans les écoles, il y en a eu 78 depuis dix ans.

Mercredi 25 mai, c'est le même gouverneur qui donne des conférences de presse pour égrener le nombre des victimes à l'école d'Uvalde. Mais ce massacre ne changera rien à ses convictions. Pour lui comme pour le sénateur républicain local Ted Cruz, on ne résoudra ce problème qu'en mettant davantage de policiers armés devant et dans les écoles.

D'Obama à Biden, l'impossible majorité pour réformer

Au niveau fédéral pourtant l'ancien président Barack Obama a déjà essayé de s'attaquer au port d'armes. Il a tenté de faire passer une mesure qui n'était pourtant pas très contraignante et qui était largement soutenue par l'opinion publique : rendre obligatoire, dans les foires spécialisées et sur internet, les vérifications des antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs d'arme à feu. C'était en 2013, quatre mois seulement après le massacre de 20 enfants à l'école primaire de Sandy Hook (Connecticut) qui avait créé un traumatisme national, une émotion considérable. Malgré cela, les sénateurs comme la chambre des représentants ont voté contre, comme ils ont voté contre l'interdiction des armes d'assaut, et contre la limitation de la capacité des chargeurs. C'était l'un des plus gros échecs de la présidence Obama. Donald Trump après lui a largement accordé ses faveurs aux lobbies.

Est-ce que Joe Biden peut mieux faire ? Même si la société américaine a un peu évolué, la dynamique politique n'a pas changé. Aux États-Unis, le président a très peu de pouvoir. Il ne peut changer les choses et faire passer ses textes que s'il a une majorité très solide au Congrès. Or, le démocrate Joe Biden manque de leviers. Sa majorité parlementaire est trop courte. Au Sénat, il lui faut 60% des voix, c'est donc quasiment impossible. Et puis même s'il arrivait à arracher un consensus, il reste le barrage de la Cour suprême, très conservatrice, on l'a vu par exemple sur l'avortement. Il avance donc par décrets, c'est la seule façon de faire, et ça reste à la marge, avec des micro-mesures qui ne changent rien au paysage global.

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