États-Unis : un rapport du ministère de la Justice américain révèle une explosion des ventes d'armes

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Joe Biden était ce mercredi à Buffalo pour rendre hommage aux 10 victimes de la tuerie raciste survenue trois jours plus tôt. Après sa visite, le ministère de la Justice américain a dévoilé un rapport édifiant sur les ventes d’armes aux particuliers dans le pays.

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Des armes en vente aux Etats-Unis, dans un magasin du New Hampshire, aux Etats-Unis. (DOMINICK REUTER / AFP)

Pour un Européen, les chiffres de ce rapport sont stupéfiants. En 20 ans, l’industrie de l’armement a fabriqué 139 millions d’armes à feu aux États-Unis. Et la production ne cesse d’augmenter : plus de 11 millions pour la seule année 2020. À ce total, il faut ajouter en plus 71 millions d’armes importées (à l’inverse, il y a très peu d’exportation, 7 millions). Au total, on arrive à plus de 200 millions d’armes achetées dans le commerce en 20 ans aux États-Unis, dans un pays qui compte 330 millions d’habitants.

Ce business fait des heureux : les fabricants. En 20 ans, leur nombre a été multiplié par huit. Les États-Unis comptent aujourd’hui 16 960 entreprises de fabrication d’armes. Mais plus d’armes en circulation, ça veut aussi dire plus d’homicides, plus de tueries de masse, comme celle de Buffalo et avant, celles d’El Paso ou de Pittsburgh. Le nombre de décès par armes à feu n’a jamais autant augmenté aux États-Unis que pendant l’année 2020 : près de 20 000 homicides en 12 mois, autrement dit, un taux d’homicide de 6,1 pour 100 000 habitants. Pour donner un point de comparaison, en Europe Occidentale, en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, ce taux se situe entre 1 et 1,5, soit entre cinq et six fois moins.  

Le développement des "armes fantômes"

Tout aussi préoccupant, la nature des armes vendues aux États-Unis : il ne s’agit pas de la vieille pétoire du grand-père chasseur à ses heures. La hausse des ventes concerne d’abord les armes semi-automatiques modernes, beaucoup de fusils utilisés justement dans les tueries de masse et aussi des pistolets 9 mm, toujours des semi-automatiques.

Autre évolution, encore plus récente : le développement des "armes fantômes"(ghost guns). Ce qu’on surnomme ainsi, ce sont des armes fabriquées en kit. Vous recevez chez vous les différentes pièces et vous les assemblez. Souvent il suffit d’une imprimante 3D. La police des États-Unis en a saisi près de 20 000 l’an dernier. Dix fois plus qu’il y a cinq ans. En avril dernier, Joe Biden a fait durcir la règlementation sur ce type d’armes. Mais elles sont difficiles à repérer : elles n’ont pas de numéros de série, ne sont pas vendues comme des armes, évidemment, donc pas de permis de port d’armes non plus. Le phénomène passe sous les radars.  

Opposition forte entre Démocrates et Républicains

Et ce n’est pas demain la veille que les Américains ont l’intention de renoncer à porter des armes. C’est garanti par le célèbre deuxième amendement de la Constitution américaine. La NRA, la National Rifle Association, est l’un des lobbies les plus puissants de Washington. Quatre Américains sur 10 reconnaissent avoir une arme au sein de leur foyer.

Et ces dernières années, l’opposition aux armes est plutôt en recul. Il n’y a plus que 52% d’Américains pour réclamer des lois plus strictes sur le port des armes. Ils étaient 67% il y a cinq ans. C’est aussi un sujet de désaccord majeur entre les Démocrates (Joe Biden) et les Républicains (Donald Trump). Seulement 20% des électeurs républicains sont favorables à une restriction du port d’armes. Ils sont 80% des démocrates.  

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