Sara Giraudeau, à l'affiche de "Le sixième enfant", se construit avec "des personnages qui sont en recherche"

écouter (273min)

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’actrice, Sara Giraudeau. Ce mercredi 28 septembre 2022, elle est à l'affiche du film "Le sixième enfant" de Léopold Legrand.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
L'actrice française Sara Giraudeau à la 15e édition du Festival du film d'Angoulême.  (YOHAN BONNET / AFP)

Sara Giraudeau est actrice. Nourrie artistiquement et humainement par la sensibilité de ses parents, Annie Duperey et Bernard Giraudeau, c'est le théâtre qui l'a a révélée au public avec Les Monologues du vagin (2005), mais aussi La Nuit des rois de Shakespeare (2009) ou encore Colombe de Jean Anouilh en 2012. Et puis, il y a eu le tremplin et la reconnaissance avec La Valse des pingouins, une comédie musicale qui lui a valu de recevoir le Molière de la révélation théâtrale et le prix Raimu de la Révélation en 2007. Mais qui dit Sara Giraudeau dit également Le Bureau des légendes, une série pour la télévision, et le film Petit paysan pour le cinéma en 2017, ce qui lui a valu d'être césarisée meilleure actrice dans un second rôle.

Ce mercredi 28 septembre 2022, elle est à l'affiche du film Le sixième enfant de Léopold Legrand. C'est l'histoire de deux couples qui se rencontrent grâce ou à cause de circonstances assez dramatiques. Le premier couple, Franck et Meriem, a cinq enfants, un sixième est en route. Ils vivent difficilement dans une caravane. Le deuxième couple formé par Julien et Anna, qu'elle incarne, sont avocats et ne peuvent pas avoir d'enfant.

franceinfo : De cette rencontre va naître un enfant, certes, mais surtout un arrangement totalement impensable, mais que finalement on comprend, voire qu'on autorise par moments...

Sara Giraudeau : Oui, un arrangement qui est assez fou. C'est ça que j'adore dans ce personnage d'Anna qui, à un moment donné, va dépasser les limites. Avec Meriem, elles vont créer une espèce de duo de mamans. Mais c'est tellement pour le bien de l'enfant qui va naître qu'effectivement, à un moment donné, on se dit qu'elles ont raison !

Le couple qui décide de "partager" cet enfant vit dans la pauvreté dans une caravane, ce n'est pas simple, mais en même temps ils ne manquent pas d'amour vis-à-vis de leurs enfants. Il y a une histoire de transmission qui est assez incroyable... Que vous ont donné vos parents ?

Ma mère, je pense que ce qu'elle m'a transmis de plus important, c'est la confiance. Il y avait quelque chose d'une grande liberté dans mon évolution, donc aussi une solitude à plein d'endroits. Elle a été orpheline, quelque part elle n'avait pas les armes pour m'accompagner à tous les niveaux, sur plein de choses. Et en même temps, c'est bien. Je pense qu'un enfant, quand il évolue et qu'il se sent très seul dans certaines évolutions, il construit un jardin secret, il construit des fêlures qui l'aident à se construire, mais associée à une vraie confiance de mère, un cocon, à l'amour qu'elle a. Et ça, je la remercierai jamais assez. Et puis mon papa était moins là, plus impatient.

"Dans les moments où mon père était là, il fallait qu'il se passe des choses, qu'il nous apprennent plein de choses, que ça bouge, que ça fuse. Donc, enfant, c'était un petit peu plus chaotique."

Sara Giraudeau

à franceinfo

La scène vous a permis de vous construire aussi. J'ai l'impression que vous avez besoin de vous nourrir en permanence.

Oui, et en tout cas d'avoir des rôles qui soient très endurants. C'étaient des rôles très durs. Quand je pense à Viola dans La Nuit des rois, il y a un travestissement, donc il y a un jeu. Mais ce sont des rôles qui souffrent. Avec la perte de son jumeau, elle va toujours être en bataille pour essayer. Donc ce sont toujours des personnages qui sont en recherche. L'Alouette, c'est pareil, c'était une petite Jeanne d'Arc apparemment frêle et fragile et qui tout d'un coup va faire un parcours incroyable. Donc il y a de l'homme et de la femme dans ces personnages !

Ça vous définit ou pas ?

Oui, oui, quand même.

Fragile d'apparence, mais très forte à l'intérieur ?

Oui.

Il y a eu Le Bureau des légendes en 2015...

Le Bureau des légendes a bouleversé un état d'être que j'avais au cinéma. Je pensais foncièrement que j'allais arrêter... Il y avait quelque chose au cinéma que je ne comprenais pas, soit une partie de moi que je n'avais pas explorée, soit une énorme contradiction entre un extérieur et un intérieur qui fait que, à l'image, ce que vous dégagez est presque plus important, nous empêchant de voir aussi ce qu'il y a à l'intérieur. Et après, les personnalités qui peuvent être un peu contradictoires sont difficiles aussi à cerner. Je me suis rendu compte de ça. Une petite voix, un côté un petit peu fragile et non, ça ne peut pas tout jouer ! Avec Le Bureau des légendes et Petit paysan, il y a quelque chose qui s'est ouvert et qui a permis à cette "personnalité" de pouvoir rentrer dans des rôles très différents finalement, alors qu'au départ, c'était très resserré.

Dans Le sixième enfant, justement, le personnage est très dense. Que représente ce rôle finalement ?

Chaque projet apporte une pierre supplémentaire sur le travail d'une personnalité. Et donc moi, la petite question que j'avais avec Anna, c'est que c'est une femme... J'aime bien les personnages mystérieux, j'aime bien quand il y a toujours une forme de mystère dans un personnage. Et là, Anna va rentrer dans le mensonge et les faux-semblants et ça, tout personnage qui rentre là-dedans peut ne plus être compris. Et moi, je voulais qu'on continue à la comprendre. Donc, ça a été d'équilibrer les choses entre une partie de mystère, mais qu'elle reste abordable et compréhensible.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.