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"Avez-vous un coronapas ?" : bars, restaurants, musées, coiffeurs... Le pass sanitaire se généralise au Danemark

Attendu d'ici fin juin, le passeport sanitaire destiné à faciliter les vols intra-européens pourrait s'inspirer de l'initiative du "coronapas" danois, déjà nécessaire pour aller chez le coiffeur ou au restaurant.

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Au Cafe Europa 1989 les clients ont adopté le coronapas pour un premier restaurant depuis leur fermeture en décembre.
Au Cafe Europa 1989 les clients ont adopté le coronapas pour un premier restaurant depuis leur fermeture en décembre. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

"Avez-vous un 'coronapas' ?" Voilà ce qui est demandé depuis quelques jours à Copenhague lorsqu'un client souhaite entrer dans un bar, un musée, une auto-école ou chez un tatoueur. Gavin est attablé au Café Europa et nous montre son "coronapas" sur son téléphone : "Voilà, c’est une application où on rentre ses identifiants et là vous voyez que j’ai eu un test négatif dimanche."

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Le Parlement européen examinait mercredi 28 avril le projet de passeport sanitaire pour voyager au sein de l'Union européenne d'ici le mois de juin malgré l'épidémie de coronavirus Covid-19. Les États membres devront négocier pour s'accorder sur un texte final et pourraient s'inspirer de l'initiative danoise.

 Une affiche annonce que le coronapas est nécessaire pour entrer dans ce restaurant.
Une affiche annonce que le coronapas est nécessaire pour entrer dans ce restaurant. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

Ce "coronapas" peut aussi être imprimé. Trois options pour qu'il soit considéré comme valable : il faut avoir été vacciné avec les deux doses, être immunisé suite à la maladie ou, comme Gavin, avoir un test négatif de moins de 72 heures.

"Si c’est le prix à payer pour que la vie en société recommence, alors ça vaut le coup. Je suis vraiment heureux que l’on puisse vivre à nouveau en liberté, presque normalement...

Gavin

à franceinfo

Une liberté contrôlée donc par les patrons de ces établissements : c’est à eux de vérifier que les clients ont bien leur "coronapas". S’ils ne le font pas, ils risquent une amende d’au moins 400 euros. Peter, coiffeur, est ravi d’avoir pu rouvrir son salon avec ce dispositif début avril. "S’il n’y avait pas ce pass, on n’aurait jamais repris le travail, souligne-t-il. En trois semaines, je n’ai eu que trois clients qui l’avaient oublié et que j’ai dû renvoyer. Certains coiffeurs ont le sentiment de devenir policiers, mais pour moi, ça n’est pas un problème : c’est un bon système."

Une adhésion en demi-teinte

Le système ne semble pas rebuter les clients : le salon affiche complet pour les dix prochains jours. Les bars et restaurants ont, eux-aussi, retrouvé leurs habitués, même si certains Danois traînent un peu des pieds. Ceux qui s’opposent frontalement au "coronapas" sont très minoritaires : il s'agit essentiellement du mouvement "Men in Black", qui rassemble quelques centaines de manifestants deux fois par mois dans la capitale.

Anita, infirmière, s’est résolue elle à se faire tester pour pouvoir revenir au restaurant mais elle regrette de devoir montrer ses données médicales à un serveur. "C’est vraiment privé, explique-t-elle. Les gens peuvent vous juger s’ils savent que vous ne voulez pas de vaccin, et puis la prochaine fois ce sera peut-être pour une autre maladie !"

"Ce gouvernement nous dit tout le temps ce qu’on doit faire, ce n’est pas dans nos habitudes au Danemark. Moi je suis une personne responsable : si j’étais malade, je ne sortirais pas. On nous prend notre liberté."

Anita, infirmière

à franceinfo

Au-delà de ces critiques, ce pass sanitaire à la danoise implique aussi une certaine logistique : avec seulement 10% des Danois qui ont reçu deux doses de vaccins, le "coronapas" repose aujourd'hui surtout sur les tests, massifs au Danemark. Tous les jours, un habitant sur dix est testé gratuitement et dans les centres de dépistages, le flot des candidats au test est continu. "Depuis la mise en place du coronapas, on teste encore plus de gens, indique Trine Baadsgaard, porte-parole du groupe Copenhagen Medical, qui gère ces centres dans la capitale. Le premier week-end où les bars ont rouvert, on a fait 20% de tests en plus et du coup, on étend les horaires d’ouverture des centres de dépistage. On a même un site en drive ouvert 24h/24. On dirait bien qu’on va dans la bonne direction."

Le Conseil d'éthique émet des réserves

Depuis les réouvertures avec le pass sanitaire, on ne note pas au Danemark de rebond de l’épidémie, avec moins de 200 malades du Covid-19 hospitalisés pour près de six millions d’habitants. Mais le Conseil d’éthique danois redoute, lui, des conséquences sociétales du passeport sanitaire. "Si vous avez besoin d’un test et que vous êtes handicapé ou que vous n’avez pas de moyen de transport ou que vous habitez un endroit reculé ou que vous êtes SDF, détaille Anne-Marie Gerdes, qui préside le Conseil d'éthique, il y a plein de raisons pour lesquelles certains pourraient ne pas avoir accès au coronapas. Et cela va créer des inégalités..." Le Conseil d’éthique recommande donc que ce pass sanitaire soit utilisé pendant le moins de temps possible. Aussi, les autorités doivent réévaluer le dispositif cet été.

La preuve de la vaccination est consultable sur un smartphone.
La preuve de la vaccination est consultable sur un smartphone. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

Pour le moment, à Paris et à Bruxelles, un passeport sanitaire pour le transport aérien est à l'étude. Paris l’expérimente déjà pour les liaisons avec la Corse et étendra bientôt le dispositif à l’Outre-mer, via l’application TousAntiCovid, qui certifie un test négatif. Le gouvernement voudrait ensuite l’élargir à une certification de vaccination et d’immunité, comme au Danemark et comme le prévoit aussi le projet européen. L’idée est d'obtenir une harmonisation européenne pour l'été. En revanche, la France exclut pour l’instant le recours au pass sanitaire pour les bars et restaurants. Les discussions sont cependant ouvertes pour les festivals, concerts, rencontres sportives ou encore les salons.

Au Cafe Europa 1989 les clients ont adopté le coronapas pour un premier restaurant depuis leur fermeture en décembre.
Au Cafe Europa 1989 les clients ont adopté le coronapas pour un premier restaurant depuis leur fermeture en décembre. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)