ÉDITO. Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon paye ses prises de position

Jean-Luc Mélenchon qui avait refusé de qualifier le Hamas de terroriste semble payer ses positions dans l’opinion. Un signal d’alerte pour l’Insoumis en chef, alors que l'image du Rassemblement national se normalise.
Article rédigé par Agathe Lambret
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, le 6 mai 2023. (GERARD BOTTINO / MAXPPP)

À la présidentielle de 2027, Jean-Luc Mélenchon obtiendrait entre 14 et 15% des intentions de vote, selon un dernier sondage de l’Ifop, très loin de son score du premier tour en 2022 où il avait obtenu 22%. Aujourd’hui, l’Insoumis paye ses prises de position et ses dernières polémiques, son incapacité à s’excuser, son rapport très personnel aux faits et à la vérité. Le soir de l’explosion à l'hôpital à Gaza, il accuse immédiatement Israël de crime de guerre, alors que rien ne l’atteste si ce n’est la propagande du Hamas. Peu importe si ensuite les enquêtes semblent dédouaner l’État hébreu, il ne reviendra pas sur ses propos.

2027 c’est encore très loin, mais ce sondage s’inscrit dans une tendance. Avant l’attaque du Hamas une enquête Ipsos révélait que plus de la moitié des Français considéraient La France insoumise dangereuse pour la démocratie, devant le Rassemblement national.

Les vases communicants

Plus l'image des Insoumis se dégrade, plus le Rassemblement national semble se normaliser. Celui qui incarne l’antisystème et qui multiplie les provocations aujourd’hui, c’est Jean-Luc Mélenchon, pas Marine Le Pen qui se drape dans ses nouveaux habits républicains. Celui qui est accusé de manquer de compassion pour les victimes du Hamas, c’est Jean-Luc Mélenchon, pas la présidente du RN qui se pose en bouclier de la communauté juive, malgré une arrière-boutique encore trouble, à mille lieues des saillies antisémites de son père.

Jean-Luc Mélenchon rappelle Jean-Marie Le Pen dans les années 1990, constate le sondeur Jérôme Fourquet, quand Marine Le Pen a compris que l’un des principaux obstacles à sa dédiabolisation était l’antisémitisme du Front national. Celui qui est accusé de complaisance avec l’antisémitisme c’est Jean-Luc Mélenchon. Plus la première s’envole, plus le second recule.

Une stratégie parfaitement calculée

Pour accéder à son objectif, le second tour de la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon mise sur son socle, et s’adresse à la jeunesse des banlieues et aux musulmans. Quitte à les essentialiser comme s’ils attendaient tous la même chose, quitte à oublier la majorité des Français, pire, à accepter d’être rejeté par nombre d’entre eux. Il lui reste encore des abstentionnistes à convaincre avec son discours, pense-t-il, la question d’une posture plus fédératrice se posera plus tard, s’il accède au second tour. C’est vrai que pour l’instant, personne à gauche ne détrône l’Insoumis et l’absence de plan B peut encore occulter ses dérives et lui servir de carburant. Maintenant, s’il accédait jusqu’à un duel face à Marine Le Pen, la question c’est : vers qui les Français se tourneraient ? Il semble bien que le diable a changé de camp.

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