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Guerre entre Israël et le Hamas : l'espoir et la menace

Alors que l'espoir d'une deuxième trêve s'amoindrit, les déclarations des belligérants font monter les enchères et l'incertitude reste entière sur la suite.
Article rédigé par Etienne Monin
Radio France
Publié Mis à jour
Des Palestiniens se rassemblent dans une rue alors que de l'aide humanitaire est larguée dans la ville de Gaza le 1er mars 2024. (AFP)

Comme toujours dans ces cas-là, il y a les versions, l'impact et les victimes. Jeudi 29 février, avant le lever du jour, plus d'une centaine de Palestiniens sont morts  d'après le ministère Gazaoui de la santé, victimes du chaos devenu chronique dans cette guerre. Ces Gazaouis ont été tués dans un gigantesque mouvement de foule provoqué par l'approche de 30 camions d'aide humanitaire sur la route côtière près de la ville de Gaza avant la levée du jour. Les Palestiniens accusent les Israéliens d'avoir tiré sur cette foule. "Il y a eu un véritable carnage, c'était de la folie, ça tirait dans tous les sens, raconte ce Gazaoui qui a assisté à la catastrophe. "Certains Gazaouis ont passé 24, voire 48 heures sur la plage, dans le froid, à attendre l'arrivée de ces camions d'aide humanitaire", affirme ce témoin, qui estime qu'il y avait entre 20 000 et 25 000 personnes présentes au moment de la tuerie. "Depuis cinq mois, il n'y a plus rien à manger dans le nord de Gaza. Il y avait des femmes, des enfants, des hommes qui étaient là dans l'espoir d'avoir de quoi se nourrir", soupire-t-il.

Le convoi était confié à des privés. Il a été coordonné par l'armée Israélienne, qui reconnaît des tirs limités sur la foule, mais qui compare aussi la scène a celle la bousculade de la Mecque qui avait fait plus de 700 morts. Ce désastre donne du poids aux pays qui réclament un cessez-le-feu. La France fait partie de ceux qui condamne fermement l'état désastreux de l'aide humanitaire à Gaza.  

"Ce qui se passe est indéfendable et injustifiable", a dénoncé Stéphane Séjourné sur France Inter, vendredi 1er mars. Le ministre des Affaires étrangères affirme que "la France soutiendra la proposition du secrétaire général de l'ONU" Antonio Guterres qui plaide pour une enquête indépendante pour identifier les responsabilités dans ce drame. "À partir du moment où on pourrait qualifier de crimes de guerre ce genre de faits, évidemment qu'il faudra que la justice se prononce", affirme Stéphane Séjourné.

Dans cette affaire, l'armée israélienne est soupçonnée d'avoir cherché a court circuité l'ONU pour les livraisons humanitaire du nord de l'enclave. Depuis 15 jours, les Nations-Unies ont stoppé leurs convois pour des raisons de sécurité, bloqués par les restrictions de l'armée.

L'espoir d'une trêve semble s'éloigner

L'espoir d'une trêve qui avait été entretenu par le président américain Joe Biden, lundi 26 février, semble s'éloigner. La catastrophe va sans doute faire monter les enchères au moment où les positions semblaient s'être assouplies. "Il semblerait que le Hamas ait revu à la baisse ses exigences maximalistes initiales, en l'occurrence le fait de vouloir une trêve pérenne, et puis le retrait total des forces israéliennes, explique Daniel Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, invité des matins de France Culture, mardi 27 février. Et du côté israélien semble-t-il, qui demandait la libération de tous les otages en une seule fois, également une exigence modulée. Donc ça prend forme mais il faut être très prudent."

Mais si les États-Unis espèrent réduire la pression avec cette éventuelle trêve, le Premier ministre israélien n'y voit qu'une parenthèse. En anglais, Sur CBS, Benyamin Netanyahu impose son agenda. L'opération militaire sur Rafah reste l'objectif final malgré le risque humanitaire.

"Une situation de chaos"

Le risque d'une opération militaire dans un secteur a très haute densité de population est pris très au sérieux. Les Egyptiens sont soupçonnés d'avoir construit un camp sécurisé pour les Palestiniens qui passeraient la frontière. Mais cette réserve est sous-dimensionnée et l'enclave est globalement en ruine. "Les bombardements sur tout Gaza et à Rafah en particulier ont détruit jusqu'à 70% des habitations, ce sont des chiffres qu'on n'avait même pas vus pendant la Seconde Guerre mondiale, estime Alain Gresh, fondateur du magazine Orient 21. Donc on est dans une situation de chaos."

"Il y a un million de réfugiés à Rafah qui viennent des autres parties de Gaza et on ne voit pas comment les évacuer. Les évacuer où ? Ailleurs, il y a encore des combats et l'armée israélienne ne les laissera pas rentrer dans leur ville d'origine."

Alain Gresh, fondateur du magazine "Orient 21"

Vendredi 1er mars, plus de 110 personnes sont mortes selon le Hamas au cours d'une distribution d'aide alimentaire à Gaza. Si les circonstances doivent être éclaircies, l'armée israélienne a reconnu avoir ouvert le feu.

L'ordre de grandeur devient abyssal et on ne sait pas ou il s'arrêtera. Le ministère de la Santé du Hamas a annoncé jeudi 29 février que le conflit avec Israël, commencé le 7 octobre, avait fait "plus de 30 000" morts à Gaza. Les deux tiers sont des victimes civiles, avec un nombre important de femmes et d'enfants. Le 7 octobre, près de 1200 Israéliens ont été exécutées par le Hamas.

En fin d'épisode, Ines Abdel Razek, directrice générale de l'institut palestinien pour la diplomatie publique à Ramallah, nous confie son analyse sur le conflit. 

Dans cet épisode : Daniel Rigoulet-Roze, Alain Gresh, Ines Abdel Razek
Réalisation : Etienne Monin, Chérif Bitelmaldji et Pauline Pennanec'h

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