L’obligation du masque : vraiment la fin ?

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Le ministre de la Santé a supprimé depuis lundi 16 mai l’obligation du masque, dans les transports. Certains s’en réjouissent, mais d’autres pensent nécessaire de continuer, par prudence, à le porter. Décryptage avec la psychanalyste Claude Halmos. 

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Radio France
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Porter le masque ? Ne pas le porter ? Chacun fait comme il le souhaite depuis la levée de l'obligation du masque dans les transports. (Illustration) (OSAKAWAYNE STUDIOS / MOMENT RF / GETTY IMAGES)

Continuer à porter le masque, malgré la suppression depuis lundi 16 mai de  l’obligation de le porter dans les transports, beaucoup de personnes en effet continuent de se protéger avec un masque dans les commerces et dans les transports. D’autant que les scientifiques préviennent que cette levée de l’obligation ne sera peut-être que provisoire, car l’épidémie peut reprendre.

franceinfo : Est-ce que cette alternance de discours contradictoires peut avoir, psychologiquement, des effets sur nous ?

Claude Halmos : Les discours contradictoires à propos du Covid sont devenus si habituels que nous avons tendance à les banaliser, mais ils pèsent sur nous beaucoup plus que nous ne l’imaginons. Nous vivons tous – et c’est normal – dans l’attente de pouvoir conjuguer enfin au passé, la période Covid ; et cela nous rend particulièrement vulnérables aux déclarations qui peuvent soit nous donner de l’espoir soit, au contraire, nous en enlever.

Donc quand le gouvernement semble dire "plus de Covid" mais que les scientifiques rectifient en disant que c’est peut-être seulement provisoire, c’est comme si les uns nous disaient que nous sommes définitivement guéris, et les autres, seulement en rémission. C’est psychologiquement très éprouvant.

De quelle façon ?

Ces contradictions permanentes génèrent un sentiment d’incertitude qui est très destructeur. Les incertitudes ont été là dès le début de la pandémie : allons-nous échapper au virus ? Va-t-on trouver un vaccin, résister aux difficultés économiques ? Etc. Mais, à cette époque, nous les ressentions clairement et surtout, nous gardions quand même une certitude (que nous ne nous formulions pas clairement, mais qui nous a soutenus) : cette pandémie ne pouvait pas durer éternellement, elle aurait forcément une fin.

Et puis, de variant en variant, cette certitude s’est amenuisée, au point que, le temps passant, l’idée même de certitude s’est mise à vaciller, et que l’on est entré dans un temps où l’on n’est plus sûr de rien ; une sorte de temps de l’incertitude.
Une incertitude d’autant plus forte qu’elle n’est pas liée seulement au Covid, mais aussi – et surtout depuis la guerre en Ukraine – à l’avenir dans tous les domaines : l’économie, l’énergie, le climat… C’est aussi déstabilisant pour le psychisme que le serait pour le corps le fait de devoir marcher en permanence sur une surface instable.

Comment peut-on résister à cela ?

Si l’on ne peut pas se débarrasser d’un problème, la seule solution est d’accepter de le regarder en face, et d’apprendre à vivre, le mieux (ou le moins mal) possible, avec lui.

L’état du monde qui nous entoure pèse sur notre psychisme, et il pèse, comme la pollution sur notre organisme, sans que nous, nous le ressentions consciemment.
Il faut donc, pour se protéger, prendre conscience que cette incertitude anxiogène peut aujourd’hui s’ajouter à nos problèmes personnels, nous les faire paraître plus lourds qu’ils ne sont, et donc nous affaiblir pour les affronter. Donc…vigilance, et prudence !

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