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Hôpitaux : Agnès Buzyn regrette "qu'un certain nombre de réformes" n'aient pas été menées par ses prédécesseurs

La ministre de la Santé, invitée mardi de franceinfo, a annoncé pour "le courant de l'été", l'annonce des "grandes orientations" à mettre en oeuvre pour "la transformation" de l'hôpital. 

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, invitée de franceinfo mardi 26 juin. 
Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, invitée de franceinfo mardi 26 juin.  (RADIO FRANCE / FRANCE INFO)

La ministre des Solidarités et de la Santé, invitée de franceinfo, mardi 26 juin, a prôné une grande transformation de l'hôpital en France. "Il faut une refonte global du système pour modifier les modes de tarification, faire en sorte que les hôpitaux ne soient pas en compétition, mais en coopération, faire en sorte que la ville et l'hôpital puissent coopérer, ce qui n'est pas possible pour des raisons de budgets", a détaillé la ministre, précisant que "les grandes orientations seront annoncées dans le courant de l'été". "Il faudra mettre en œuvre cette transformation sur 3-4-5 ans", a-t-elle ajouté. 

J'arrive sur un système qui est déjà en très forte tension et je regrette qu'un certain nombre de reformes n'aient pas été mises en œuvre plus tôt. J'arrive un peu tard, mais on va le faire.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé

à franceinfo

La ministre de la Santé a expliqué les fortes tensions dans les services d'urgence par le manque de médecins urgentistes. "Nous savons que nous n'arriverons pas à faire fonctionner certains services parce que nous n'avons pas d'urgentistes formés. On ne peut pas les inventer", a-t-elle affirmé. "Nous n'avons pas formé suffisamment de médecins urgentistes dans les 15 ou 20 dernières années. De fait, un certain nombre de postes sont ouverts et ne trouvent pas de médecins urgentistes à recruter", a indiqué la ministre.

"Nous avons considérablement augmenté le nombre d'internes que nous allons former à partir de cette année, mais avant que ces jeunes arrivent et soient en capacité à prendre en charge des urgences, il faut quand même 3-4 ans", a poursuivi la ministre. "Cela nous oblige à repenser les urgences." Agnès Buzyn a également lancé un appel aux "citoyens" pour qu'ils soient "raisonnables" et n'"aillent aux urgences que pour les vraies urgences vitales", alors que des médecins affirment ne plus pouvoir remplir "leur mission de service public" 

L'été s'annonce difficile dans les hôpitaux. Agnès Buzyn a assuré que le gouvernement avait anticipé le phénomène. "Nous mettons plus de lits ouverts et effectifs dans les zones touristiques par exemple. Certains services vont être obligés de se réorganiser et se mutualiser entre les petits hôpitaux dans des zones où il y a très peu de passage. Dans certains hôpitaux, il y a moins de 10 passages par nuit aux urgences. Pour faire tourner un service d'urgence, il faut 8 médecins à temps plein", a-t-elle expliqué. Il faut "faire en sorte que des généralistes participent aux services d'urgence en étant formés", a souligné la ministre.

Levothyrox : des tests contradictoires

La ministre de la Santé a estimé ne pas pouvoir "donner un avis" sur la nouvelle formule du Levothyrox tant qu'elle n'a pas connaissance des résultats des analyses commandées par une association de malades qui pointe des anomalies de dosage, comme l'a révélé franceinfo le 14 juin. L'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) a fait tester cette nouvelle formule par un laboratoire indépendant. "Nous ne connaissons pas le laboratoire et nous en connaissons pas les résultats ( ...). Tant que je n'ai pas vu les résultats et le dossier, (...) je ne peux pas évidemment donner un avis", a déclaré la ministre.

"Avec les tests faits par l’Agence du médicament qui est une agence d’État, nous n’avons pas vu d’anomalies sur la composition de ces médicaments, et les autres agences européennes n’en ont pas vu non plus", a-t-elle rappelé. Agnès Buzyn a admis que les résultats annoncés par l'association de malades sont "en contradiction avec les tests qui ont été faits par l'Agence de médicament".

Message renforcé sur l'alcool

Interrogée sur la lutte contre les méfaits de l'alcool, Agnès Buzyn, a annoncé "une politique ferme", en particulier en direction des femmes enceintes. La prévention va s'accélérer avec une nouvelle indication sur les bouteilles"Un nouveau logo 'zéro alcool pendant la grossesse' va être mis sur toutes les bouteilles d'ici la fin de l'année", a-t-elle annoncé. 

Stop aux magasins qui "vendent des stupéfiants"

Par ailleurs, la ministre de la Santé a rappelé qu'elle souhaitait l'interdiction "de la vente de produits" à base de cannabis par une boutique parisienne du 11e arrondissement. "On va leur demander d’arrêter de vendre des stupéfiants", a-t-elle déclaré. 

"Ce THC [substance psychoactive du cannabis] est interdit à la vente quel que soit son dosage, quelle que soit sa formulation, dans des gélules, des crèmes. Ces boutiques vendent des stupéfiants. C'est interdit par la loi", a souligné la ministre de la Santé. D'après Agnès Buzyn, ces boutiques "contournent la législation" car la loi dit "qu'on a le droit d'utiliser du chanvre, la plante de cannabis, qui contient jusqu'à 0,2% de THC, c'est-à-dire le stupéfiant, à condition que ce soit pour l'industrie pour fabriquer des tissus et des moquettes à base de chanvre"

Regardez l'intégralité de l'entretien d'Agnès Buzyn sur franceinfo le 26 juin 2018.

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, invitée de franceinfo mardi 26 juin. 
Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, invitée de franceinfo mardi 26 juin.  (RADIO FRANCE / FRANCE INFO)