INFO FRANCEINFO. Nouvelle formule du Levothyrox : une analyse commandée par une association de malades révèle des anomalies dans la composition

Une analyse sur la nouvelle formule du Levothyrox, commandée par l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT), met en lumière un sous-dosage d'une molécule entraînant des "réveils de cancers endormis" et la présence d'une autre molécule, non présente dans la liste des composants, qui est interdite aux États-Unis.

Un boîte de Levothyrox, fabriqué par la compagnie pharmaceutique allemande Merck, dans une pharmacie à Saint-Gaudens le 4 décembre 2017.
Un boîte de Levothyrox, fabriqué par la compagnie pharmaceutique allemande Merck, dans une pharmacie à Saint-Gaudens le 4 décembre 2017. (REMY GABALDA / AFP)

L'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) annonce, jeudi 14 juin, avoir commandé une analyse à un laboratoire étranger sur la nouvelle formule du Levothyrox, dont beaucoup de patients disent souffrir des effets secondaires. Ces recherches révèlent que cette formule contient moins de lévothyroxine que les spécifications en vigueur, ce qui pourrait expliquer les dysfonctionnements du traitement. "Des patients cancéreux se trouvent sous-dosés en hormones thyroïdiennes, nous avons observé de façon conséquente des réveils de cancers endormis depuis des années", explique l'association.

Le deuxième élément de cette étude est la présence, dans le traitement, de dextrothyroxine, qui ne figure pas, selon l'association, dans la liste des composants. Cette substance de synthèse, non commercialisée en France, a été retirée de la vente aux États-Unis en raison d'effets secondaires similaires à ceux décrits aujourd'hui par les malades de la thyroïde qui décrivent des crampes, maux de tête, vertiges et perte de cheveux.

Les résultats transmis à un juge d'instruction

Les résultats de cette étude ont été transmis à la juge d'instruction du pôle santé de Marseille chargée du dossier, ouvert pour "tromperie aggravée, blessures involontaires et mise en danger d'autrui". L'AFMT, estimant que "la 'sécurité sanitaire' ne permet pas d'attendre l'issue de l'instruction pénale pour agir", en appelle à l'Agence nationale du médicament, lui demandant de mener une étude sur un nombre significatif d'échantillons, ancienne et nouvelle formule, par des laboratoires indépendants.

"À ce stade, notre association ne prétend pas, sur une seule étude, disposer d'une 'preuve' indiscutable, mais d'un fait nouveau important. Car si ces résultats étaient confirmés, comme on peut le penser, ils pourraient constituer une explication rationnelle à cette crise, d'origine toujours inconnue", précise l'association. L'Association française des malades de la thyroïde a eu des difficultés à trouver un laboratoire en France pour conduire ces analyses sur ce médicament commercialisé par le laboratoire Merck. L'ANSM et le laboratoire Merck ont remplacé, en février 2017, l'ancienne formule du Levothyrox par une nouvelle. Près de 500 000 patients se sont détournés de ce traitement depuis, selon le ministère de la Santé.

Les réactions à cette étude

Pour le moment, l'ANSM ne communiquera pas sur le sujet et ne souhaite pas commenter "une étude qu’elle n’a pas vue" et rappelle "qu’une étude épidémiologique est en cours, et que la justice fait son travail". Du côté de Merk, le laboratoire affirme, dans un communiqué, que la déclaration de l'AFMT est "infondée scientifiquement".

Nous rappelons que de nombreuses analyses ont déjà été réalisées par des Autorités compétentes sans identifier la moindre non-conformité de notre produit.Le laboratoire Merckdans un communiqué

"Aucun détail n’est donné quant aux méthodes utilisées et aux conditions dans lesquelles ces études ont été réalisées", avance le laboratoire dans son communiqué, qui dénonce également l'absence de "présentation exhaustive des résultats" et d'information sur le laboratoire sollicité.

"Nous démentons de façon formelle la présence de forme dextrogyre dans les comprimés de Levothyrox, qu’il s’agisse de l’ancienne ou de la nouvelle formule", ajoute Valérie Leto, Pharmacien Responsable de Merck, auteure du communiqué. "Concernant la présence d’une forme de lévothyroxine différente dans la nouvelle formule du Levothyrox (forme Dextrogyre D-T4), nous affirmons formellement que tel n’est pas le cas. Nous rappelons que la substance active utilisée pour Levothyrox nouvelle formule est strictement identique à celle présente dans l’ancienne formule du Levothyrox (forme Levogyre dite L-T4 forme moléculaire)."