Complément d'enquête, France 2

Complément d'enquête : "Zemmour et les nostalgiques : la France, c'était mieux avant ?"

a revoir

Présenté parNicolas Poincaré

Diffusé le 12/02/2015Durée : 01h2

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Le 4 février, l'auteur du Suicide français faisait sa première apparition publique, à Nice, depuis les attentats de janvier. Il s'est empressé de commenter les événements : "La messe était dite depuis longtemps. Nous avons assisté à l'émergence d'un peuple dans le peuple, avec son dieu, sa culture, l'halalisation des quartiers." Il poursuit sur ses thèmes de prédilection, tel ce "travail de déconstruction, dérision, et finalement de destruction de la nation" à l'œuvre depuis quarante ans.

"Qu'est-il arrivé à la France de Jean Moulin pour que triomphe un livre qui réhabilite le maréchal Pétain ?s'interrogeait le quotidien le Monde au mois d'octobre. Le "carton" d'édition du Suicide français ne résulterait pas seulement d'un coup médiatique et marketing parfaitement réussi. À certains égards, il peut être perçu comme une indication sur l'état de notre société, ses peurs et ses fractures. Le succès du livre ne serait-il pas celui d'un homme, Éric Zemmour, parce qu'il se décrit lui-même contre tous "les politiquement correct" ? 

Mai 68, la déchéance

Pour Éric Zemmour, la déchéance de la France commence avec Mai 68. "La France se couche, la France se meurt", écrit-il. Et de livrer à la vindicte publique tout ce qui en a résulté : la mondialisation, le féminisme, le lobby de Bruxelles, les immigrés et les musulmans. Il est pourtant contesté par les meilleurs experts, notamment lorsqu'il s'agit du rôle de Vichy à l'égard des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon lui, "ce fantôme encombrant de l'histoire de France serait instrumentalisé pour installer une mauvaise conscience aux Français et mieux célébrer la diversité black-blanc-beur d'aujourd'hui".

Pourtant, malgré toutes les mises au point, son livre s'arrache et ses lecteurs ne se cachent pas d'acheter ce brûlot qualifié de "réac". Ses détracteurs ont beau le prendre en flagrant délit de mensonge ou de dérapage, ses partisans l'applaudissent car, selon eux, s'il a osé appuyer là où ça fait mal, c'est qu'il a forcément raison.

Les angoisses françaises

Et c'est bien "là où ça fait mal" que la thèse du livre, la défaite française, touche exactement. Depuis quarante ans, notre société espère que ses enfants pourront maintenir leur rang social, voire faire mieux que leurs parents, et ce grâce à l'école. Mais au milieu des années 1990, c'est la rupture, et Éric Zemmour met le doigt sur les angoisses de notre société. Le blocage du système éducatif fait peur et rend encore plus insupportables les inégalités. C'est peut-être là que réside la crise française : la peur de l'avenir. Une peur qui libère aujourd'hui la parole et amplifie les discours nostalgiques, populistes et réactionnaires.

La France se "droitise"-t-elle ?

Éric Zemmour est celui qui rêve d'un temps où les femmes étaient à la cuisine, celui pour qui un homosexuel n'est pas un homme, ainsi qu'un adepte du droit du sang. Pour l'hebdomadaire Marianne, "bien qu'il soit membre de l'élite, il en symbolise le rejet. Bien qu'il soit parfaitement intégré dans la mécanique de l'information, il apparaît antisystème". 

Le phénomène Zemmour peut se lire en creux comme la nostalgie d'un passé révolu, le retour à un conservatisme radical. Son pendant politique pourrait être le mouvement Sens commun, encore inconnu il y a quelques mois. Sens commun, une structure issue des rangs de la Manif pour tous, est à la mode en ce moment à l'UMP. Ce groupe a d'ailleurs réussi le tour de force de contraindre Nicolas Sarkozy à s'engager publiquement contre la loi Taubira. Et ses militants sont sur tous les fronts, notamment contre la "théorie du genre".

Au sommaire de l'émission :

La fièvre Zemmour

Sylvain Pack dresse le portrait du polémiste de droite le plus célèbre de France. Qui sont ses supporters ?

Les réacs contre-attaquent

Sens commun regroupe des militants issus de la Manif pour tous. Lionel Poussery a mené l'enquête sur ce petit mouvement actif, symbole du renouveau du conservatisme.

Scouts : toujours plus !

Le nombre de recrues augmente chaque année. Pourtant, depuis 1907, les valeurs du scoutisme n'ont pas changé : respect de la tradition et, pour certains, enseignement religieux. Une enquête de Paul Degenève sur un mouvement traditionnel qui connaît un nouvel engouement.

 

 

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