Impôts, retraites, nucléaire, international... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Xavier Bertrand sur franceinfo

Le président de la région des Hauts-de-France était l’invité lundi des "matins présidentiels" de franceinfo. Pour vous aider à faire votre choix en avril prochain, les candidats à l’élection présidentielle répondent aux questions de nos spécialistes sur l’économie, l’environnement ou l’international.

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Xavier Bertrand, invité des matins présidentiels, le 4 octobre 2021.
 (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, candidat à l'élection présidentielle 2022, était le premier invité des "matins présidentiels" de franceinfo, lundi 4 octobre. Il s'est notamment exprimé sur la taxe d'habitation, la réforme des retraites, le nucléaire ou encore la santé.

Xavier Bertrand, qui a quitté Les Républicains en 2017, n'était pas favorable à l'organisation d'une primaire pour désigner le futur candidat de la droite à l'élection présidentielle 2022, et il souhaite aujourd'hui que ses concurrents se rangent derrière lui. Dans deux mois, le 4 décembre prochain, les militants sont invités à choisir leur candidat lors d'un congrès. Une échéance trop tardive, selon Xavier Bertrand : "Je pense que le 4 décembre, c'est très tard pour se mettre d'accord, pour s'entendre et se parler." Le président des Hauts-de-France ne veut pas "faire campagne contre des amis avec qui [il veut] gouverner la France".

Pouvoir d'achat

Xavier Bertrand s'est exprimé sur la prime au travail : "Il n'y aura plus un salarié à temps complet qui recevra moins de 1 500 euros net par mois, y compris dans le public et y compris pour les indépendants, les travailleurs non-salariés." Le candidat à l'élection présidentielle a ensuite détaillé cette annonce : "Le smic aujourd'hui est à 1 259 euros. Le salaire du travailleur resterait à 1 259 euros, il n'y aurait pas un euro à supporter par les entreprises. C'est l'Etat qui mettrait ce différentiel." 

Concernant l'augmentation des prix du gaz et les récentes annonces gouvernementales de bloquer ces prix, le président des Hauts-de-France a exprimé sa colère : "Y en a marre de leur com. Les prix augmentent depuis le début de l'année mais c'est seulement maintenant qu'ils se réveillent parce qu'on est à six mois de l'élection présidentielle ? Ils nous prennent pour des imbéciles ?" Pour Xavier Bertrand, la solution aurait été de "rendre l'argent" : "Depuis le début de l'année, toutes les augmentations ont provoqué l'augmentation des taxes, c'est-à-dire ce qui rentre dans les poches de l'Etat. Quand l'Etat reçoit environ deux milliards d'euros de taxes supplémentaires, il ne doit pas faire semblant d'être généreux en ne remboursant que 580 millions d'euros avec le chèque énergie."

Impôts, retraites, chômage

Xavier Bertrand a ensuite expliqué sa volonté d'augmenter les impôts sur les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) : "C'est une blague, ce qui est fait aujourd'hui, assure le candidat. Ils se font un fric fou, ne paient quasiment pas d'impôts et déclarent ça à l'étranger. Je m'occupe d'eux."

Sur la taxe d'habitation qui doit être supprimée d'ici 2023, Xavier Bertrand assure vouloir "aller jusqu'au bout de la suppression de cet impôt"Concernant les impôts de production, l'ancien ministre est favorable à leur baisse : "Avant même de savoir si une entreprise industrielle va gagner de l'argent, elle paye des impôts, et après on s'étonne d'avoir désindustrialisé en France. Je suis pour une baisse de 35 milliards d'euros sur le quinquennat des impôts de production."

Xavier Bertrand a ensuite détaillé son choix de réformer le régime des retraites actuel : "A la fin de cette décennie, il faudra que l'on arrive à deux années de travail en plus. Je présenterai une réforme des retraites pour que l'on augmente d'un trimestre par an la durée au travail. Ce qui veut dire que progressivement, on sera à 64 ans à la fin de cette décennie."  Un recul de l'âge de la retraite, "mais pas pour tout le monde", nuance-t-il : "Pas pour ceux qui sont usés par le boulot."

Sur l'assurance chômage, l'ancien ministre veut "une réforme beaucoup plus importante, beaucoup plus ambitieuse et qui soit tournée vers le retour à l'emploi." Xavier Bertrand développe : "Je tends la main mais il faudra saisir la main tendue. Il faut proposer aux demandeurs d'emploi une formation ou un emploi digne de ce nom et, en cas de refus, à partir de la deuxième fois, il y aura une baisse des indemnités." Pour le candidat, la France "ne peut pas rester ce pays où vous pouvez dire non à trois ou quatre ou cinq offres d'emploi et où il ne se passe rien. Je veux donner une chance de revenir vers l'emploi." 

Environnement et santé

"Je ne descendrai pas la part du nucléaire à 50%", a affirmé Xavier Bertrand. "Jamais on n'aurait dû fermer Fessenheim, c'est une folie. De nouveaux réacteurs nucléaires doivent être lancés", a-t-il déclaré.

Xavier Bertrand veut que la France "garde son indépendance énergétique, qu'elle ne dépende pas des Russes, qu'on ne soit pas au bon vouloir de Vladimir Poutine et de la façon dont on va nous fournir du gaz. La seule façon de ne pas voir une explosion de la facture d'énergie dans les années qui viennent c'est de rester maître de notre destin."

Un quart des éoliennes terrestres en France sont implantées dans les Hauts-de-France. Cette technologie ne convainc pas Xavier Bertrand. "Vous croyez que ce sont les éoliennes qui ne tournent pas tout le temps qui vont nous fournir l'énergie dont on a besoin pour toutes les voitures électriques ?" Avec les éoliennes "on est en train de massacrer les paysages sans rien dire. Tout cela nous coûte un argent fou."

A la question de savoir quelle est la première mesure à prendre pour l'hôpital, Xavier Bertrand - ancien ministre de la Santé et artisan de la tarification à l'acte - répond : "Oui, je suis pour la tarification à l'activité parce qu'elle permet de rémunérer en fonction de l'activité des services et des hôpitaux." Et le président des Hauts-de-France de poursuivre : "Je pense que l'hôpital répond à des exigences auxquelles nul autre établissement ne doit répondre." Pour Xavier Bertrand, il n'y a pas que les hôpitaux publics : "Il y a aussi le système libéral. Les cliniques privées apportent aussi tout un service [...] Il faut revaloriser mais aussi reconnaître."

Sa présidence s'il est élu

Xavier Bertrand s'engage à ne faire qu'"un seul mandat" pour mettre en œuvre, en cinq ans, son programme axé sur les trois "chantiers" que sont "l'autorité, le travail et les territoires"

S'il est élu président de la République, Xavier Bertrand ne travaillera pas avec des personnalités, même de droite, qui ont été dans un gouvernement sous Emmanuel Macron, comme Gérald Darmanin ou Bruno Le Maire. "Ministre avec Macron, ce ne sera pas ministre avec moi", a expliqué le candidat à la présidentielle, soulignant qu'"il n'y a rien de personnel" à cela.

En ce qui concerne les réformes sociétales, Xavier Bertrand souhaite "une pause" pour "arrêter des tensions entre les Français", en référence aux mobilisations contre le mariage pour tous et la PMA pour toutes.

Affaires étrangères

"On n'a jamais eu autant de difficultés avec autant de nos alliés", déplore Xavier Bertrand qui est revenu sur l'affaire des sous-marins australiens avant de s'interroger : "Où va l'Otan ? Est-ce que l'Otan est une machine à faire la guerre froide avec les Chinois ? Ou à faire la guerre tout court avec les Chinois ?" Xavier Bertrand estime que la France doit se faire respecter sans entrer en conflit avec ses alliés. "La France est un pays qui a un siège au Conseil de sécurité de l'ONU", a rappelé Xavier Bertrand qui se dit "attaché de façon viscérale à cette question de l'indépendance française qui nous permet d'avoir un rayonnement et un rôle qui sont sans pareil par rapport à de nombreux autres pays".

Enfin, le retrait partiel des troupes françaises au Sahel"c'est une erreur de réduire les effectifs français parce qu'il faut que l'on permette de lutter contre le terrorisme." Xavier Bertrand a rappelé l'importance de combattre l'islamisme au Mali même si cela peut paraitre loin de la France : "Nous protéger au Mali, c'est nous protéger au coin de la rue", a-t-il affirmé

Collectivités locales et justice

Xavier Bertrand souhaite rapprocher les fonctions des élus des départements et des régions. "Je souhaite que les élus conseillers départementaux et conseillers régionaux deviennent les mêmes. Il y a aujourd'hui 4 000 conseillers départementaux, 2 000 conseillers régionaux, cela fait 6 000. Il y en aura 4 000", promet-il. Pour Xavier Bertrand les élus locaux doivent être au cœur du débat public, notamment en ce qui concerne les écoles : "Il n'y aura plus de fermetures de classes si les élus locaux ne sont pas d'accord."

Xavier Bertrand propose par ailleurs d'augmenter le budget de la justice "de beaucoup plus que 8%". Jeudi, le gouvernement a annoncé que ce budget augmentera de 8% en 2022, soit de 700 millions d'euros, à près de 9 milliards d'euros. Insuffisant, pour le candidat à la présidence. "Il faut beaucoup plus que ça. Il faut davantage de magistrats, des procédures allégées. Il faut qu'on ait des procédures pénales et civiles qui soient modernisées, mais il faut aussi qu'on soit à même d'avoir une réponse pénale beaucoup plus forte", explique-t-il.

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