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Présidentielle : les cinq risques d'une campagne trop précoce pour François Fillon

L'ancien Premier ministre, qui vient de déclarer la guerre à Nicolas Sarkozy, s'enfonce dans une stratégie de provocation, à près de trois ans des primaires UMP de 2016.

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L'ancien Premier ministre François Fillon, lors d'une réunion publique à Nice (Alpes-Maritimes), le 13 septembre 2013. (ERIC GAILLARD / REUTERS)

Le tout pour le tout. François Fillon vient de se proclamer "mieux placé que Nicolas Sarkozy pour l'emporter en 2017", dans un entretien accordé à Valeurs actuellesdont l'essentiel du contenu a été dévoilé mardi 8 octobre. Même si l'hebdomadaire de droite a avoué briser la règle du "off" (des propos destinés à ne pas être publiés), les propos de l'ex-Premier ministre s'apparentent à une déclaration de guerre vis-à-vis de l'ancien chef de l'Etat.

Depuis plusieurs mois, François Fillon mène déjà sa campagne, détaillant les points de son futur programme et bousculant les lignes de son parti, quitte à heurter les sensibilités. La communication semble parfois mal maîtrisée, mais il n'a pas le choix. Comme le détaille le politologue Stéphane Rozès, contacté par francetv info, "il a besoin de préempter le terrain pour contrer un éventuel retour de Nicolas Sarkozy. N'étant pas à la direction de l'UMP, il doit à tout prix continuer à exister politiquement."

Mais les primaires UMP, qui se dérouleront courant 2016, semblent encore loin et le député de Paris prend le risque de s'épuiser en multipliant les efforts aussi tôt. Francetv info revient sur les cinq dangers qui guettent François Fillon avec ce départ anticipé dans la course présidentielle.

1Il risque de faire passer la forme avant le fond 

Plus une campagne s'éternise, plus le candidat s'expose à la faute politique. Il paraît difficile de rester constant dans ses idées tout en continuant à occuper le terrain. François Fillon en a fait la démonstration avec son concept du "moins sectaire" pour choisir entre PS et FN. Pour Stéphane Rozès, "cet abandon du créneau de la droite républicaine et humaniste est une erreur politique". Pour le politologue, "François Fillon a voulu répondre aux critiques sur son manque de fermeté par un virage à droite, confondant ainsi stratégie et positionnement politique".

Une "erreur" sans doute dictée par le besoin d'exister politiquement, et qui pourrait bien se répéter. Le député UMP Thierry Lazaro défend l'ancien Premier ministre en affirmant que ce n'est "en rien indécent de parler de ses intentions pour la présidentielle". Mais le représentant de François Fillon dans le Nord admet qu'après la "forte et rude" mise au point effectuée vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, "il serait temps de revenir aux sujets de fond, aux fondamentaux". Un demi-aveu qui confirme que la forme a souvent pris le dessus sur le fond ces derniers mois.

2Ses propositions risquent d'être trop décalées

Pour se positionner, François Fillon a déjà dévoilé 35 mesures en juillet, comme le détaille L'ExpressL'ancien élu de la Sarthe doit également exposer sa vision dans un livre programme prévu pour 2014. Il a là aussi choisi de dégainer très tôt. A titre de comparaison, Nicolas Sarkozy comme François Hollande avaient publié un livre seulement un an avant leur élection. En dévoilant ses cartes trop tôt, François Fillon pourrait venir à manquer de munitions quand les choses sérieuses se déclencheront. 

Surtout, en voulant prendre trop d'avance, François Fillon prend le risque d'être en décalage avec les thèmes de campagne qui s'imposeront en 2016 et en 2017. Par ailleurs, il donne du temps à ses potentiels adversaires de l'UMP pour l'observer, le jauger afin de trouver la parade. Aucun problème, selon Eric Woerth, ancien ministre du Budget et soutien de Fillon, qui confiait fin août à francetv info"François est un coureur de fond. Et puis, s'il ne faisait pas de propositions dès maintenant, on le lui reprocherait."

De son côté, Thierry Lazaro ajoute que deux ans et demi, c'est à la fois "long et extrêmement court". Il demande le temps de la réflexion et reproche au quinquennat d'avoir imposé une brièveté du temps politique. Il rejoint ainsi Jean-Pierre Raffarin qui a critiqué sur France 5 une "campagne présidentielle permanente" installée par le quinquennat.

3Il risque de lasser ses soutiens

Les supporters de François Fillon pourraient également s'épuiser. Sébastien Huyghe, député UMP proche de Jean-François Copé, affirme que "certains de ses amis sont en train de s'éloigner, car ils ne comprennent pas sa stratégie". Effectivement, plusieurs de ses soutiens ont décidé de prendre du recul après ses déclarations contre Nicolas Sarkozy, à l'image de Damien Meslot, député UMP du Territoire-de-Belfort : "Je ne reconnais plus Fillon, l'homme d'Etat qui avait du recul."

Damien Meslot, le député-maire de Nice, Christian Estrosi, et le député de Savoie Dominique Dord ont soutenu François Fillon dans sa candidature à la présidence de l'UMP en 2012. Néanmoins, ils ont tous trois assuré mercredi qu'ils se rangeraient derrière Nicolas Sarkozy si celui-ci décidait de se présenter. Au sein de l'UMP, plusieurs voix reprochent à l'ancien Premier ministre de diviser. 

4Il risque d'échouer à se poser en rassembleur

François Fillon a annoncé son intention de faire un tour de France au cours des prochains mois. Il va parcourir le territoire "en long, en large et en travers", confiait en août l'un de ses proches à francetv info. Si ce périple peut lui permettre de tenter de rassembler son camp tout en se préparant à la primaire, il peut également s'avérer éprouvant. Mais c'est surtout sur le plan moral que les trois prochaines années vont être difficiles. En raison de ses sorties contre Nicolas Sarkozy, il s'est mis à dos une partie de l'UMP et s'expose ainsi à des attaques.

Joint par francetv info, Sébastien Huyghe ne retient plus les coups. "Il est aveuglé par son ambition (...), il fait des bras d'honneur répétés à l'ensemble de l'UMP", lâche le député du Nord en référence à la formule employée par François Fillon dans Valeurs actuelles. Il enfonce le clou en l'accusant d'être en grande partie responsable de la défaite de 2012 par son absence dans la campagne : "Il aurait dû bien mieux défendre notre bilan."

5Il risque de nuire à son parti

C'est la "survie même de l'UMP qui est en jeu", a averti Alain Juppé sur son blog, en dénonçant les "rivalités de personnes", sans nommer François Fillon. De son côté, Valérie Debord, soutien de Jean-François Copé, n'hésite pas à le désigner. La déléguée générale adjointe de l'UMP reproche à l'ancien Premier ministre de diviser et d'avoir choisi un mauvais tempo politique à quelques mois des municipales : "Je ne suis pas sûre qu'il soit en phase avec les aspirations des Français." Elle estime toutefois que cette stratégie ne devrait pas nuire à l'UMP mais à François Fillon lui-même, qui "porte une ambition personnelle plutôt qu'un projet collectif".

Ainsi, selon ses opposants à l'UMP, François Fillon néglige les élections intermédiaires qui doivent permettre à l'UMP de regagner du terrain. Stéphane Rozès ajoute qu'en se déportant à droite, il fait courir un risque électoral à son parti. "Je pense que les gens préfèrent l'original à la copie, il fait glisser l'électorat de droite traditionnel vers le Front national", analyse le politologue.

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