"Retournement économique" : Hollande est-il trop optimiste ?

Deux ans après son accession au pouvoir, le président table sur une reprise de l'activité et de la croissance.

Le président de la République, François Hollande, lors d\'un discours à l\'Elysée, le 1er mai 2014.
Le président de la République, François Hollande, lors d'un discours à l'Elysée, le 1er mai 2014. (ALAIN JOCARD / AFP)

"On est rentrés dans la deuxième phase du quinquennat", explique François Hollande dans les colonnes du JDD (lien abonnés), dimanche 4 mai, avant d'affirmer que "le redressement économique arrive". Près de deux ans après son élection, le président de la République tente de rassurer les Français malgré une cote de popularité au plus bas. Méthode Coué ou effort de pédagogie ? Francetv info se demande si François Hollande a des raisons d'espérer des résultats pour la suite de son mandat.

Les emplois risquent d'être créés plus tard que prévu 

L'Elysée le sait, "le vrai bilan du quinquennat, ce sera le taux de chômage", confie au JDD un conseiller de François Hollande. Après l'échec en 2013 de la promesse présidentielle d'inverser la courbe du chômage, le gouvernement a changé ses éléments de langage. Désormais, le ministre du Travail, François Rebsamen, souhaite descendre sous la barre des trois millions de chômeurs, comme le détaille Le Figaro.

Pour cela, l'exécutif compte sur les emplois potentiellement créés dans le cadre du pacte de responsabilité. Les allègements de cotisations sociales pour les entreprises doivent permettre la création d'environ 350 000 emplois en trois ans, selon le gouvernement. Un scénario jugé très optimiste par le journal Les Echos, pour qui l'impact de la politique de l'offre du gouvernement risque de prendre un peu plus de temps. Le journal explique que les entreprises peuvent actuellement produire plus sans embaucher, au regard du taux d'utilisation des capacités de production qui se situe à 85,8%.

La reprise de l'activité reste fragile

La baisse du chômage passe d'abord par la reprise de l'activité. Sur ce point, l'indice PMI, qui permet de mesurer l'activité du secteur privé, est en hausse ces derniers mois. Il est passé de 47,9 en février à 51,6 au mois de mars, ce qui représente la plus forte croissance de la zone euro, comme l'indique La Tribune. Mais cette reprise est fragile, puisque ce même indice a connu un tassement au mois d'avril, toujours selon le site économique.

François Hollande compte sur l'investissement pour confirmer cette reprise. Le programme de stabilité prévoit une progression de l'investissement de 5,2% en 2015. Un scénario envisageable, selon Fabrice Montagné, économiste chez Barclays, qui considère dans Les Echos que l'investissement peut "rebondir fortement en phase de reprise", citant l'exemple des années 1998-2000 (+7% par an en moyenne). Jean-François Ouvrard, de l'institut COE-Rexecode, estime, lui, que pour parvenir à de tels résultats, il faudrait clarifier la fiscalité des entreprises, car "l'instabilité fiscale est un frein à la décision d'investir".

Les recettes fiscales pourraient être plus faibles qu'attendu

Pour équilibrer les comptes publics et parvenir à l'objectif d'un déficit à 3% du PIB fixé par Bruxelles, le gouvernement compte sur les rentrées fiscales à venir. Il mise ainsi sur 0,9 point de recettes en plus en 2014, puis sur 1 point à partir de 2015. Un scénario jugé très optimiste par un expert interrogé par Les Echos, qui table plutôt sur 0,2 point en 2014 et 0,7 point en 2015. La différence est importante, comme le rappelle Le Monde : ce sont les mauvaises rentrées fiscales qui avaient fait déraper le budget en 2013.

Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement doit donc clarifier sa politique fiscale. Or, la "remise à plat fiscale" annoncée par l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault pourrait finalement accoucher d'une souris, au moment où le groupe de travail sur la fiscalité s'apprête à rendre ses conclusions, selon les informations du Figaro.

Les prévisions de croissance sont jugées trop optimistes 

Les scénarios de reprise du gouvernement nécessitent avant tout le retour de la croissance. Or, les prévisions pour la fin du quinquennat sont jugées trop optimistes par Bruxelles et par les économistes, comme le développe Le Monde. Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) juge "optimiste" les prévisions 2016-2017 (2,25% par an), car rien ne garantit que la baisse du coût du travail liée au pacte de responsabilité permette de rendre la France plus compétitive si les autres pays européens font de même.

Moteur traditionnel de la croissance en France, la consommation des ménages est également dans le viseur du gouvernement, qui prévoit une hausse de 1,6% en 2015, grâce aux gains de pouvoir d'achat, à la baisse du chômage et à un recul de l'épargne. Pour Jean-François Ouvrard, qui s'exprime dans Les Echos, seule la situation de l'emploi permettra de relancer cette consommation.

 

Avec cette nouvelle annonce de "retournement économique", François Hollande joue donc gros. Après l'échec de l'inversion de la courbe du chômage, après avoir décrété la fin de "la crise dans la zone euro" à la fin 2012 et après avoir déclaré "la reprise est là" en juillet 2013, le président n'a plus beaucoup de marge de manœuvre.