Notre-Dame-des-Landes : la polémique Ayrault-EELV en cinq actes

Le Premier ministre et Cécile Duflot, en désaccord sur l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, se sont accrochés de manière indirecte durant le week-end. Retour sur une polémique qui se prolonge.

La ministre du Logement, Cécile Duflot, s\'exprime au micro de l\'Assemblée devant le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 8 octobre 2013.
La ministre du Logement, Cécile Duflot, s'exprime au micro de l'Assemblée devant le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le 8 octobre 2013. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)

Le gouvernement est divisé sur le dossier Notre-Dame-des-Landes. D'un côté, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes (Loire-Atlantique), défend vigoureusement le projet depuis des années. De l'autre, deux ministres Europe Ecologie-Les Verts (EELV), dont le parti se bat contre la construction de cet aéroport, qui représenterait, selon le parti écologiste, une menace pour l'environnement.

Samedi 22 février, la ministre EELV du Logement, Cécile Duflot, a indiqué qu'elle soutenait la manifestation anti-aéroport prévue dans la journée à Nantes. Or, ce rassemblement de plusieurs milliers de personnes a dégénéré, et le centre de la ville a été saccagé. Des violences qui amènent le Premier ministre à demander aux écologistes, dimanche, de "sortir de l'ambiguïté". Deux jours plus tard, la polémique se poursuit. Francetv info la résume en six actes. 

1 Cécile Duflot soutient la manifestation anti-aéroport

"Je suis de cœur avec eux et ils le savent." Cécile Duflot affirme, samedi 22 février dans un entretien au Monde, que si elle n'était pas ministre, elle soutiendrait "plutôt deux fois qu'une" les opposants au projet d'aéroport. Une déclaration qui intervient alors qu'une manifestation contre le projet est organisée à Nantes le jour-même. Pas question pour autant de démissionner. "Ma contestation de ce projet est ancienne, notre participation à la majorité n'y change rien."

2 Jean-Marc Ayrault dénonce "l'ambiguïté" d'EELV

Samedi, Nantes est saccagée en marge de la manifestation des opposants au projet par, selon Manuel Valls, des membres de l'ultragauche et des "black blocs". La réponse du Premier ministre intervient le lendemain. Dans un entretien à Presse Océan publié dimanche, le Premier ministre tient des propos très offensifs : "Ces violences sont inacceptables dans un Etat de droit. Tous ceux qui exercent des responsabilités publiques doivent condamner les squatteurs de la ZAD [zone d'aménagement différé dédiée à l'aéroport], organisateurs délibérés de ces violences", déclare-t-il, demandant à EELV de "sortir de l'ambiguïté"

3 EELV se défend et condamne les violences

Réponse de la patronne d'EELV, Emmanuelle Cosse : "On a toujours dénoncé les actes de violence, donc les choses sont très simples (...) Il n'y a aucune ambiguïté de la part d'EELV", explique la secrétaire nationale des écologistes. Elle souligne que son parti a condamné dès samedi soir les violences à Nantes, dues à des "éléments perturbateurs". Emmanuelle Cosse précise s'être entretenue au téléphone dimanche avec le Premier ministre pour lui rappeler cette prise de position, et dit l'avoir rassuré. 

Quelques heures plus tard, Cécile Duflot envoie un tweet dans lequel elle appuie la déclaration d'Emmanuelle Cosse, avec qui elle se dit "en général et en particulier toujours d'accord".

4 Ayrault est la cible de nombreuses critiques... 

L'épisode provoque des critiques de toutes parts. A droite, l'ancien ministre Benoist Apparu se dit "choqué" que François Hollande et Jean-Marc Ayrault "laissent faire ça", à savoir qu'ils laissent une ministre se prononcer contre un projet dont le Premier ministre est un fervent promoteur. Une critique que l'on entend y compris à gauche. Le maire PS du 4e de Paris, Christophe Girard, s'interroge sur Twitter : "Une ministre d'un gouvernement qui soutient une manifestation contre un projet du Chef de ce même gouvernement . Est ce acceptable ?"

Quant à la cheffe des députés EELV, Barbara Pompili, elle estime sur RTL, lundi : "Jean-Marc Ayrault aurait dû passer un petit coup de fil" avant de sommer les écologistes de condamner publiquement les dégradations. 

5... mais conforte Duflot à son poste 

Interrogé lundi au Salon de l'agriculture sur la querelle, Jean-Marc Ayrault se veut conciliant. Il assure que le gouvernement "a besoin de tout le monde" pour la réussite du pacte de responsabilité promis par François Hollande. "Le week-end est passé. Pour les membres du gouvernement comme pour les membres de la majorité, le président de la République a fixé un cap qui est la mise en œuvre du pacte de responsabilité."

Pour tenter de clore la polémique, le Premier ministre assure y travailler "avec tout le gouvernement", avec "toutes les composantes de la majorité". Cécile Duflot est donc confortée dans son poste de ministre du Logement... en attendant le prochain remaniement ?