A quoi ressemblerait la France d'Alain Juppé ?

Le candidat à la primaire de la droite et du centre affiche une ligne volontairement plus modérée que celle de son rival afin de rassembler au-delà de son camp. 

Alain Juppé en meeting pour la primaire à droite, le 14 novembre 2016, à Paris.
Alain Juppé en meeting pour la primaire à droite, le 14 novembre 2016, à Paris. (SIPA)

Alain Juppé rêve de "rassembler" la France autour de lui. S'il remporte la primaire de la droite et accède à l'Elysée, le maire de Bordeaux promet un programme libéral mais aussi progressiste. L'ancien Premier ministre a également un objectif en tête : "l'identité heureuse", censée vanter la diversité des origines comme une richesse pour la société française. Alors à quoi ressemblerait la France de celui qui a promis de redonner "espoir" et "confiance" à ses concitoyens ?

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Sur l'économie, une France libérale 

S'il passe pour modéré à côté du programme presque thatchérien de François Fillon, Alain Juppé propose des mesures clairement libérales. Il "prend le parti d'une économie libérée, mais nous sommes encore sur un mouvement progressif", estimait l'économiste Philippe Crevel sur le site Atlantico. Au programme : la suppression de 200 000 à 300 000 emplois publics en cinq ans via des départs en retraite non remplacés, l'allongement de l'âge légal de départ à la retraite de 62 à 65 ans et l'alignement des régimes publics et privés d'ici à 2026.

Le candidat propose aussi de diminuer le coût du travail peu qualifié en supprimant toutes les charges patronales au niveau du smic. Enfin, la sortie des 35 heures est également au menu. Alain Juppé est favorable à ce que chaque entreprise soit libre de définir la durée de travail de ses salariés. Pour ce faire, il souhaite laisser deux ans aux entreprises pour négocier une durée comprise entre 35 et 39 heures. 

Le candidat veut aussi rendre dégressives les allocations chômage et plafonner les aides sociales. Côté fiscalité, il souhaite notamment augmenter la TVA d'un point, à 21%, abaisser l'impôt sur les sociétés et supprimer l'impôt sur la fortune.

Sur les questions de société, un statu quo

Alain Juppé revendique l'étiquette progressiste sur les questions de société, pour mieux critiquer le "traditionalisme" de François Fillon. Sur le mariage pour tous, par exemple, le maire de Bordeaux a évolué puisqu'il ne s'y est déclaré favorable que progressivement entre janvier 2011 et octobre 2012, comme le rappelle La Croix. Depuis, Alain Juppé a promis qu'il ne reviendrait pas sur la loi Taubira. Néanmoins, il demande que la procréation médicalement assistée reste réservée aux couples hétérosexuels stériles et il reste hostile à la gestation pour autrui. 

Concernant la fin de vie, le candidat est favorable au statu quo. Il ne souhaite pas revenir sur la loi Claeys-Leonetti adoptée en janvier, qui instaure notamment un droit pour les malades en phase terminale à bénéficier d’une "sédation profonde et continue".

Enfin, sur la question controversée de la dépénalisation du cannabis, Alain Juppé est résolument contre. "Je considère depuis toujours la drogue comme un fléau (...). Il faut donc la combattre avec détermination", expliquait-t-il en septembre 2015. Pour autant, le maire de Bordeaux se dit prêt à instaurer une contravention d’une centaine d’euros pour simple usage de cannabis, avec information de la famille pour les mineurs.

Sur la sécurité et le terrorisme, un virage sécuritaire

Bien qu'il s'en défende, le programme d'Alain Juppé en matière de sécurité et de terrorisme est résolument sécuritaire. Et pour agir contre le terrorisme et la délinquance, l'ancien Premier ministre propose plusieurs mesures : l’assignation à résidence des fichés S jugés dangereux, l'instauration d'une police pénitentiaire et d'un service de renseignement pénitentiaire, la construction de 10 000 places de prison ou encore la création "d'un délit de séjour pour toute personne se trouvant sur un théâtre d’opérations terroristes extérieures". 

Concernant la lutte contre le terrorisme islamiste, le maire de Bordeaux veut expulser les imams salafistes et fermer les mosquées radicales. 

Une France ancrée dans l'Union européenne

Ancien ministre des Affaires étrangères mais aussi héritier du RPR, Alain Juppé veut mettre en avant son expérience et rêve d'une "France puissante qui affirme ses choix stratégiques, sans être inféodée (...), ce que Jacques Chirac incarnait si bien". Concrètement, par exemple, même si le maire de Bordeaux est favorable au dialogue avec Moscou, il reste très critique vis-à-vis de Vladimir Poutine et de son rôle dans les bombardements à Alep, en Syrie. 

Pro-européen, Alain Juppé considère que sur ce sujet la France manque de leadership. "L’Europe a besoin d’une France qui n’attriste plus par ses échecs mais qui inspire par ses succès. Une France qui retrouve sa relation privilégiée avec l’Allemagne, et sa capacité de convaincre et d’entraîner", clamait-il dans une tribune publiée dans Le Monde