Remaniement : nouveaux entrants, promotions, parité... Ce qu'il faut retenir de la composition du gouvernement Castex

Parmi les arrivées les plus notables, Eric Dupond-Moretti est nommé à la Justice et Roselyne Bachelot à la Culture. Christophe Castaner quitte, lui, le gouvernement.

Le Premier ministre, Jean Castex, le 3 juillet 2020 à Matignon.
Le Premier ministre, Jean Castex, le 3 juillet 2020 à Matignon. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le deuxième acte du quinquennat d'Emmanuel Macron est lancé. La nouvelle équipe gouvernementale, dévoilée lundi 6 juillet, par le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, comporte 31 personnalités (17 femmes et 14 hommes) placées sous l'autorité du Premier ministre Jean Castex.

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Parmi les plus grosses surprises, les nominations de l'avocat Eric Dupond-Moretti comme garde des Sceaux et de Roselyne Bachelot comme ministre de la Culture. Voici ce qu'il faut retenir après l'annonce de ce remaniement gouvernemental.

Ceux qui entrent

Huit ministres font leur entrée au sein de l'exécutif. La députée LREM Barbara Pompili, jusqu'à présent présidente de la commission du développement durable à l'Assemblée nationale, est propulsée numéro trois du gouvernement au ministère de la Transition écologique.

Le très médiatique avocat Eric Dupond-Moretti devient ministre de la Justice, en remplacement de Nicole Belloubet. Une nomination accueillie avec circonspection par les syndicats de la magistrature, voire plus du côté de l'USM, qui estime qu'il s'agit d'"une déclaration de guerre à la magistrature". Membre de plusieurs gouvernements sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avant de se reconvertir comme chroniqueuse télé, Roselyne Bachelot fait son retour en politique comme ministre de la Culture.

Outre ces trois ministres de plein exercice, cinq autres personnalités, moins connues, font leur entrée comme ministres délégués. Elisabeth Moreno, dirigeante d'entreprises et originaire du Cap-Vert, est chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l'Egalité des chances. Alain Griset, président de l'Union des entreprises de proximité (U2P), devient ministre chargé des petites et moyennes entreprises sous la houlette du ministre de l'Economie, Bruno Le Maire.

Brigitte Klinkert, présidente (ex-LR) du conseil départemental du Haut-Rhin, sera chargée de l'Insertion auprès de la nouvelle ministre du Travail, Elisabeth Borne. Enfin, les députées LREM Nadia Hai et Brigitte Bourguignon deviennent respectivement chargées de la Ville et de l'Autonomie.

Ceux qui sortent

Du côté des ministres, quatre personnalités ont quitté le gouvernement. Didier Guillaume fait ses cartons au ministère de l'Agriculture, Nicole Belloubet quitte le ministère de la Justice, Muriel Pénicaud n'a pas été reconduite au ministère du Travail et Christophe Castaner ne sera plus ministre de l'Intérieur. "Il s'agissait de ministres faibles ou qui avaient provoqué des couacs. De ce point de vue-là, les sortir semble logique", réagit Chloé Morin, politologue associée à la Fondation Jean-Jaurès.

Autre sortie remarquée, Sibeth Ndiaye quitte son poste de porte-parole du gouvernement, qu'elle occupait depuis mars 2019. Un choix personnel pour cette fidèle d'Emmanuel Macron. "Sibeth Ndiaye a reçu plusieurs propositions pour être ministre déléguée, a assuré lundi soir à BFMTV son cabinet. Après sept ans de travail, elle a décidé de ne pas faire partie de la nouvelle équipe gouvernementale pour raisons personnelles." 

Ceux qui restent à leur poste

Plus d'un tiers des ministres nommés ce lundi (13 sur 31) occupaient déjà le même poste sous le précédent gouvernement. C'est le cas de Jean-Yves Le Drian aux Affaires étrangères, de Jean-Michel Blanquer à l'Education et à la Jeunesse (qui hérite en plus des Sports), de Bruno Le Maire à l'Economie (qui agrandit son périmètre avec les Finances et la Relance), de Florence Parly aux Armées, de Jacqueline Gourault à la Cohésion des territoires, d'Olivier Véran aux Solidarités et à la Santé et de Frédérique Vidal à l'Enseignement supérieur.

Du côté des ministres délégués, Marc Fesneau reste aux Relations avec le Parlement, Jean-Baptiste Djebbari aux Transports, Olivier Dussopt aux Comptes publics. Agnès Pannier-Runacher reste également à Bercy, chargée de l'Industrie, et Roxana Maracineanu est confirmée aux Sports (bien que désormais placée sous l'autorité de Jean-Michel Blanquer). Enfin, Geneviève Darrieussecq reste au ministère des Armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants.

Ceux qui changent de portefeuille

Elisabeth Borne passe de la Transition écologique au ministère du Travail. Gérald Darmanin, qui était au Budget, obtient le poste stratégique de ministre de l'Intérieur, à deux ans de l'élection présidentielle. Annick Girardin passe des Outre-mer à la Mer. Franck Riester est rétrogradé du ministère de la Culture à un poste de ministre délégué en charge du Commerce extérieur et de l'Attractivité.

A l'inverse, Sébastien Lecornu (anciennement ministre délégué en charge des Collectivités territoriales) prend des galons en devenant ministre des Outre-mer, tout comme Julien Denormandie qui quitte son portefeuille de ministre délégué au Logement pour prendre le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. Belle promotion aussi pour Amélie de Montchalin, qui passe du secrétariat d'Etat aux Affaires européennes à un poste de ministre de la Transformation et de la Fonction publique. Emmanuelle Wargon (anciennement secrétaire d'Etat auprès de la ministre de la Transition écologique) monte aussi en grade et devient ministre déléguée en charge du Logement. Enfin, Gabriel Attal reste secrétaire d'Etat, mais quitte le ministère de l'Education nationale et de la Jeunesse pour prendre le porte-parolat du gouvernement à la place de Sibeth Ndiaye.

Davantage de femmes que d'hommes

Dans le gouvernement sortant, la parité n'était plus tout à fait respectée, puisque sur les 19 ministres, on avait 8 femmes et 11 hommes. Sur l'ensemble (en comptant les secrétaires d'Etat), cela donnait 20 hommes et 17 femmes. Comme promis par Jean Castex, le nouveau gouvernement respecte la parité, puisqu'il compte 14 hommes et 17 femmes (et huit hommes et huit femmes si on en reste aux ministres de plein exercice).

Un équilibre politique pas bouleversé

Les grands équilibres politiques ne sont pas bouleversés avec ce nouveau gouvernement, dont les principales figures (Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Jean-Michel Blanquer...) penchent à droite. "Même s'il y a des gens de gauche, ils n'incarnent pas grand-chose, ce n'est pas Christiane Taubira !", souligne la politologue Chloé Morin. Toutefois, Emmanuel Macron n'a pas réussi à faire les poches des Républicains, si l'on excepte Brigitte Klinkert, élue présidente du conseil départempental du Haut-Rhin en 2017 sous les couleurs de LR.

Du côté des partenaires de la majorité, les MoDem reste représenté par trois ministres : Jacqueline Gourault, Geneviève Darrieusecq et Marc Fesneau. Le patron du parti de droite modérée Agir, Franck Riester, est certes rétrogradé, mais il sauve sa peau.

Avec les nominations d'Eric Dupond-Moretti et de Roselyne Bachelot, Emmanuel Macron semble avoir voulu promouvoir deux personnalités à la forte notoriété. Mais pour Chloé Morin, ces deux ministres sont "l'arbre qui cache la forêt" d'un gouvernement qui "ne se réinvente pas beaucoup".