Roselyne Bachelot : sa vie de mélomane, mode d'emploi

L’opéra, la musique classique sont pour la nouvelle ministre de la Culture Roselyne Bachelot une passion. Absolue, dévorante. Nous l'avions rencontrée pour l'évoquer avec elle, à l'occasion de la sortie d'une anthologie de ses coups de cœur d’opéra.

La ministre Roselyne Bachelot en 2016, chez elle.  
La ministre Roselyne Bachelot en 2016, chez elle.   (LORENZO CIAVARINI AZZI / FRANCEINFO CULTURE)

Depuis plusieurs années nous la croisions aux premières des spectacles à Garnier, Bastille ou Salle Favart. En 2013 elle sortait un livre, Verdi amoureux (Flammarion) puis récidivait en 2016 cette fois avec un disque, Salut à la France (Warner-Erato), anthologie de coups de cœur d’opéras. C'était l'occasion de rencontrer Roselyne Bachelot, aujourd'hui ministre de la culture, pour y voir plus clair sur sa mélomanie. 

L’opéra, passion dévorante 

Entre les étagères du bureau de son appartement parisien, seul un buste de Marianne trahissait sa précédente vie de femme politique. Pas de trace alors de sa vie de chroniqueuse télé. Non. Mais Wagner lui est là, et partout. En coffrets, et surtout en livres : des biographies, des études, des dictionnaires… Mozart aussi. Des dizaines de volumes chacun. Verdi aussi, Verdi surtout. Et Bach, et Ravel, et Berlioz. L’opéra, la musique classique sont pour Roselyne Bachelot une passion. Absolue, dévorante. "C’est un chemin initiatique, qui demande de la connaissance, des livres…" nous avait-elle avoué. 

Vie de mélomane, mode d’emploi : il y a par exemple les "tartuelas" entre aficionados, ces rencontres où l’on échange bons plans, découvertes, partitions. Puis les voyages, étapes à Salzbourg ou à Bayreuth. "Aimer l’opéra c’est aussi soutenir les salles qui vous sont à cœur, ce n’est pas aller gratuitement au spectacle !", avait-elle ajouté, référence aux trois salles parisiennes. 

Etre mélomane est un engagement. Cinquante opéras par an. "Mais je ne consomme pas l’opéra, je le vis", nous avait-elle précisé. Elle s’arrange toujours pour arriver à l’opéra une demi-heure avant pour s’imprégner de l’atmosphère. Une passion, ça se partage. Roselyne Bachelot a créé l'association "Musique aux séniors" pour diffuser l’art lyrique dans les maisons de retraite pour personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. 

Le piano à trois ans et demi

La musique a toujours coulé dans les veines de cette fille née dans une famille bourgeoise. Des parents chirurgiens dentistes, "mais", nous avait-elle précisé, "tous deux d’origine très modeste : la culture musicale très approfondie qu’ils nous ont donnée était un outil de promotion sociale". Résultat : le piano dès trois ans et demi, avec de très bons résulats et du chant choral jusqu’à plus soif : Messie, oratorios et autres passions vont apprivoiser sa voix. Certes, la jeune Roselyne sait qu’il n’est même pas envisageable d’en faire un jour son métier, pour sa mère, point de salut en dehors des professions de médecin, dentiste ou pharmacien. Mais elle est ravie, entourée de musique : "c’était la joie d’entrer dans un monde magique, de poésie, où je trouvais ma liberté"

L’enfance musicale est heureuse, mais la famille ne sort pas. Le déclic vient à 25 ans, lorsqu’un ami très cher l’emmène à Vérone assister enfin à un spectacle d’art lyrique. Le choc : "ça a été une chance de découvrir l’opéra à travers ce festival très populaire, en Italie, où quand on entonne le Va pensiero (du Nabucco de Verdi), les gens allument leur briquet comme dans un concert de rock ! La mise en scène est hyper-classique, mais efficace !". L’expérience s’avère radicale, plus rien ne sera comme avant. "C’est un choc amoureux". Au panthéon de ses souvenirs scéniques, Roselyne Bachelot veut mettre au même niveau une mise en scène que d’aucuns jugeront kitch du Trouvère par Franco Zeffirelli à Vérone, pour sa dimension populaire, et Elektra, par Chéreau, au Festival d’Aix-en-Provence. Pas de snobisme.

Transmission

A son tour, Roselyne Bachelot s’emploie à transmettre son amour pour l’opéra. A un jeune de vingt ans qui ne connaît pas l’opéra, elle conseillerait Verdi : "le dépucelage opératique doit être proféré par le grand Giuseppe !". L’anthologie qu’elle publiait il y a quatre ans Salut à la France (titre tiré de La fille du régiment de Donizetti), est une nouvelle corde à son arc de passeur de l’opéra. Une sélection de coups de cœur dans le répertoire français des 19e et 20e siècles, de Bizet à Offenbach, en passant par Chabrier et Gounot, alternant intelligemment quelques tubes et des airs quasi inconnus. 

Cette passion pour l'opéra, l'anthologie publiée, étaient une sorte de revendication. "En quelque sorte, j’ai fait le pont entre mes presque quarante ans de vie politique et ma passion pour la musique, en refusant cette mise dans des cases qui est une caractéristique française. Parce que j’avais fait de la politique, parce que j’étais ministre, aller à l’opéra était une inconvenance ! Comment avais-je pu trouver le temps d’aller à l’opéra ? Avec l’opéra, je revendique ce besoin, ce droit, de me ressourcer dans l’art, la culture, la création". En devenant ministre de la Culture, Roselyne Bachelot réussit la quadrature du cercle !