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Législatives 2022 : "On se demande à quoi ça sert", taclent les présidents des groupes parlementaires reçus par Elisabeth Borne

La Première ministre s'entretient, depuis jeudi, avec les présidents des groupes parlementaires qui viennent d'être élus, en assurant chercher "à trouver le chemin avec cette nouvelle Assemblée" nationale. 

Article rédigé par Benjamin Mathieu, Yannick Falt
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le président français Emmanuel Macron et sa Première ministre Elisabeth Borne, participent à la cérémonie de l'appel du 18 juin 1940, au mont Valérien, près de Paris, le 18 juin 2022. (GONZALO FUENTES / POOL / AFP)

"Il faut bien qu'elle s'occupe", s'amuse un cadre socialiste. S'il était prévu qu'Elisabeth Borne s'entretienne avec les différents présidents des groupes parlementaires de l'Assemblée en début de semaine prochaine, le calendrier s'est accéléré. La Première ministre a finalement débuté ses réunions jeudi 23 juin 2022, et doivent se poursuivre jusqu'à vendredi soir.

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Après la réception par Emmanuel Macron à l'Elysée en milieu de semaine des différentes oppositions afin d'éviter le "blocage institutionnel" tant redouté, Elisabeth Borne continue donc de consulter, cette fois au téléphone, diplomatiquement. Mais, en coulisses, le ton est beaucoup l'est beaucoup moins : les oppositions n'en espère pas grand chose. Ainsi, dubitative, la députée Generation.S Sophie Taillé-Polian se montre sceptique : "On ne comprend pas à quoi ca sert, d'autant qu'avec Emmanuel Macron, ca n'a pas été très productif".

"Si le Président ne l'avait pas totalement éclipsée..."

Toujours du côté de la Nupes, Eric Coquerel, de la France Insoumise, s'interroge lui aussi : "Elle fait peut-être semblant, de montrer qu'elle travaille pendant que Macron n'est pas là". Le chef de l'Etat est effectivement en déplacement à l'étranger, durant une séquence marquée notamment la guerre en Ukraine. "On sait de toute façon que ce n'est pas chez elle que ça se décide", conclut le député de Seine-Saint-Denis. "Elle fait ce qu'elle aurait dû faire si le Président ne l'avait pas totalement éclipsée en faisant lui même ces consultations", analyse le porte-parole du PS Pierre Jouvet. Et de se demander : "Que va-t-elle obtenir de plus qu'il n'a pas obtenu ?". 

Il n'y a qu'à droite qu'on juge ces rendez-vous utiles : "Macron devient un roi nu. C'est la cheffe du Gouvernement qui mène les coalitions dans un régime parlementaire, et c'est vers là que l'on va", théorise le député LR Pierre-Henri Dumont, plutôt emballé par cette idée de majorité différentes selon les textes proposés. 

De son côté, la Première ministre Elisabeth Borne a affirmé jeudi soir sur LCI ne pas se "poser de questions" quant à son avenir à Matignon, malgré les appels à la démission formulés par l'opposition. Interrogée quant au fait qu'elle serait "en sursis", elle a répondu: "Je ne suis pas en train de me poser ce genre de questions, je suis à l'action". 

Pas de démission en vue

Elisabeth Borne reste donc soutenue par Emmanuel Macron... pour l’instant. Mais si "c’est dur pour elle", reconnaît une ministre, "les coups les plus rudes, elle les prend chez nous". Une référence à François Bayrou, qui s'en était pris frontalement à la Première ministre en appelant que le locataire de Matignon "soit politique, qu'on n'ait pas le sentiment que c'est la technique qui gouverne le pays". Reste que le fait qu’Emmanuel Macron ne l’ait pas mentionnée lors de son allocution, mercredi soir, n'est ce soit pas considéré comme "un lâchage", selon un conseiller gouvernemental : "Ferrailler à l’Assemblée, elle saura faire"ajoute un autre, tout comme "négocier, elle l’a déjà montré avec les partenaires sociaux." Et puis "changer de Premier Ministre, pourquoi faire ?", ajoute le même.

Bref, l’idée est, pour l'instant, de lui laisser sa chance. Jean Castex est d’ailleurs souvent cité, lui qui était sous le feu des critiques à son arrivée. D’autant que se séparer d’Elisabeth Borne poserait un double problème à Emmanuel Macron : donner le sentiment de se renier, d'abord, puis, ensuite, de devoir assumer l’éviction de la deuxième femme seulement à Matignon, nommée il y a 5 semaines. La précédente, Edith Cresson, avait, elle, occupé le poste 10 mois et 18 jours.

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