Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de François Hollande

Pour ce cinquième exercice du quinquennat, le président de la République a effectué plusieurs annonces. Et s'est concentré sur la volonté de faire vivre l'esprit d'unité nationale, après les attentats de début janvier.

François Hollande, le 5 février 2015, au palais de l\'Elysée, à Paris.
François Hollande, le 5 février 2015, au palais de l'Elysée, à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)

Pour sa cinquième conférence de presse du quinquennat, jeudi 5 février, François Hollande n'a pas innové sur la forme. Même scénographie, même lieu, même déroulement. En revanche, un mois après les attentats à Paris, son discours a moins porté qu'à l'habitude sur les questions socio-économiques. Le président a concentré son propos sur le souci de faire vivre l'esprit d'unité nationale.

Francetv info vous résume ce qu'il faut retenir de cette conférence de presse.

Le style : une volonté de prendre de la hauteur

"Quand on est porteur d'un espoir aussi élevé, il faut être à la hauteur (...) Je ne cesserai d'agir pour l'unité." D'un bout à l'autre de sa conférence, François Hollande a cherché à prendre de la hauteur, à réaffirmer sa stature présidentielle. Il a commencé son intervention par le rappel des événements du mois de janvier, saluant la réaction des Français descendus massivement dans la rue : "La France a su réagir avec dignité et fierté. Là où les terroristes voulaient la mettre à genoux, elle a fait face. Là où les fanatiques voulaient semer la peur, elle a fait masse. Là où les extrémistes voulaient la diviser, elle a fait bloc."

FRANCE 2

Parlant de cet "esprit du 11 janvier", il  a pris soin de ne pas nourrir les polémiques politiciennes. "Je suis chef de l'Etat, pas chef de parti", répond François Hollande quand un journaliste l'interroge sur la position du "ni-ni" de l'UMP concernant la législative partielle dans le Doubs. Une prise de hauteur qui lui a permis de se concentrer sur son domaine de prédilection : l'international. Une grande partie de son intervention a porté sur les enjeux de politique extérieure, que ce soit sur la crise en Ukraine, la lutte contre le terrorisme ou la situation en Grèce.

Les annonces : priorité aux jeunes

Service civique. "Ce que je propose aujourd'hui est un service civique universel", a rappelé François Hollande, écartant à ce stade de rendre le dispositif obligatoire. Le président a assuré que tout jeune qui voudrait faire un service civique "pourra le faire dès le 1er juin" et annoncé que l'agence pour le service civique serait "renforcée".

FRANCE 2

Une Agence de développement économique sur les territoires.  Cette nouvelle agence, comparable à l'Anru (l'agence pour la rénovation urbaine), "sera mise en place le plus rapidement possible". François Hollande a précisé que BPIfrance, la banque publique d'investissement, et la Caisse des dépôts "y mettraient tous leurs moyens" avec l'espoir qu'une telle agence "susciterait la création d'entreprises" notamment chez les jeunes. Cette annonce est venue en réponse à la question du problème des "territoires délaissés" évoqués par François Hollande.

FRANCE 2

L'expérimentation du service militaire adapté (SMA). Il s'agit d'un dispositif d'insertion via les armées, qui existe depuis des décennies en outre-mer. François Hollande a annoncé son expérimentation en métropole avec la création de trois centres. "Il y aura trois centres qui seront créés, nous verrons les lieux où nous pouvons les disposer, pour que nous puissions en tirer tous les enseignements et avoir les mêmes résultats" qu'en outre-mer.

Des mesures pour l'école. De nouveaux moyens doivent être donnés "à la lutte contre le décrochage scolaire", a annoncé François Hollande, en parlant "d'une nouvelle étape" de la refondation de l'école. Il n'a pas détaillé le contenu de son plan, mais a insisté sur la nécessaire maîtrise du français en maternelle, "essentiel pour vivre en France". Dans la continuité des annonces de Najat Vallaud-Belkacem, il a affirmé que la laïcité "doit s'apprendre", ce qui "sera fait dans l'école tout au long de la scolarité obligatoire".

Une grande école du numérique. Ce nouvel établissement "sera chargé de diffuser ses formations partout sur le territoire en plus de ce qui va être fait dans le cadre de l'enseignement", a affirmé le président, sans plus de précisions. Il a justifié cette annonce par le potentiel de créations d'emplois dans le domaine du numérique.

La phrase : "La France doit être à l'initiative"

François Hollande a plusieurs fois répété que la France devait se montrer entreprenante sur de nombreux dossiers, notamment internationaux, de la situation en Grèce à la "guerre" en Ukraine en passant par la conférence sur le climat prévue fin décembre à Paris.

En Ukraine. "Oui, en Ukraine, c'est la guerre", a lâché le président de la République. En conséquence, il a annoncé se rendre avec la chancelière allemande Angela Merkel jeudi à Kiev et vendredi à Moscou avec l'objectif de parvenir à une proposition de règlement du conflit en Ukraine. Il a donc réaffirmé le choix du dialogue tout en prévenant que l'option de la diplomatie ne pouvait "pas être prolongée indéfiniment".

FRANCE 2

En Grèce. Interrogé sur le message qu'il envoyait à l'Europe en recevant rapidement le Premier ministre grec Alexis Tsipras, le chef de l'Etat a estimé que le rôle de la France était "de trouver une solution, de contribuer à un accord" mais dans "le respect" du vote des Grecs, des règles européennes et des engagements pris. "Rien ne serait pire pour les Grecs [que de faire] chemin à part. Il n'y a pas de chemin à part" dans le cadre européen, a-t-il poursuivi.

"L'austérité à tout jamais n'est une solution ni pour les Grecs, ni pour les autres", a ajouté François Hollande. Il a enfin rappelé que la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de priver les banques grecques d'une partie de ses financements "renvoie les responsabilités" sur les Etats et les gouvernements ,"et c'est bien légitime".

FRANCE 2

Sur le climat. "J'ai confiance (...) Nous avons le devoir de réussir, car il s'agit de l'avenir même de la planète." Evoquant la conférence mondiale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre, il a déclaré : "Si la France et l'Europe ne montrent pas l'exemple, nous ne pourrons pas convaincre la Chine et les Etats-Unis." Le président a indiqué qu'il se déplacerait un peu partout dans les mois à venir, à commencer par les Philippines fin février, "pour lancer un appel" afin que "la société civile puisse se mobiliser". Le président a enfin affirmé qu'il fallait "construire une Union européenne de l'énergie", soulignant qu'il n'était "pas possible d'avoir 28 politiques énergétiques" en Europe.

Les apartés politiques

Sur la législative partielle dans le Doubs. Tout en indiquant qu'il n'était plus "chef de parti", François Hollande a rappelé qu'en 2002 il n'avait pas "hésité une seule seconde" lorsqu'il avait fallu, en tant que patron du PS, choisir entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac. Tout en affirmant ne pas "donner de leçon", il a ainsi sérieusement taclé l'UMP et sa stratégie du "ni-ni". 

Concernant le Front national, il a rappelé que "tous les citoyens sont dans la République et ont bien le droit de voter pour qui leur paraît conforme à leur position", tout en estimant que tous les partis ne sont pas pleinement "dans les valeurs de la République". Il a ainsi fait allusion aux propos de la candidate FN Sophie Montel sur "l'inégalité des races". Il a terminé cette séquence en appelant à la responsabilité des habitants du Doubs: "Les électeurs doivent faire des choix et je les laisse les faire avec leurs convictions et quand il sont capables de se réunir autour de la République, ils savent ce qu'ils ont à faire."

Sur les écologistes. Les écologistes sont "les bienvenus" s'ils souhaitent participer au gouvernement, a déclaré François Hollande. Le parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV), partenaire de la majorité, a refusé par deux fois de participer au gouvernement de Manuel Valls.

Sur sa candidature en 2017. François Hollande a une nouvelle fois lié son destin à celui de la courbe du chômage.  "J'ai dit que je serai jugé sur ce résultat", parce que si "un président de la République n'arrive pas à atteindre l'objectif qu'il s'est fixé pour être élu, il ne peut pas être candidat de nouveau à la responsabilité suprême".