Affaire Benalla : la rédaction de Mediapart avait-elle le droit de s'opposer à une perquisition ?

Deux procureurs, accompagnés de trois policiers, ont voulu perquisitionner lundi matin les locaux de Mediapart. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" après la diffusion d'enregistrements d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase.

Le logo du site d\'information Mediapart, le 28 décembre 2016.
Le logo du site d'information Mediapart, le 28 décembre 2016. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, condamne un "acte violent" et "rarissime". La rédaction du site d'information en ligne s'est opposée, lundi 4 février, vers 11h10, à une perquisition dans ses locaux. Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "atteinte à l'intimité de la vie privée", après la diffusion par Mediapart d'enregistrements d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase. Deux magistrats du parquet, accompagnés de trois policiers, se sont présentés pour saisir les fameux enregistrements diffusés par Mediapart.

"Comme le droit nous y autorise, dans le cadre d'une enquête préliminaire, pas d'une instruction judiciaire, la personne visée, peut s'opposer à la perquisition. C'est un droit", a assuré Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, lors d'une conférence de presse, lundi après-midi (à 14 min 50 sur la vidéo ci-dessous).

Une interprétation validée par le site de l'administration française. On y lit que l'accord de l'occupant des locaux visés par une perquisition est obligatoire dans le cadre d'une enquête préliminaire. Mais que cet accord n'est plus nécessaire lorsqu'il y a eu flagrant délit ou dans le cadre d'une information judiciaire.

"Le procureur adjoint de Paris nous a manifesté la possibilité de revenir avec un mandat du juge des libertés et de la détention pour que la perquisition devienne, cette fois, coercitive", a ajouté Fabrice Arfi. Et d'insister : "Il n'a pas dit qu'il allait le faire, il a dit que c'était possible, il ne l'a pas exclu."

Atteinte au secret des sources ?

Pour Fabrice Arfi, cette perquisition est "une attaque au secret des sources. Sans sources, nous ne sommes rien". Pourtant, "la perquisition ne peut pas avoir pour but l'identification d'une source", précise le site de l'administration française.

Sur la question de l'atteinte à la vie privée, Edwy Plenel s'est montré ferme : "Mediapart n'atteint à la vie privée de personne, Mediapart publie des informations d'intérêt public. Et c'est exactement ce que nous avons défendu, par exemple, dans une histoire qui a occupé longtemps la justice : l'affaire Bettencourt, où des enregistrements ont été diffusés par notre journal."

Fabrice Arfi s'est dit "surpris par le contraste vertigineux entre la gravité des faits que nous avons révélés la semaine dernière (...) et la diligence du parquet à effectuer cette perquisition". Sur France Inter, Edwy Plenel a affirmé que "cette perquisition est un scandale ordonné par le nouveau procureur de la République de Paris, dont on connaît les conditions de nomination sur pression du pouvoir exécutif".

Le parquet de Paris a confirmé à franceinfo avoir ouvert cette enquête "sur le fondement d'éléments transmis", sans plainte d'Alexandre Benalla ou de Vincent Crase.