PORTRAIT. Thierry Herzog, l'avocat et ami fidèle de Nicolas Sarkozy, devenu prévenu à ses côtés

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L'avocat Thierry Herzog arrive au palais de justice de Paris, le 10 mars 2014. (THIBAULT CAMUS / AP / SIPA)

Célèbre pénaliste, proche de l'ancien président de la République depuis quarante ans, Thierry Herzog est jugé avec lui dans l'affaire dite des "écoutes" dont le procès s'ouvre lundi devant le tribunal correctionnel de Paris.

La scène a lieu le 2 juillet 2009. Elle se déroule dans la salle des fêtes de l'Elysée, dont Nicolas Sarkozy est, à l'époque, le locataire. Parmi les nombreux avocats présents, se trouvent les plus connus et les plus réputés sur la place de Paris : Eric Dupond-Moretti, Hervé Temime, Jean-Louis Pelletier, Pierre Haïk... Mais c'est vers un autre ténor du barreau que le président de la République s'avance : son avocat et compagnon dévoué, Thierry Herzog, sur la veste duquel il épingle la rosette de la Légion d'honneur. "C'était un curieux mélange. Une synthèse entre la solennité et le caractère décontracté que Nicolas Sarkozy a su donner au moment", se souvient le pénaliste Jean-Yves Le Borgne. Son confrère Gilles-Jean Portejoie décrit "un moment exceptionnel". "Ce jour-là, Thierry Herzog rayonnait. Il profitait du bonheur. J'ai ressenti entre les deux hommes une affection spontanée, réciproque", raconte l'ancien bâtonnier.

>> L'article à lire pour comprendre l'affaire des écoutes

Un peu plus de onze ans plus tard, Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog se retrouvent côte à côte sur le banc des prévenus, dans l'enceinte du tribunal judiciaire de Paris. A partir du lundi 23 novembre, ils sont jugés pour "corruption" et "trafic d'influence" devant la 32e chambre correctionnelle. Thierry Herzog est également renvoyé pour "violation du secret professionnel", tout comme Gilbert Azibert, ancien haut magistrat à la Cour de cassation. Ce procès, c'est celui de l'affaire des écoutes, également surnommée "l'affaire Paul Bismuth". En s'appuyant sur des conversations téléphoniques de l'ex-chef de l'Etat avec son avocat, les enquêteurs soupçonnent Nicolas Sarkozy d'avoir tenté d'obtenir auprès de Gilbert Azibert, par l'entremise de Thierry Herzog, des informations secrètes dans une procédure le concernant, en marge de l'affaire Bettencourt. Et ce, en échange d'un coup de pouce pour un poste à Monaco.

"Un contradicteur brillant, dur à affronter"

Entre l'homme de loi et l'ancien président, l'amitié dure depuis quarante ans. Thierry Herzog et Nicolas Sarkozy, nés en 1955, se rencontrent au moment où ils fourbissent leurs armes de jeunes avocats. Ils prêtent serment ensemble en 1981. Le premier débute au cabinet de Jean-Louis Pelletier, défendeur de voyous et conseil de Jacques Mesrine. Le second anime la campagne de son patron, Guy Danet, candidat au bâtonnat de Paris, et entraîne son compère. Ils passent aussi leurs étés à La Baule (Loire-Atlantique), où leurs familles partent en vacances. Et partagent une passion pour la variété française : Serge Lama, Didier Barbelivien, mais aussi et surtout Johnny Hallyday, à qui Thierry Herzog voue un véritable culte. Une relation forte se noue.

"Il y a une réelle admiration de Thierry Herzog pour Nicolas Sarkozy."

Jean-Yves Le Borgne, avocat

à franceinfo

"Admiration, c'est le bon mot, approuve l'ancien ministre Brice Hortefeux. Pour tout ce qu'est Nicolas Sarkozy et ce qu'il représente. Les deux hommes partagent une grande confiance réciproque parce que Thierry Herzog a un caractère entier." Il compte parmi les intimes de l'ancien chef de l'Etat, ceux qui partagent les bons moments – il était au Fouquet's en 2007 après sa victoire à la présidentielle – comme les mauvais.

En 2006, Nicolas Sarkozy se constitue partie civile dans l'affaire Clearstream. Il demande à Thierry Herzog de le représenter. "Nicolas m'a dit : 'Ecoute, mon Thierry, c'est l'avocat que je choisis, pas l'ami. T'es pas obligé de me dire oui tout de suite'", relate-t-il dans Libération, à l'automne 2013. Pas question de refuser, Thierry Herzog est toujours là en cas de problème. Et voilà qu'entre en scène "l'avocat du président". Dès l'ouverture du premier procès Clearstream, en septembre 2009, le face-à-face avec Dominique de Villepin est "violent", selon Le Monde (article pour abonnés). Pour l'ancien Premier ministre, c'est "l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy", qui l'a conduit du côté des prévenus.

"Je l'ai beaucoup admiré : c'est un contradicteur brillant, tenace, dur à affronter. Il est courageux, ce n'est pas si fréquent à la barre", se remémore Luc Brossollet, l'un des avocats de Dominique de Villepin. Mais sa plaidoirie s'étire en longueur et le président du tribunal le prie "sèchement" de conclure. "Je crois que j'avais surestimé le dossier, j'avais trop travaillé", reconnaît Thierry Herzog dans Libération. "On ne peut pas le lui reprocher : il n'a voulu laisser aucun élément dans le noir", rétorque aujourd'hui Luc Brossollet qui obtient, lui, la relaxe de son client, confirmée en appel en 2011.

Du gang des postiches aux affaires Tiberi

"Quand vous êtes dans une affaire avec Thierry, vous savez que vous allez passer un bon moment", affirme Francis Szpiner, lui aussi membre du cercle fermé des pénalistes. "Nous étions brouillés pendant cinq, six ans, puis on s'est réconciliés", confie-t-il. Le différend était politique. Thierry Herzog et Francis Szpiner sont encartés au RPR depuis la première heure. Mais le premier soutient Nicolas Sarkozy, quand le second ne jure que par Jacques Chirac. "Quand les Chiraquiens sont revenus au gouvernement, nous nous sommes reparlés", révèle celui qui est désormais maire du 16e arrondissement de Paris, élu en juin sous l'étiquette LR. "C'est quelqu'un de fidèle à ses amitiés", insiste Francis Szpiner, qui fréquentait le même lycée parisien, au pied de Montmartre. "ll avait la réputation d'être chahuteur et, déjà, un humour ravageur", dépeint l'avocat.

"Drôle", "un talent pour mimer les scènes"... L'humour est l'un des traits de personnalité mis en avant par les amis de Thierry Herzog. "On ne comprend rien à lui si l'on ne garde pas ça en tête : il fait les choses au premier et au second degré", résume Hervé Temime dans Secret défense (Gallimard, 2020). Cet autre ténor du barreau le représentera tout au long du procès qui s'ouvre lundi. Encore un vieux camarade, avec lequel il a monté son tout premier cabinet, en 1983, après un "coup de foudre amical". A l'époque, le duo défend des malfrats. Thierry Herzog forme aussi un tandem avec Pierre Haïk. Il a pour clients des membres du gang des postiches, des braqueurs de l'UBS et quelques dealers.

De gauche à droite : l'avocat Jean-Yves Le Borgne, l'ex-maire du 5e arrondissement de Paris Jean Tiberi, sa femme Xavière et Thierry Herzog, le 2 février 2009 au tribunal correctionnel de Paris. (BERTRAND GUAY / AFP)

Par la suite, il est l'avocat du couple Tiberi, empêtré dans les affaires des HLM de Paris et des faux électeurs du 5e arrondissement de la capitale. "Il a été plus qu'un avocat car nous avions des liens personnels. Je savais qu'il faisait le maximum. Il connaissait parfaitement le dossier", témoigne Jean Tiberi. Leurs familles se connaissent depuis plusieurs générations. Celle de Thierry Herzog, de droite, est issue de la "petite bourgeoisie". Tout ce petit monde se croise à La Baule, où on côtoie aussi les Sarkozy. D'ailleurs, Thierry Herzog n'a jamais cessé de travailler pour son ami : après Clearstream, c'est dans l'affaire Bettencourt qu'il le défend et obtient un non-lieu en 2013.

"Nicolas Sarkozy, c'est son client, son jardin secret", selon Gilles-Jean Portejoie. "On a très peu souvent parlé de lui, c'est un garçon d'une véritable pudeur", détaille le conseil du barreau de Clermont-Ferrand, qui l'a rencontré "sur les pistes" à la fin des années 1990. Lui aussi a "un coup de foudre professionnel", pour un homme "qui incarne le monde d'avant". "Il est très attaché aux usages, à la déontologie et à la courtoisie", apprécie-t-il. Sollicité pour ce portrait, Thierry Herzog nous a adressé un refus poli : "très touché" par notre demande, il "ne souhaite pas" s'exprimer avant l'audience.

"C'est un des derniers grands noms du barreau français et il n'y en a pas beaucoup."

Gilles-Jean Portejoie, avocat

à franceinfo

"On a en commun notre style : on n'aime pas l'éloquence de rupture, on est plutôt dans la séduction", renchérit Me Portejoie. "Je n'ai jamais entendu de propos désagréables à son égard", jure-t-il.

"Pas au-dessus des lois"

Malgré tout, dans le concert de louanges, L'Obs a trouvé une voix dissonante. "Herzog est un spécialiste des bruitages à l'audience. Il pousse des cris d'animaux. Immanquablement, le président interrompt les débats. Herzog foudroie alors d'un air désapprobateur un confrère que nous n'aimons pas et que nous avons désigné à l'avance", lâche à l'hebdomadaire, en 2009, un avocat sous le couvert de l'anonymat. Cette confidence, "l'un des secrets les mieux gardés du Palais", n'a pas été confirmée par nos interlocuteurs.

Du côté de certains magistrats, on se montre volontiers plus critique – bien que la sœur de Thierry Herzog soit ex-vice-présidente du Syndicat de la magistrature, classé à gauche. "Thierry Herzog incarne tout ce qu'il y a de beauf chez les grands pénalistes, une 'école' dans laquelle je ne reconnais pas la justice... Il gueule, mais à part ça ?", raille auprès de franceinfo Eric de Montgolfier, procureur de la République à la retraite.

"Ce genre d'avocats creuse le fossé avec les magistrats."

Eric de Montgolfier, ex-procureur

à franceinfo

Les deux hommes se sont notamment croisés lors de l'affaire du match truqué de l'OM à Valenciennes, en 1993, puis en 2008, pour une affaire d'"atteinte à la liberté individuelle" d'un détenu, dans laquelle Eric de Montgolfier a été jugé puis relaxé. Aujourd'hui, l'ancien procureur déplore qu'un avocat ait pu utiliser avec son client un téléphone portable acheté sous un faux nom (celui de Paul Bismuth).

"Les avocats ne sont pas au-dessus des lois", estime Jean-Pierre Mignard. Quand l'affaire des écoutes éclate, au printemps 2014, une pétition est lancée en soutien à Thierry Herzog, pour dénoncer l'atteinte au secret professionnel des robes noires. L'avocat et ami intime de François Hollande, adhérent au PS, riposte avec une contre-pétition et déclare dans Le JDD que "le secret professionnel des avocats ne s'applique pas à la préparation ou à la commission d'une infraction". Aujourd'hui, Jean-Pierre Mignard ne change rien à ce qu'il a dit, mais affirme ne pas avoir "de sentiment particulier" vis-à-vis de son confrère au bord politique opposé. "Il saura se défendre" lors de son procès, avance-t-il simplement.

Pour cela, Thierry Herzog devrait pouvoir compter, une fois de plus, sur ses amis, que ce soit Nicolas Sarkozy ou Hervé Temime. Ce dernier l'annonce dans son livre : "Je suis arrivé à la certitude qu['il] ne doit pas être condamné et même qu’il n'aurait jamais dû être jugé. Avec le bâtonnier Paul-Albert Iweins, son premier et principal avocat, nous exposerons sa défense devant le tribunal avec la détermination absolue de le démontrer."

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