Affaire des écoutes : comment Nicolas Sarkozy justifie sa ligne téléphonique au nom de Paul Bismuth

Selon les informations du "Monde", l'ancien chef de l'Etat a été entendu pendant l'été 2016, dans l'affaire dite "des écoutes".

Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire à droite, à Nice, le 17 septembre 2016.
Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire à droite, à Nice, le 17 septembre 2016. (VALERY HACHE / AFP)

Après l'affaire Bygmalion, dans laquelle Nicolas Sarkozy doit être renvoyé en correctionnelle, c'est une autre affaire encombrante qui ressurgit et pourrait embarrasser le candidat de la primaire à droite. Le Monde révèle, lundi 26 septembre, que l'ancien président de la République a été entendu, le 22 juillet 2016, dans l'enquête sur l'affaire dite "des écoutes". Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour "corruption" et "trafic d'influence". Il est soupçonné, avec son avocat, d’avoir tenté d’obtenir de Gilbert Azibert, alors magistrat à la Cour de cassation, des informations couvertes par le secret.

Qu'a dit Nicolas Sarkozy aux juges ?

Le Monde a pris connaissance de l'interrogatoire de Nicolas Sarkozy, mené par les juges Patricia Simon et Claire Thépaut. Selon le quotidien, l'ancien président a surtout mis en cause son avocat, Thierry Herzog.

Sur la ligne téléphonique au nom de Paul Bismuth. Les juges soupçonnent Nicolas Sarkozy et Thierry Herzog d’avoir voulu échapper à d’éventuelles surveillances judiciaires dont ils auraient été informés. Aux juges, Nicolas Sarkozy assure que son avocat l'a mis en garde contre "un risque d’écoutes 'sauvages'". "Il me dit qu’il faut que nous puissions parler sur un téléphone discret où nous pourrions évoquer tous les problèmes de procédures qui pourraient se poser", a-t-il expliqué, selon Le Monde. L'ancien chef de l'Etat assure avoir trouvé ces "précautions un peu superfétatoires"

Sur Gilbert Azibert. "Je n’ai jamais eu [le magistrat] Gilbert Azibert au téléphone, je ne lui ai jamais rien demandé", a assuré Nicolas Sarkozy. Et d'ajouter : "Mon intervention, si elle avait eu lieu, [aurait été] le résultat de ma profonde amitié pour Thierry Herzog et non pas mon attachement à Azibert. Bien souvent Thierry Herzog m’a demandé d’aider des relations ou des amis, ce que j’ai fait bien volontiers par amitié pour lui", a insisté Nicolas Sarkozy, face aux juges. L’ex-chef de l’Etat a brandi un autre argument : "Il se trouve qu’à la Cour de cassation, si j’avais voulu des renseignements, j’avais d’autres interlocuteurs autrement plus prestigieux que M. Azibert."

Sur les soupçons de corruption. Lors de cet interrogatoire, Nicolas Sarkozy s'est efforcé de démontrer sa bonne foi, explique Le Monde, en prenant notamment pour exemple une conversation avec son avocat au cours de laquelle il avait confondu l’avis du conseiller-rapporteur de la Cour de cassation avec celui de l’avocat général, ce qui, selon lui  "prouve que je ne suis pas au courant des détails des choses". "Je préfère passer pour un incompétent que pour un malhonnête", a-t-il lancé aux juges.

Où en est cette affaire des écoutes ?

Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog sont mis en examen depuis juillet 2014 pour "corruption active", "trafic d’influence actif" et "recel de violation du secret professionnel". Ils sont soupçonnés, sur la base d’écoutes téléphoniques, d’avoir tenté d’obtenir de Gilbert Azibert, alors magistrat à la Cour de cassation, des informations couvertes par le secret dans le cadre d’une procédure sur la saisie des agendas de l’ancien chef de l’Etat, dans l'enquête sur l'affaire Bettencourt (dans laquelle Nicolas Sarkozy a bénéficié d'un non-lieu en 2013). En échange de ses services, Nicolas Sarkozy lui aurait promis d'user de son influence pour lui obtenir un poste de prestige à Monaco.

En mars 2016, la Cour de cassation a justement validé les écoutes téléphoniques dont ont fait l'objet Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog, et sur lesquelles reposent leurs mises en examen. Puis en mai, la cour d'appel de Paris a annulé les convocations et les auditions de Nicolas Sarkozy et de Thierry Herzog en octobre et novembre 2015. Durant ces auditions, ils n'avaient pas répondu aux questions des juges, rendant selon eux obligatoires de nouvelles convocations, alors que les juges d'instruction avaient clos leurs investigations en février.

Y aura-t-il un procès des écoutes ?

"Le dossier sera clôturé après une ultime confrontation générale qui devrait être organisée dans les semaines qui viennent", écrit Le Monde. Nicolas Sarkozy pourrait donc, comme dans l’affaire Bygmalion, être renvoyé en correctionnelle dans les prochains mois. Mais dans cette affaire aussi, il semble peu probable que l’affaire puisse être jugée avant l’élection présidentielle, qui se déroulera au printemps 2017.