Fuites dans la presse, documents cachés, destitution envisagée... Comment la "résistance" s'organise au sein de l'administration Trump

Un haut responsable de la Maison Blanche a révélé, sous couvert d'anonymat, qu'une partie de l'équipe du président s'efforçait de lutter de l'intérieur contre ses "impulsions malencontreuses".

Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington (Etats-Unis), le 5 septembre 2018.
Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington (Etats-Unis), le 5 septembre 2018. (NICHOLAS KAMM / AFP)

"Je fais partie de la résistance au sein de l'administration Trump." Dans une tribune anonyme publiée par le New York Times (en anglais), mercredi 5 septembre, un haut responsable de la Maison Blanche révèle qu'une partie de l'équipe du président américain s'efforce de lutter de l'intérieur contre ses "pires penchants". Quelle forme prend cette "résistance silencieuse" ? Comment œuvre-t-elle pour "préserver les institutions démocratiques en contrecarrant les impulsions les plus malencontreuses de Donald Trump" ? Voici quatre de leurs moyens d'action.

Laisser fuiter des informations dans la presse

Durant les premiers jours de l'administration Trump, les fuites dans la presse se sont multipliées. En cause, les guerres intestines qui opposaient des "factions" au sein de l'équipe. Au fil des mois, nombre de responsables de la Maison Blanche sont partis ou ont été évincés. Mais les informations censées être confidentielles continuent de parvenir jusqu'aux rédactions des médias américains. James Comey, l'ancien directeur du FBI limogé par Donald Trump en 2017, a ainsi reconnu avoir lui-même transmis des éléments à la presse sur ses rencontres avec le président, rappelle Le Monde. L'objectif : obtenir la nomination d'un procureur spécial sur les soupçons d'ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016.

La situation est telle que Donald Trump a menacé, en mai, les "traîtres et les lâches" responsables de ces fuites. "Nous trouverons qui ils sont", a promis le chef d'Etat américain, cité par le HuffPost. Le ministre de la Justice, Jeff Sessions, avait déjà indiqué, quelques mois plus tôt, que le nombre d'enquêtes ouvertes pour des informations transmises à la presse avait triplé depuis l'arrivée du milliardaire à Maison Blanche.

Prendre ses distances avec les actions du président

Selon l'auteur anonyme de la tribune publiée dans le New York Times, la plupart des membres de l'administration partagent une grande méfiance vis-à-vis du président. "De la Maison Blanche aux ministères et agences gouvernementales, les hauts responsables confient en privé qu'ils sont chaque jour plus sceptiques face aux déclarations et actions du chef de l'Etat, assure-t-il. La plupart font en sorte de mettre leurs opérations à l'abri de ses caprices."

Résultat, la Maison Blanche vit une "présidence à deux vitesses". Plusieurs membres de l'administration "essaient de faire ce qu’il faut quand Donald Trump ne le fait pas", explique la tribune. Cela se manifeste notamment dans le domaine des affaires étrangères. Lorsque le président américain se montrait réticent à prendre des sanctions contre la Russie, après l'empoisonnement d'un ancien espion du KGB au Royaume-Uni, "l'équipe chargée de la sécurité nationale était plus avisée". L'auteur de la tribune rappelle que plusieurs diplomates russes ont été expulsés du pays après cette affaire.

Empêcher Donald Trump d'avoir accès à certains documents

Pour contrer les "pires penchants" du président, certains membres de l'administration "se donnent beaucoup de mal", assure l'auteur de la tribune. Dans son livre Fear (en français, Peur : Trump à la Maison Blanche), dont le Washington Post (en anglais) publie des extraits, le journaliste Bob Woodward raconte ainsi que certains responsables subtilisent des documents officiels, pour éviter que le président ne les lise ou ne les signe.

Son ancien conseiller économique Gary Cohn a ainsi "volé une lettre qui se trouvait sur le bureau de Trump" que le président avait l'intention de signer et qui visait à officiellement retirer les Etats-Unis d'un accord commercial avec la Corée du Sud. Le responsable a affirmé à un collaborateur qu'il avait agi au nom de la sécurité nationale et que le résident de la Maison Blanche n'avait jamais remarqué qu'elle était manquante.

Gary Cohn en aurait fait de même avec un autre courrier annonçant le retrait des Etats-Unis de l'Alena, l'accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique. "Je peux arrêter tout cela. Je vais juste enlever la lettre de son bureau", aurait-il assuré à un autre conseiller de la Maison Blanche. A ce jour, les Etats-Unis continuent d'honorer leur accord commercial avec la Corée du Sud et l'Alena, malgré les menaces répétées de Donald Trump d'y mettre un terme, souligne le Washington Post.

Envisager une procédure de destitution

Les membres du cabinet Trump ont même, un temps durant, envisagé d'entamer une procédure de destitution. Certains hauts responsables, dont l'auteur de la tribune, ont hésité à "invoquer le 25e amendement" de la Constitution américaine. Ce texte prévoit que le président soit remplacé par le vice-président, si le chef de l'Etat se montre "incapable de s'acquitter des pouvoirs et fonctions de son bureau", précise Le Monde. Une majorité des membres du cabinet et le vice-président lui-même doivent invoquer le 25e amendement. Si le chef de l'Etat conteste la procédure, elle doit être approuvée par les deux tiers du Congrès.

L'administration Trump a toutefois finalement abandonné cette idée. "Personne n'a voulu provoquer une crise constitutionnelle, explique le haut responsable du cabinet. Donc nous ferons tout ce que nous pouvons pour tirer l'administration dans la bonne direction". Du moins, note-t-il "jusqu'à ce que, d'une façon ou d'une autre, cela s'achève."