Un "élève de CM2", impulsif et accro à Twitter : l'un des journalistes du Watergate dresse un portrait accablant de Trump

Dans son livre "Fear", le journaliste d'investigation Bob Woodward raconte les coulisses de la Maison Blanche sous Donald Trump.

Le président américain, Donald Trump, le 31 août 2018 à Charlotte (Etats-Unis).
Le président américain, Donald Trump, le 31 août 2018 à Charlotte (Etats-Unis). (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

Près de 450 pages d'anecdotes et de confidences accablantes. Le livre du journaliste d'investigation Bob Woodward sur Donald Trump, Fear : Trump in the White House ("Peur : Trump à la Maison blanche"), à paraître le 11 septembre aux Etats-Unis, dresse le portrait d'un président inculte, colérique et paranoïaque que ses collaborateurs s'efforcent de contrôler pour éviter les pires dérapages. Si plusieurs ouvrages peu flatteurs pour le 45e président des Etats-Unis ont déjà été publiés, le sérieux et la réputation de Woodward, célèbre à travers le monde pour avoir révélé, avec Carl Bernstein, le scandale du Watergate qui a contraint Richard Nixon à la démission en 1974, donnent à celui-ci un écho particulier.

"C'est juste un autre mauvais livre", a réagi Donald Trump dans un entretien au Daily Caller, dénonçant des histoires colportées par d'anciens membres de son équipe mécontents ou "tout simplement inventées par l'auteur". "Woodward est-il un agent démocrate ? Vous avez noté le calendrier ?" a-t-il tweeté un peu plus tard, évoquant l'approche des élections législatives du 6 novembre, à l'issue desquelles les républicains redoutent de perdre la Chambre des représentants.

Franceinfo revient sur les principales scènes racontées dans cet ouvrage.

Un président qui se comporte comme un "élève de CM2 ou de 6e"

Les extraits publiés par plusieurs médias américains renvoient l'image – déjà décrite par d'autres – d'une Maison Blanche dysfonctionnelle, dont les acteurs n'ont que peu d'estime pour l'occupant du Bureau ovale. A l'issue d'une rencontre entre Donald Trump et son équipe de sécurité nationale à propos de la présence militaire sur la péninsule coréenne, le ministre de la Défense, Jim Mattis, particulièrement exaspéré, aurait dit à des proches que le président se comportait comme un "élève de CM2 ou de 6e".

Un président qualifié "d'idiot" par son entourage

Le livre, qui doit prochainement être traduit en français, décrit aussi longuement la frustration récurrente du secrétaire général de la Maison Blanche, John Kelly, qui est traditionnellement l'homme le plus proche du président au sein de la "West Wing". Lors d'une réunion en petit comité, il aurait ainsi affirmé, à propos de Donald Trump : "C'est un idiot. C'est inutile d'essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il a complètement déraillé. On est chez les fous. Je ne sais même pas ce que nous faisons là", rapporte le livre de Woodward.

Des propos que John Kelly nie aujourd'hui avoir tenu, assurant qu'il reste engagé aux côtés du président.

Un président impulsif, capable d'ordonner à propos du régime syrien : "On les bute !"

Toujours selon les éléments rassemblés par Bob Woodward, après l'attaque chimique d'avril 2017 attribuée au régime de Bachar Al-Assad, Donald Trump aurait appelé le général Mattis et lui aurait dit qu'il souhaitait assassiner le président syrien. "Tuons-le bordel ! Allons-y ! On leur rentre dedans et on les bute !" aurait-il déclaré. Après avoir raccroché, Mattis se serait tourné vers un conseiller et aurait dit : "Nous n'allons rien faire de tout cela. Nous allons être beaucoup plus mesurés". Dans un texte diffusé dans la soirée, M. Mattis n'a pas contesté cet épisode en particulier. Mais il a affirmé n'avoir jamais prononcé "les mots méprisants" qui lui sont attribués à l'encontre du président, déplorant le recours aux sources anonymes qui affaiblit la crédibilité de ces écrits.

Un président qu'il faut protéger de lui-même

Bob Woodward relate par le menu les subterfuges utilisés par l'entourage du président de la première puissance mondiale pour éviter qu'il ne prenne des décisions à l'emporte-pièce. Selon l'ouvrage explosif, son ancien conseiller économique Gary Cohn a ainsi "volé une lettre qui se trouvait sur le bureau de Trump" que le président avait l'intention de signer et qui visait à officiellement retirer les Etats-Unis d'un accord commercial avec la Corée du Sud. Gary Cohn a ensuite expliqué à un proche qu'il l'avait fait au nom de la sécurité nationale et que le président n'avait jamais remarqué qu'elle était manquante.

Un président accro à Twitter

Autre sujet incontournable lorsque l'on se penche sur la présidence Trump: les tweets. "C'est une bonne chose, mais c'est un peu dommage parce que j'étais l'Ernest Hemingway des 140 caractères", aurait déclaré Donald Trump à un conseiller lorsque le réseau social a fait passer la limite des tweets de 140 à 280 caractères.

Un président sûr de lui

L'auteur affirme avoir cherché, sans succès, à interroger Donald Trump pour ce livre. Il précise que le locataire de la Maison Blanche l'a appelé mi-août, alors que le manuscrit était terminé. Le Washington Post (en anglais) publie l'enregistrement de la conversation entre les deux hommes, au cours de laquelle Donald Trump affirme que personne ne lui a fait passer le message du journaliste et assure qu'il aurait "adoré lui parler". "Vous savez que je fais un travail extraordinaire pour le pays (...) Vous comprenez tout ça ? Enfin j'espère", lance-t-il au milieu de cet étonnant dialogue où il donne, par moments, l'impression d'être résigné.