Violences policières : "La mort de George Floyd vient se calquer sur la mort d'Adama", assure Assa Traoré

La soeur d'Adama Traoré, qui appelait à manifester mardi, dénonce le "comportement de la police et de la gendarmerie en France".

Assa Traoré.
Assa Traoré. (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)

Alors que les États-Unis sont secoués par des manifestations historiques après la mort de George Floyd le 25 mai suite à son interpellation par la police, la famille d'Adama Traoré, mort en juillet 2016 à la suite de son interpellation par la gendarmerie à Beaumont-sur-Oise (Val-d'Oise), organisait un rassemblement contre le racisme et les violences policières mardi soir devant le tribunal de grande instance de Paris. "La mort de George Floyd vient se calquer sur la mort d'Adama Traoré" clame la sœur de celui-ci, Assa Traoré, mercredi 3 juin sur franceinfo alors qu'un peu plus tôt sur la même antenne Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat de police Unité SGP FO, l'accusait de se "saisir" de "l'affaire américaine" pour faire valoir ses propres intérêts. "Le peuple est sorti, nous demandons juste la justice et pas autre chose", assure Assa Troré.

franceinfo : Pourquoi avoir maintenu ce rassemblement malgré l'interdiction du préfet de police ?

Assa Traoré : À l'heure où tous les pays autorisent des rassemblements de leur population, le seul pays qui veut l'interdire et être dans la répression c'est la France. Cette grande ville de Paris voulait nous interdire ce rassemblement. C'était important pour nous de le maintenir, d'établir une vérité dans la mort de mon petit frère, que l'on met directement en parallèle avec la mort de George Floyd aux États-Unis dans les mêmes conditions. Le soir où mon frère va mourir, les gendarmes vont dire eux-mêmes qu'Adama Traoré a porté le poids de leurs trois corps, qu'Adama Traoré a subi un plaquage ventral, qu'Adama Traoré a uriné sur lui, qu'Adama Traoré a dit "Je n'arrive plus à respirer". Nous avons cette expertise qui sort le 2 juin, quelques jours après la mort de George Floyd, faite par des médecins incompétents, non-spécialistes en cardiologie ou en drépanocytose, qui va dire qu'Adama Traoré est mort d'un œdème cardiaque.

Vous avez demandé une contre-expertise ?

C'est cela, mais ce qu'il faut préciser c'est que les juges sont dans un déni de justice total. Ils sont dans une contre-enquête pour protéger les gendarmes et font appel à des experts qui ne sont même pas spécialistes en cardiologie ou dans les pathologies annoncées pour mon frère. Tous les spécialistes dans les expertises que les juges avaient mandatées en 2018, des experts en cardiologie ont affirmé qu'Adama Traoré avait un cœur en bonne santé, qu'il n'était pas cardiaque, qu'il avait un corps d'athlète. Le collège d'experts que nous allons prendre va écarter toutes les maladies et dire qu'Adama Traoré est bien mort asphyxié. Les juges ne vont pas être satisfaits et ordonner une autre expertise par deux médecins qui ne sont pas mandatés par la justice et un expert en gériatrie, qui va écarter l'asphyxie et affirmer qu'Adama Traoré est mort de causes cardiaques. Nous avons saisi l'Ordre des médecins, pour nous c'est une expertise bidon faite par des charlatans.

La déléguée nationale du syndicat SGP Police FO Linda Kebbab vous accuse de vous "saisir" de l'affaire George Floyd, qui n'a rien à voir dans son fond, "son histoire et sa technicité" avec la mort de votre frère. Que lui répondez-vous ?

La mort de George Floyd vient imager la mort d'Adama Traoré. Les gendarmes ont dit "Adama a porté le poids de nos trois corps". Ils ont expliqué leur position lorsqu'ils étaient sur lui. Ils ont dit qu'Adama a subi un plaquage ventral et que mon frère a dit "Je n'arrive plus à respirer". Donc aujourd'hui bien évidemment la mort de George Floyd vient se calquer sur la mort d'Adama Traoré. La police française a dénoncé le comportement de la police aux États-Unis mais nous dénonçons le comportement de la police et des gendarmes en France. La vérité est là : nous avons une justice qui ne prend pas ses responsabilités. Nous avons une justice qui est dans une contre-enquête, qui a refusé tous les actes de notre avocat Me Yassine Bouzrou, qui nous refuse une reconstitution car elle a peur de la vérité. Hier, nous étions 40 000 à marcher dans les rues de Paris [20 000 selon la préfecture de police] à demander la vérité et la justice. Le peuple est sorti, nous demandons juste la justice et pas autre chose.