Entretien Biden-Macron sur les sous-marins : "Il faut s'assurer que ce qu'on a entendu se traduise en actes", estime le chercheur Benjamin Haddad

Emmanuel Macron et Joe Biden se sont entretenus par téléphone dans l'après-midi du 22 septembre. Une séquence "embarrassante", selon le chercheur Benjamin Haddad, directeur Europe de l'Atlantic Council.

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Radio France
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Joe Biden et Emmanuel Macron au sommet du G7 à Carbis Bay (Cornouailles, Royaume-Uni), le 13 juin 2021. (DOUG MILLS / AFP)

"Il faut s'assurer que ce qu'on a entendu dans la conversation se traduise en actes", après l'entretien mercredi 22 septembre entre Emmanuel Macron et son homologue américain Joe Biden, explique le chercheur Benjamin Haddad, directeur Europe de l'Atlantic Council, sur franceinfo. Après la crise liée aux contrats d'armement avec l'Australie, et la perte du marché des sous-marins par la France au profit des États-Unis, Joe Biden et Emmanuel Macron disent vouloir lancer des "consultations approfondies" pour mettre en place "les conditions garantissant la confiance" entre Paris et Washington, indique le communiqué de l'Élysée.

franceinfo : Joe Biden et Emmanuel Macron se sont parlé. Comment analyser cette séquence ?

Benjamin Haddad : Je crois que la séquence était embarrassante pour Joe Biden dans les derniers jours. Le rappel de l'ambassadeur de France aux Etats-Unis, Philippe Étienne, pour consultation – la première fois que cela arrive entre les deux États – avait surpris l'administration Biden et avait placé ce sujet au centre du débat. Le président américain a reconnu que des consultations ouvertes entre alliés auraient pu éviter la crise diplomatique des derniers jours. Quand on voit l'opacité, le secret dans lequel les négociations entre les Etats-Unis, l'Australie et le Royaume-Uni se sont conduites, c'est une forme de mea culpa de la part de l'administration. Pour panser les plaies, pour reconstruire la confiance, on commence à mettre en place un processus de dialogue sur l'Indo-Pacifique en reconnaissant que la France a un rôle stratégique important dans la région ; sur l'Europe de la défense, compatible avec l'Otan, évidemment une priorité française majeure et un irritant traditionnel des relations entre les deux pays ; et aussi le Sahel, où la France et les Etats-Unis coopèrent dans la lutte contre le terrorisme.

Les Etats-Unis, à l'occasion de cet entretien, se sont visiblement engagés à renforcer leur appui aux opérations antiterroristes dans le Sahel. Faut-il considérer cela comme un geste des Américains ?

C'est un geste important des Américains, c'est un geste qui va aussi dans leur intérêt puisque, la lutte contre Al-Qaïda menée par la France et les Européens au Sahel, s'inscrit aussi dans la lutte globale contre le terrorisme des Etats-Unis. C'est un geste important, plus que symbolique dans la coopération antiterroriste. Autre dimension vraiment importante, c'est la question de l'Europe de la défense. Ce sera bien entendu une des priorités de la présidence française de l'Union européenne au premier semestre 2022. On sait que pendant longtemps, les Etats-Unis, avec certains de leurs alliés en Europe, se sont opposés à des avancées de l'Europe de la défense, en disant que celle-ci était incompatible avec l'Otan. Peut-être qu'on peut aboutir à un nouveau logiciel de la part de l'administration Biden. C'est peut-être dans l'intérêt des Etats-Unis et de l'Alliance.

La page de l'affaire des sous-marins est-elle tournée ?

Non, pas tout à fait. Je pense qu'une part de confiance a été clairement érodée entre les deux partenaires et il sera difficile de panser les plaies immédiatement. Il faut s'assurer que ce qu'on a entendu dans la conversation aujourd'hui se traduise en actes concrets. Il faut maintenant que les discours de Joe Biden – comme "America Is Back", l'Amérique est de retour – se traduisent en actes. Cette crise sur les sous-marins n'est pas la première crise transatlantique. On en a eu une sur l'Afghanistan, où des alliés comme la Grande-Bretagne ou l'Allemagne s'étaient déjà plaints du manque de consultation, de coordination sur le retrait [des Etats-Unis]. On a toujours des désaccords sur les questions technologiques, sur les questions commerciales. Il y a beaucoup de pain sur la planche. Je crois que ce qu'il s'est passé doit sonner comme un avertissement pour les deux côtés.

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