Chute de Raqqa : "Maintenant, l’État islamique est retourné dans la clandestinité", estime Romain Caillet

Romain Caillet, chercheur et consultant spécialiste de la mouvance jihadiste, a commenté pour franceinfo la chute de Raqqa, en Syrie. "C’était là où il y avait les principales structures non militaires de Daesh"

Les Forces démocratiques syriennes dans les rues de Raqqa (Syrie), le 17 octobre 2017.
Les Forces démocratiques syriennes dans les rues de Raqqa (Syrie), le 17 octobre 2017. (ERIK DE CASTRO / REUTERS)
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La ville de Raqqa en Syrie est officiellement tombée mardi 17 octobre aux mains des forces soutenues par les États-Unis, après près de quatre mois de combats acharnés contre Daesh. "Maintenant l’Etat islamique est retourné dans la clandestinité", a estimé sur franceinfo Romain Caillet, chercheur et consultant spécialiste de la mouvance jihadiste, qui ajoute que l'Etat islamique "est redevenu un groupe terroriste classique comme Al-Qaïda".

franceinfo : La ville de Raqqa en Syrie était-elle vraiment la capitale de Daesh ?

Romain Caillet : Lorsque l’État islamique a proclamé l’instauration du califat en 2014, Raqqa était de fait sa capitale. C’était là où il y avait les principales structures non militaires de Daesh. Entre juin 2014 et 2016, c’était vraiment la capitale du groupe Etat islamique. Maintenant, l’État islamique a mué et est retourné dans la clandestinité, même s’il a des petites villes qu’il tient encore. Quand on voit la production de sa propagande, il ne montre plus de structures civiles. Il est redevenu un groupe terroriste classique comme Al-Qaïda.

Raqqa est tombée, est-ce la panique au sommet de l’organisation ?

Cela fait un moment que c’est la panique, les cadres se cachent, sont continuellement en repli. Là, il y a eu des négociations. On ne nous a pas annoncé la prise de combattants étrangers [comme cela avait été le cas à Mossoul]. Des personnes ont été exhibées il y a quelques jours, présentées comme des combattants locaux, mais manifestement, il y a eu des négociations pour le départ de combattants syriens et aussi de jihadistes étrangers, dont peut-être certains Français.

La France va sans doute vouloir juger ses ressortissants qui ont pu partir de Raqqa, ils sont une précieuse source d’information. Que doivent-ils devenir ?

Il y a deux catégories de Français. Ceux pour qui il y a eu des négociations et qui ont rejoint d’autres zones de combats et ceux qui ont été capturés. Soit ces derniers ont été tués dans le cadre d’exécutions extra-judiciaires, soit ils seront jugés. À partir de là, c’est soit la peine de mort, soit des peines de prison. Et si ce sont des peines de prison, ils seront expulsés et retourneront en France. Ils vont être interrogés par les forces locales, puis éventuellement par des agents français sur place. Au moment où se posera la question de leur retour en France, ils n’auront plus d’intérêt pour les services de renseignement. La France n’a pas intérêt à les faire exfiltrer, elle ne veut pas les faire rentrer. De toute façon, s’ils ne sont pas condamnés à mort ils auront des peines de prison et donc c’est l’expulsion. Je ne crois cependant pas que ce soit un casse-tête tout de suite.

État islamique : "Ça fait un moment que c’est la panique, les cadres se cachent." Romain Caillet, chercheur à franceinfo.
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