Attaques dans l'Aude : "Je suis assez surpris du caractère répétitif de ce genre de profil" de terroriste

Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense se demande samedi sur franceinfo si ces attaques dans l'Aude vont "provoquer l'électrochoc nécessaire" pour faire encore évoluer la législation antiterroriste.

Une opération de police à Carcassonne, au domicile du terroriste qui a tué quatre personnes dans l\'Aude le 23 mars.
Une opération de police à Carcassonne, au domicile du terroriste qui a tué quatre personnes dans l'Aude le 23 mars. (ERIC CABANIS / AFP)

Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui a remplacé vendredi 23 mars une otage dans le supermarché de Trèbes, dans l'Aude, est mort dans la nuit de vendredi à samedi. "C'est à lui qu'il faut rendre hommage. Arriver à se sacrifier soi-même pour sauver un otage c'est quelque chose qu'on a rarement vu dans l'histoire de l'humanité", a d'abord réagi samedi matin sur franceinfo Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense. "Il n'y a pas de mot assez élogieux vis-à-vis de ce comportement. Maintenant, est-ce que ça va provoquer l'électrochoc nécessaire ? C'est une autre question", s'interroge ensuite Pierre Conesa.

Les attaques ont été perpétrées par Radouane Lakdim à Trèbes et Carcassonne et ont fait quatre morts et quinze blessés. Ce Français d'origine marocaine de 25 ans habitait Carcassonne, il avait été condamné pour des faits de droit commun et fiché "S" depuis 2014. "Je suis assez surpris du caractère répétitif de ce genre de profil, quand on a des attentats terroristes, notamment des attentats low-costs comme on a connu ces derniers temps", déclare Pierre Conesa. Cet ancien haut fonctionnaire met en avant le "côté multirécidiviste, trafic de drogue, radicalisation en prison" et le fait que "quand il ressort on le met dans le fichier 'S' mais il n'y a pas de mesures après."

"On est dans une sorte de zone grise"

Pour Pierre Conesa, la politique pénale appliquée en matière de terrorisme doit être revue. "On a un fichier qui fait plus de 12 000 noms fichés 'S', c'est-à-dire pour terrorisme, pas pour d'autres causes. Et on explique qu'il y eu un raté dans les services de renseignement. Alors pour cet ancien haut fonctionnaire la question, est : "Quelle politique pénale applique-t-on en amont pour éviter que les services de renseignement soient obligés de se disperser sur ce genre de profil ?"

Pour autant, le procureur de Paris François Molins a déclaré qu'il n'y avait pas d'éléments qui laissaient présager d'un passage à l'acte. "On est dans une sorte de zone grise", reconnaît Pierre Conesa. "Mais vous savez, Mohamed Merah aussi était très gentil avec sa mère, donc ça n'a aucun sens" d'interroger les voisins. "Bien entendu, il n'allait pas se promener tous les jours avec un pistolet dans le quartier."

Pierre Conesa estime ainsi qu'il faut une cinquième loi antiterroriste. Pour lui, tout dépend "de la politique pénale qu'on va appliquer derrière. Quand on a une personne qui est multirécidiviste et radicalisée en prison et qu'il y a la possibilité de l'expulser, il faut procéder à l'expulsion."