"Peut-on encore commercer avec l'Iran?" : une PME s'interroge après le retrait américain de l'accord sur le nucléaire

Christine Vallin dirige le fabricant de cosmétiques Pier Augé basé à Châteauroux (Indre) et se pose des questions alors que son entreprise commerce avec l'Iran et les États-Unis.

Le siège du fabricant de cosmétiques Pier Augé, à Châteauroux (Indre).
Le siège du fabricant de cosmétiques Pier Augé, à Châteauroux (Indre). (GOOGLE STREET VIEW / FRANCEINFO)

PSA ou encore Airbus ne sont pas les seuls à plonger dans l'incertitude après la décision des États-Unis de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien. Certaines PME françaises se retrouvent dans cette situation, comme l'entreprise Pier Augé. Ce fabricant de cosmétiques, installé à Châteauroux (Indre), travaille avec l'Iran depuis 2015. Avec le retour annoncé des sanctions, sa dirigeante Christine Vallin, interrogée par franceinfo mercredi, craint que ses produits "deviennent inaccessibles à la consommation" dans le pays. Elle se pose la question aujourd'hui : "Est-ce que l'on peut encore commercer avec l'Iran ?"

Un marché en expansion, mais difficile à conquérir

L'entreprise a misé sur l'Iran, car les femmes iraniennes y représentent 40 millions d'habitants. "J'ai ressenti l'émergence d'une classe moyenne relativement jeune qui veut consommer, qui aspire à vivre différemment", explique Christine Vallin. "On a une population en Iran qui est très fortement éduquée, en moyenne plus que la population française. Et donc il y avait un vrai engouement que ce soit pour les cosmétiques ou pour les produits français", poursuit la dirigeante de l'entreprise.

Pier Augé a mis 18 mois à s'implanter en Iran. Cela n'a pas toujours été facile, car "travailler avec l'Iran et se faire payer c'est déjà très compliqué". Cela est dû aux "banques françaises qui n'acceptent pas de virements provenant de l'Iran par crainte de mesures de rétorsion, déjà, des États-Unis", rapporte Christine Vallin.

De nombreuses inquiétudes

Alors au lendemain des menaces de nouvelles sanctions de Washington contre l'Iran, la dirigeante de Pier Augé se pose beaucoup de questions : "Est-ce qu'il va y avoir une modification des taux de taxes à l'importation sur les produits ? Comment vont réagir les autorités iraniennes sur l'importation de produits ? Une des questions c'est le surenchérissement fort des taxes à l'importation et donc que nos produits deviennent à un moment inaccessibles à la consommation."

L'autre inquiétude est de subir les sanctions américaines, car l'entreprise exporte aussi ses produits aux États-Unis via internet. Christine Vallin a donc pris quelques précautions. "La cheffe de produit a passé en revue tous les réseaux sociaux et a fait en sorte que le consommateur américain (...) ne voit pas de trace d'activité iranienne", explique-t-elle. La dirigeante voit cela comme "un principe de prudence", car "on ne sait pas aujourd'hui, mais on va éviter de faire le lien de manière trop évidente pour les autorités américaines sur le fait que l'on ait les deux activités".

Christine Vallin attend des autorités françaises qu'elles répondent rapidement à ses questions. Que va-t-il "se passer concrètement ?, Est-ce que l'on va encore pouvoir envoyer un produit ? Est-ce que l'on peut encore commercer avec l'Iran et dans quelles conditions ?". Le gouvernement doit contacter dans les jours à venir les entreprises qui travaillent avec l'Iran.