Ce que l'on sait de l'attaque iranienne contre deux bases abritant des soldats américains en Irak

"Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", a réagi le ministre des Affaires étrangères iranien après ces frappes dans la nuit de mardi à mercredi.

Un Iranien porte un tee-shirt présentant le visage de Qassem Soleimani, le 3 janvier 2020 à Téhéran. Ce général iranien a été tué quelques heures plus tôt à Bagdad (Irak) par une frappe américaine.
Un Iranien porte un tee-shirt présentant le visage de Qassem Soleimani, le 3 janvier 2020 à Téhéran. Ce général iranien a été tué quelques heures plus tôt à Bagdad (Irak) par une frappe américaine. (ATTA KENARE / AFP)

Téhéran riposte. Cinq jours après l'assassinat du général Qassem Soleimani par les Etats-Unis, l'Iran a répliqué, dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 janvier, en tirant des missiles contre deux bases abritant des soldats américains en Irak. 

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Ces raids font redouter une escalade régionale ou un conflit ouvert, même si les dirigeants américains et iraniens ont rapidement semblé vouloir calmer le jeu. Franceinfo récapitule ce que l'on sait pour l'heure sur ces frappes.

Que s'est-il passé ?

Le Pentagone a annoncé que plus d'une douzaine de missiles avaient été lancés à 1h30 (23 heures mardi, heure de Paris) depuis l'Iran contre les bases d'Al Assad et d'Erbil, en Irak. Le commandement militaire irakien fait, de son côté, état de vingt-deux de missiles tirés sur son sol, sans faire de "victime parmi les forces irakiennes""Entre 1h45 et 2h15 (23h45 et 0h15 en France), l'Irak a été bombardé par 22 missiles – dix-sept sur la base aérienne d'Aïn al-Assad (...) et cinq sur la ville d'Erbil – qui ont tous touché des installations de la coalition" antijihadistes menée par les Etats-Unis.

Le site internet iranien Mashregh, proche des Gardiens de la Révolution, a indiqué de son côté que plus d'une trentaine de missiles avaient visé la base d'Al-Assad. Les médias publics iraniens ont, dans la foulée, diffusé des images de l'opération baptisée "martyr Soleimani", du nom du général tué vendredi dans une frappe américaine. On y aperçoit un lancement de missiles présentés comme étant ceux visant les intérêts américains en Irak.

Quel est le bilan ?

Il est pour l'instant incertain. Le président américain, Donald Trump, a déclaré qu'une estimation du nombre de victimes potentielles et des dégâts était en cours. Egalement présents en Irak, le Canada et le Royaume-Uni ont indiqué ne pas avoir subi de pertes lors de ces frappes.

Environ 6 000 soldats américains étaient déployés dans différentes bases en Irak en décembre, indique le New York Times, qui rappelle que Washington y avait envoyé jusqu'à 150 000 militaires simultanément au plus fort de l'opération Iraqi Freedom ("Liberté irakienne"), entre 2003 et 2011.

Quelle est l'importance des deux bases ciblées ?

Construite dans les années 1980 pour les forces irakiennes, la base aérienne d'Al-Assad est devenue à partir de 2003 l'une des principales installations des troupes américaines dans le pays, rapporte la BBC (article en anglais). Les Américains s'y sont désengagés à partir de 2009, avant d'y revenir en 2014 pour faire de cette installation l'une des principales bases dans la lutte contre l'organisation Etat islamique. 

Environ cinq cents militaires et civils américains étaient stationnés à Al-Assad en 2017, précise le New York Times (article en anglais), qui ajoute que l'aérodrome était équipé de drones et d'avions de reconnaissance. Donald Trump lui-même s'était rendu sur place à l'occasion d'une visite surprise organisée fin décembre 2018. La présence militaire américaine y était moindre depuis la défaite militaire de Daech en 2019, mais restait tout de même "robuste", précise le quotidien.

Située à Erbil, dans le nord de l'Irak, la deuxième base visée par Téhéran a été un centre d'opérations spéciales pour des centaines de soldats américains tout au long du conflit contre l'organisation Etat islamique. Dans un article publié en septembre sur son site officiel, l'armée américaine indiquait que l'installation abritait "plus de 3 600 militaires et civils originaires de treize pays différents". C'est de cette base qu'a débuté en octobre dernier l'opération qui a conduit à la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l'organisation terroriste, précise le New York Times.

Comment s'est justifié l'Iran ?

Dans un message publié sur Twitter, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, a affirmé que son pays avait mené et "terminé" dans la nuit des représailles "proportionnées" après l'élimination par les Etats-Unis du général Qassem Soleimani. "Nous ne cherchons pas l'escalade ou la guerre", a-t-il insisté.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, armée idéologique de la République islamique, ont de leur côté conseillé à Washington de rappeler les troupes déployées dans la région "afin d'éviter de nouvelles pertes", et menacé de frapper Israël ainsi que "les gouvernements alliés" de l'Amérique.

Comment ont réagi les Etats-Unis ?

"Tout va bien !" Dans un tweet au ton particulièrement léger, Donald Trump a indiqué qu'il ferait une déclaration mercredi matin et laissé entendre que le bilan n'était pas très lourd. "L'évaluation des dégâts et des victimes est en cours. Jusqu'ici, tout va bien !", a-t-il lancé.

Quelles sont les conséquences de cette riposte ?

En attendant une déclaration plus précise de la Maison Blanche, l'agence fédérale de l'aviation américaine (FAA) a d'ores et déjà interdit aux avions civils américains le survol de l'Irak, de l'Iran et du Golfe persique. 

Les compagnies aériennes Air France et Lufthansa ont de leur côté a suspendu jusqu'à nouvel ordre tout survol des espaces aériens iranien et irakien.

Signe de l'inquiétude des marchés face à la situation, les cours du pétrole se sont en outre envolés de plus de 4,5% mercredi matin lors des premiers échanges en Asie.

Dans quel contexte surviennent ces frappes ?

Ces tirs sont intervenus alors que se terminaient à peine les funérailles du général Qassem Soleimani, assassiné vendredi à Bagdad avec l'Irakien Abou Mehdi al-Mouhandis, leader des paramilitaires pro-Iran désormais intégrés aux forces de sécurité irakiennes.

France 2

Si Donald Trump a clairement écarté mardi toute intention de quitter l'Irak, certains des alliés occidentaux des Etats-Unis ont annoncé leur retrait militaire partiel, alimentant les craintes de voir les tensions actuelles saper la lutte antijihadistes.

Un retrait des troupes américaines "serait la pire chose qui puisse arriver à l'Irak", a déclaré le locataire de la Maison Blanche, évoquant le danger que représente à ses yeux pour ce pays l'imposant voisin iranien. "A un moment donné, nous partirons", "mais ce moment n'est pas venu", a-t-il assuré.