Italie : ce que l'on sait des inondations qui ont déjà fait 14 morts et dévasté la région d'Emilie-Romagne

Le bilan humain des pluies torrentielles qui frappent le nord du pays depuis plusieurs jours ne cesse de s'alourdir. Les conséquences pourraient être similaires à celles des séismes de mai 2012 dans cette même zone.
Article rédigé par franceinfo
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Le centre-ville de Lugo inondé, le 18 mai 2023, dans la région italienne d'Emilie-Romagne. (NICOLA MARFISI / AGF / SIPA)

Près d'une quinzaine de morts, des communes sinistrées, des cultures dévastées... L'Emilie-Romagne, riche et grande région touristique du nord de l'Italie, considérée comme "le verger" du pays, déplore des dégâts considérables provoqués par des inondations d'une rare intensité. La majorité des provinces de la zone, dont celles de Modène et Bologne, ont été placées en alerte rouge ces derniers jours par la protection civile italienne (en italien).

A Ravenne, les autorités ont décrété "l'évacuation urgente et immédiate" de plusieurs quartiers, vendredi 19 mai au matin, et lancé un appel à la population à "se déplacer uniquement en cas de nécessité". Les secours s'employaient toujours par ailleurs vendredi à évacuer des personnes isolées dans leurs habitations cernées par la crue, alors que la pluie s'est remise à tomber après plus de 24 heures d'accalmie.

Carte de vigilance de la protection civile italienne pour la journée du 18 mai 2023. (PROTECTION CIVILE ITALIENNE)

Franceinfo récapitule ce que l'on sait de cette catastrophe naturelle de grande ampleur qui frappe le voisin transalpin et en annonce bien d'autres sous l'effet du réchauffement climatique causé par l'activité humaine, selon les autorités.

Jusqu'à six mois de pluies en quelques heures

Dans les plaines de cette région touristique de 4,5 millions d'habitants, le déluge a débuté le week-end dernier, occasionnant un passage en alertes orange samedi 13 mai, puis rouge dimanche. Au fil de la semaine, une vingtaine de cours d'eau ont quitté leur lit, d'immenses superficies agricoles ont été noyées sous les eaux, des villages entiers ont été lessivés par les crues boueuses, des ponts se sont effondrés et 400 routes se sont affaissées. La gare de Bologne, capitale de la région, a été inondée. Jeudi, 280 glissements de terrain avaient été recensés.

Localement, il est tombé en quelques heures l'équivalent de six mois de précipitations. "Le sol n'absorbe plus rien", a résumé le président de la région, Stefano Bonaccini. "Personne ici ne se souvient d'avoir vécu ça", témoigne un habitant de Lugo, près de Ravenne, auprès de l'AFP. "C'est la fin du monde", a de son côté écrit Gian Luca Zattini, maire de Forli, sur Facebook.

Les maires de la région ont exhorté leurs concitoyens à ne pas prendre la voiture et à se réfugier en altitude. Les habitants "ne doivent aller dans des caves ou sous-sols sous aucun prétexte et éviter les rez-de-chaussée si possible", a prévenu le maire de Cesena, Enzo Lattuca, sur Facebook. Les services d'urgence ont évacué des milliers de personnes, secourant enfants et personnes âgées à dos d'homme, à bord de canots pneumatiques ou par hélicoptère.

Mercredi, plus de 10 000 habitants avaient dû quitter leur domicile, d'après la vice-présidente de la région Irene Priolo, et, malgré l'arrêt des pluies, les évacuations se poursuivaient. Le même jour, 50 000 personnes étaient privées d'électricité, selon le ministre de la Protection civile, Nello Musumeci.

Au moins 14 morts depuis trois jours

Les premiers décès causés par les intempéries ont été annoncés mercredi et le bilan ne cesse de s'alourdir depuis. Les deux premiers morts ont été retrouvés à Forli et Cesena, deux communes situées entre la capitale régionale, Bologne, et la station balnéaire de Rimini, sur la côte adriatique. Une troisième victime a ensuite été découverte sur une plage à Cesenatico, "qui pourrait être un homme de nationalité allemande disparu depuis plusieurs jours à Rimini", selon la préfecture locale. Toujours mercredi, deux autres corps ont été retrouvés à Forli, avant que quatre autres décès ne portent le bilan officiel provisoire à neuf morts dans la soirée.

Les autorités locales ont ensuite rapporté jeudi la découverte d'un couple d'agriculteurs âgés de plus de 70 ans, retrouvés morts dans leur appartement envahi par l'eau à Ravenne. Parmi les morts figure également un couple emporté par un mur d'eau alors qu'il inspectait ses prairies. Le corps de la femme sexagénaire a été retrouvé à 20 kilomètres de là, sur une plage, selon les médias transalpins.

Vendredi à la mi-journée, le bilan des inondations a été officiellement porté à 14 morts. "Le bilan humain est passé à 14", a fait savoir à l'AFP un porte-parole de la région, précisant que la 14e victime était un homme retrouvé noyé dans sa maison à Faenza.

En hommage à ces victimes, une minute de silence a été observée par le peloton cycliste du Tour d'Italie, jeudi. Ce sera aussi le cas sur tous les terrains de football à partir de vendredi avant chaque match prévu dans le pays. Le Comité olympique italien a "invité" toutes les fédérations à en faire autant lors de "toutes les manifestations sportives" prévues ce week-end.

Le Grand Prix de F1 annulé

Sur les terres de l'écurie Ferrari, ce week-end devait être un moment de fête marqué par le Grand Prix d'Emilie-Romagne de Formule 1, dimanche, à Imola, entre Bologne et Forli. Mais le GP "n'aura pas lieu", ont acté les organisateurs, dès mercredi. "Cela ne serait pas juste d'accroître la pression sur les autorités locales et les services d'intervention dans une période difficile", ont-ils justifié, d'autant que le fleuve Santerno, qui borde le circuit, était en crue. Mardi, les activités dans le paddock de la F1 avaient été suspendues et le personnel sur place prié d'évacuer par précaution.

"C'est une tragédie de voir ce qui se passait à Imola et en Emilie-Romagne, la ville et la région où j'ai grandi", a déclaré l'Italien Stefano Domenicali, PDG de la société organisatrice Formula One. Ferrari, basé dans cette région, à Maranello, a annoncé avoir "fait don d'un million d'euros à l'Agence de la sécurité territoriale et de la protection civile" régionale dans le cadre d'une "collecte de fonds" locale. L'utilisation de cette somme se fera "avec une attention particulière aux projets de restauration environnementale et à la gestion de l'instabilité hydrogéologique", selon l'entreprise. Le pilote japonais Yuki Tsunoda, lui, est allé prêter main forte aux habitants d'une ville proche d'Imola.

Un lourd bilan économique

Le président de la région d'Emilie-Romagne, Stefano Bonaccini, a comparé l'ampleur et les conséquences de la catastrophe aux séismes qui avait frappé la région en mai 2012, causant plus de 10 milliards d'euros de dégâts matériels. Les inondations vont de nouveau coûter plusieurs milliards d'euros, auxquels s'ajoutent deux milliards estimés après de précédentes intempéries qui avaient fait deux morts dans la région au début du mois.

>> Italie : l'impact "incalculable" des inondations en Emilie-Romagne

L'agriculture est le premier secteur touché, des milliers de fermes de cette région fertile ayant été ravagées ces derniers jours. "Cinq mille exploitations agricoles ont fini sous l'eau : des serres, des pépinières, des étables dont les bêtes sont noyées, des dizaines de milliers d'hectares inondés de vigne, de kiwis, de poires, de pommes, de légumes et de céréales...", a détaillé la confédération agricole italienne Coldiretti.

Un effet de la "tropicalisation" du climat méditerranéen

Pour les autorités et les experts, ces calamités exceptionnelles vont devenir la norme. "Rien ne sera plus comme avant, car ce processus de 'tropicalisation', qui monte de l'Afrique, touche aussi l'Italie", a averti le ministre de la Protection civile, Nello Musumeci. "Si nous avions conçu un réseau de distribution de l'eau de pluie capable d'absorber 1 000 millimètres en 12 mois, nous devons penser maintenant à un système qui devra absorber 500 millimètres en 48 heures", a-t-il commenté.

Paradoxalement, ces trombes d'eau frappent un pays régulièrement touché par la sécheresse. Pour autant, ces pluies torrentielles ne permettront pas de résorber le déficit hydrique lié à la raréfaction de la neige en montagne et des précipitations moyennes, préviennent les spécialistes.

Selon les experts, le changement climatique dû à l'activité humaine accroît l'intensité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur, les sécheresses et les incendies de forêt, mais aussi les tempêtes accompagnées de fortes pluies. Cette dépression, qui frappe le plus durement l'Italie, a également provoqué des inondations de l'autre côté de l'Adriatique, en Croatie et en Bosnie, sans faire de victimes pour le moment.

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