Témoignage "En temps de guerre, on ne laisse pas tomber ses compatriotes" : la colère d'un Français qui vit en Ukraine contre Jean-Yves Le Drian

Le déplacement de l’ambassade de France de Kiev à Lviv annoncé lundi par le ministre des Affaires étrangères crée un sentiment d’abandon chez certains ressortissants français, comme Jérémie, patron d'une entreprise de logistique dans la capitale ukrainienne.

Article rédigé par
Olivia Chandioux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des Ukrainiens se pressent dans la station de métro de la ville pour s'abriter des bombardements à Kiev, le 28 février 2022. (ANDRII NESTERENKO / EPA)

Alors que Moscou rassemble ses troupes aux portes de Kiev, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, a annoncé lundi 28 février que l’ambassade de France allait être déplacée à Lviv, dans l'ouest du pays. La capitale ukrainienne reste "l'objectif principal" de l'armée russe, selon l'armée locale. On estime qu'un millier de Français se trouvent toujours dans la capitale ukrainienne.

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C'est le cas de Jérémie, patron d'une entreprise de logistique. Jusqu'ici, la consigne des autorités était claire : ne pas bouger. Aussi, ce transfert de l'ambassade passe mal pour ce Français qui se sent abandonné.

franceinfo : Que pensez-vous du transfert de l'ambassade de France à Lviv annoncé lundi par le Quai d'Orsay ?

Jérémie : C'est un peu précipité, car nous avions des informations de l'ambassade et du Quai d'Orsay qui nous disaient qu'il fallait rester à la maison, que c'était plus sécurisé. Des sources internes de l'ambassade de France m'avaient dit qu'ils allaient évacuer. Et lorsque j'ai posé la question de ce que les ressortissants français devaient faire, on ne m'a pas répondu. J'ai donc contacté le Quai d'Orsay : là-bas, on m'a dit qu'ils n'avaient pas ce genre d'information. J'ai donc appelé mon chef d'îlot [NDLR : le chef d'îlot participe au dispositif de l'îlotage, base du plan de sécurité établi par l'ambassade de France. Il est responsable d'un groupe de ressortissants français inscrits auprès de cette ambassade et relaie les informations de l’ambassade en période de crise.]

Lui m'a dit qu'il n'avait pas cette information. Il a essayé de contacter l'ambassade, qui l'a rassuré en lui disant que seul le personnel non essentiel partait, mais que toute l'ambassade restait à Kiev. En réalité, au même moment, ils partaient de Kiev en laissant tous les ressortissants français sur le carreau, en appelant juste leurs amis et en leur proposant de venir avec eux.

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Vous avez vécu comme un abandon ce transfert de l'ambassade ?

Je ne suis pas Émile Zola, mais j'accuse l'ambassade de France et M. Le Drian. Et en fait, je suis persuadé qu'ils savaient avant et préparaient une évacuation : ils ont eu des réunions, c'est sûr ! On ne prépare pas une évacuation comme cela ! Ils auraient pu demander aux Français de s'organiser en convoi avec ceux qui voulait partir, et tout se serait bien passé. Je trouve que c'est un scandale monstrueux. En temps de guerre, on ne laisse pas tomber ses compatriotes. C'est vraiment d'une lâcheté... Je ne leur souhaite pas de vivre cela.

"On va essayer de former un grand convoi"

L'annonce du transfert de la représentation diplomatique vous conforte dans votre décision de partir ?

Lorsque nous avons eu ces informations, j'ai contacté le chef d'îlot et je lui ai dit que je voulais partir. Il m'a répondu que lui aussi. Nous avons donc contacté via les réseaux sociaux d'autres personnes dans le même cas, et il y en a vraiment beaucoup. On va donc essayer de former un grand convoi pour nous entraider.

Beaucoup de réfugiés se dirigent vers la Pologne. Est-ce aussi votre objectif ?

Non. On voudrait aller en Moldavie, car il y a moins de temps d'attente aux frontières. Nous sommes partis pour deux ou trois jours. On étudie les routes, heure par heure, pour voir où sont les troupes russes, où on peut passer, où on peut trouver de l'essence. On a des contacts pour savoir où récupérer d'essence. Et grâce à d'autres Français, qui habitent dans d'autres villes et qui seront sur le chemin, on va pouvoir être hébergés. C'est ça, notre plan. Il vaut mieux être en groupe. Et puis, vous pouvez imaginer le stress que provoque la situation : être en groupe, cela permet de mieux le gérer et d'être mieux accompagné.

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