Guerre en Ukraine : cinq cartes pour comprendre l'origine du conflit

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Comprendre la crise Russie-Ukraine en cinq cartes. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Clivages historiques, mouvements militaires et cristallisation des tensions… franceinfo fait le point sur un conflit aux racines profondes.

"Mais qu'est-ce que l'Ukraine ? Même pas un Etat ! Une partie de son territoire, c'est l'Europe centrale, l'autre partie, la plus importante, c'est nous qui la lui avons donnée !" Vladimir Poutine parlait déjà comme ça de son voisin en 2008 dans les colonnes du quotidien Kommersant (lien en russe). Quatorze ans plus tard, le président russe est allé au-delà des mots, en lançant une "opération militaire" sur le territoire ukrainien, jeudi 24 février, après avoir reconnu la souveraineté des séparatistes prorusses sur l'ensemble des régions de Lougansk et Donetsk.

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Pour comprendre cette nouvelle poussée de fièvre dans une région déjà meurtrie par le passé, franceinfo a concocté cinq cartes.

70% de russophones dans le Donbass

Les divisions qui traversent l'Ukraine sont anciennes et multiples. Plus de trente ans après l'effondrement du bloc soviétique et l'indépendance du pays, celui-ci est toujours marqué par de forts clivages, comme celui de la langue. D'après les données du recensement de 2001 (les plus récentes dont on dispose), dans les régions de Lougansk et de Donetsk, la proportion de la population identifiant le russe comme première langue est respectivement de 69% et 75%. Elle est de 76,5% en Crimée. A l'inverse, les régions de l'ouest du pays sont nettement moins russophones. Le russe est la première langue de moins de 10% de la population dans 14 régions. Dans la région de Kiev, cette proportion atteint 25%.

Part de la population parlant russe en Ukraine par région. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Dans un sondage réalisé en 2020 (en anglais) et repéré par Le Monde, 61% de la population (hors Crimée et Donbass) disait parler l'ukrainien à la maison, 36% le russe. Depuis 2019, en réponse à l'annexion de la Crimée par Moscou, une loi impose par ailleurs la langue ukrainienne dans le secteur public, l'éducation ou encore la médecine.

En 2004, la présidentielle divise le pays

Vous avez peut-être en mémoire les images des milliers de manifestants arborant drapeaux et foulards orange, rassemblés pendant des semaines dans le centre de Kiev. Nous sommes en novembre 2004. Le camp pro-occidental est dans la rue pour dénoncer des fraudes qui ont entaché la victoire au second tour de la présidentielle du candidat soutenu par Moscou, le Premier ministre Viktor Ianoukovitch.

Au lendemain de Noël, le 26 décembre, le candidat pro-européen Viktor Iouchtchenko est finalement élu président au troisième tour de la présidentielle. Il a reçu entre 70 et 95% des voix dans les régions de l'ouest, et 78% à Kiev. Son adversaire a obtenu respectivement 93,5% et 91,2% des voix dans les régions orientales de Donetsk et de Lougansk. Mais la fameuse "Révolution orange" secoue en profondeur l'Ukraine. Le pays, à la recherche de son identité, est divisé électoralement, avec prorusses d'un côté et pro-Kiev (donc pro-Europe) de l'autre.

Carte du résultat de l'élection présidentielle de 2004 en Ukraine. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Des frontières rongées depuis 2014

L'Europe n'avait pas connu cela depuis la proclamation par le Kosovo de son indépendance : en 2014, ses frontières ont encore bougé. La Crimée, péninsule grande comme la Normandie, jusque-là ukrainienne, passe dans les mains des Russes. Un coup de force militaire validé par un référendum le 16 mars : ce jour-là, la population de Crimée se prononce à 96,6% en faveur de son rattachement à Moscou.

Au même moment, des manifestations prorusses ont lieu à l'est et au sud du pays, notamment à Kharkiv, Odessa et Donetsk. C'est le début de la guerre du Donbass, nom de cette région, majoritairement russophone. Le 11 mai 2014, deux référendums (non reconnus par l'Ukraine et les pays occidentaux), se tiennent à Donetsk et Lougansk : le "oui" à l'indépendance l'emporte à chaque fois massivement.

Les frontières de l'Ukraine contestées depuis 2014. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Le 5 septembre, un premier cessez-le-feu est signé entre les deux camps. Son nom : "protocole de Minsk" ou "Minsk 1", parce que négocié dans la capitale biélorusse. Après une recrudescence des combats, un nouvel accord de paix, Minsk 2, est signé en février 2015. Celui-ci a volé en éclat après les dernières déclarations de Vladimir Poutine.

Des milliers de soldats russes massés aux frontières depuis octobre 2021

Moscou a déployé ses effectifs militaires le long de la frontière russo-ukrainienne depuis la fin octobre 2021. Sont-ils 100 000 ? 150 000 ? "Plus de 150 000" même, selon les Etats-Unis. La Russie a massé "presque 200 000 soldats" à la frontière ukrainienne, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans la nuit de mercredi à jeudi. En réaction, les pays de l'Otan avaient placé des forces et envoyé des navires et des avions de combat pour renforcer leur défense en Europe de l'Est. 

Jeudi matin, sur ordre de Vladimir Poutine, les forces russes sont passées à l'action. Les gardes-frontières ukrainiens ont signalé l'entrée de véhicules militaires russes, y compris des blindés, en plusieurs points du territoire. Et des frappes aériennes russes ont visé plusieurs villes du pays.

Positions des forces russes et de l'Otan autour de l'Ukraine. (PIERRE-ALBERT JOSSERAND / FRANCEINFO)

Une explosion des violations du cessez-le-feu

Depuis février 2015 et la signature des accords de "Minsk 2", la région du Donbass est coupée par une ligne de cessez-le-feu avec, d'un côté, les territoires restés sous le contrôle du gouvernement de Kiev, et, de l'autre, les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, tenues par des groupes séparatistes prorusses.

Mais les bruits des balles et des obus n'ont en réalité jamais cessé. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), chargée de surveiller l'état du conflit, a enregistré mardi 22 février 1 927 violations du cessez-le-feu en vigueur sur le front dans l'est de l'Ukraine. Un record cette année. Début février, les observateurs de l'OSCE en recensaient autour de 200 par jour. Depuis huit ans, le conflit a fait plus de 14 000 morts.

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