Guerre en Ukraine : quelles sont les accusations visant les premiers soldats russes jugés pour crimes de guerre ?

Deux premiers procès pour crimes de guerre se sont ouverts à Kiev et Poltava, mercredi et jeudi, près de trois mois après le début de l'offensive russe. 

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Le soldat russe Vadim Chichimarine, 21 ans, lors d'une audience préliminaire en vue de son procès au tribunal à Kiev, en Ukraine, le 13 mai 2022. (EFREM LUKATSKY / AP / SIPA)

"La séance est ouverte", a déclaré la juge peu après l'arrivée dans la salle d'audience de Vadim Chichimarine. Mercredi 18 mai, le premier procès d'un soldat russe pour crime de guerre s'est ouvert à Kiev, près de trois mois après le début de l'offensive russe sur le territoire ukrainien. Ce jeune soldat de 21 ans est accusé d'avoir tué un sexagénaire, le 28 février, quatre jour après le début du conflit, dans le nord-est du pays.

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Jeudi, un deuxième procès pour crime de guerre s'est ouvert à Poltava, impliquant cette fois-ci deux soldats russes, Oleksandr Ivanov et Oleksandr Bobykin, tous deux accusés d'avoir tiré des roquettes en direction d'infrastructures civiles près de Kharkiv.

En trois mois, l'Ukraine a ouvert plus de 12 000 enquêtes pour crimes de guerre, selon le parquet ukrainien. Le Kremlin, de son côté, réfute ces accusations pourtant documentées. Franceinfo revient sur les crimes dont sont accusés les trois soldats au cœur de ces premiers procès.

Un civil abattu dans la région de Soumy

Le crâne rasé, Vadim Chichimarine a comparu dès mercredi au tribunal de district Solomiansky. Le militaire, originaire d'Irkoutsk en Sibérie, est jugé pour violation du droit de la guerre et assassinat. Il a rapidement plaidé coupable, après la lecture de l'acte d'accusation. 

Le soldat russe Vadim Chichimarine, 21 ans, lors d'une audience préliminaire en vue de son procès au tribunal à Kiev, en Ukraine, le 13 mai 2022. (EFREM LUKATSKY / AP / SIPA)

Le 28 février, Vadim Chichimarine était dans la région de Soumy avec une colonne de blindés russes. Après une attaque des forces ukrainiennes, il vole une voiture avec quatre soldats. "Nous voulions retourner là où notre armée était positionnée, en Russie", a-t-il défendu lors de son procès. "Alors que nous roulions, nous avons vu un homme qui parlait au téléphone." Ce dernier pousse son vélo, près du village de Choupakhivka. 

Selon le récit du jeune soldat russe, un militaire à bord de la voiture lui demande alors de tirer sur ce civil, afin de ne pas dénoncer leur présence. Vadim Chichimarine assure avoir refusé, jusqu'à ce qu'un autre soldat insiste : "Il m'a dit d'un ton ferme de tirer, que si je ne le faisais pas, nous serions en danger." Vadim Chichimarine a admis qu'il n'était pas obligé de lui obéir, ce militaire n'étant pas son supérieur. Mais le soldat abat quand même l'Ukrainien d'une balle, tirée avec une Kalachnikov depuis la fenêtre de la voiture, selon les services de la procureure générale. 

"L'homme est mort sur le coup, à quelques dizaines de mètres de son domicile". 

Les services de la procureure générale

au procès de Vadim Chichimarine

"Il est tombé et nous avons continué notre route", a décrit l'accusé dans une vidéo diffusée par les autorités ukrainiennes. L'épouse de la victime, Oleksandr Chelipov, a été témoin de la scène. "J'étais allée puiser de l'eau quand j'ai entendu des coups de feu. J'ai ouvert le portail, j'ai vu la voiture (...) et ce jeune homme", a-t-elle rapporté à la barre. En sortant de sa maison, elle a vu le corps de son mari, la tête ensanglantée. "J'ai commencé à crier très fort."

Jeudi, l'accusé a échangé à la barre avec celle qui a été témoin de son acte. "Avez vous des remords pour le crime que vous avez commis ?" lui a lancé Katerina Chelipova. "Je sais que vous ne pourrez pas me pardonner, mais je vous demande quand-même pardon", a alors lancé le soldat. 

"Mais pourquoi êtes-vous venu ici ? Pour nous libérer de quoi ? Qu'est-ce que mon mari vous avait fait ?"

Katerina Chelipova, veuve de la victime

au procès de Vadim Chichimarine

Pour son avocat, Vadim Chichimarine "n'est pas coupable du crime dont il est accusé", n'ayant pas souhaité obéir à l'ordre de tirer sur le civil ukrainien. L'accusation a néanmoins requis la réclusion à perpétuité. "Il exécutait un ordre criminel et en était bien conscient", a avancé l'un des procureurs. "Je regrette ce que j'ai fait. (...) Je ne voulais pas tuer", a soufflé le soldat de 21 ans. Le verdict sera rendu lundi. 

Une pluie de missiles sur des bâtiments civils

Dans la lignée de cette audience, un deuxième procès visant deux autres militaires russes s'est ouvert jeudi en Ukraine. Selon l'accusation, Oleksandr Ivanov et Oleksandr Bobykin ont commis un crime de violation des lois et coutumes de la guerre, comme le rapporte le média public ukrainien Suspilne (en ukrainien). Ils sont accusés d'avoir tiré des missiles Grad sur des infrastructures civiles près de Kharkiv, explique un journaliste de Sky News (en anglais) qui a suivi ce procès. En russe, "grad" signifie "grêle", car ce système permet à 40 missiles d'être tirés en une poignée de secondes, rappelle Libération.

L'édition européenne du journal indépendant russe Novaïa Gazeta (en anglais) cite l'accusation, qui affirme que la brigade des deux soldats est arrivée dans la région frontalière de Belgorod (Russie) le 22 février, consciente de l'invasion imminente de l'Ukraine. D'après l'accusation, les tirs ont touché une zone résidentielle à Kozacha Lopan, ainsi qu'un centre d'enseignement dans une autre ville de la région de Kharkiv. 

L'un des deux militaires, Oleksandr Bobykin, a assuré à la barre que son unité avait été informée qu'elle mènerait des exercices militaires avec l'armée biélorusse, rapporte Sky News. L'unité aurait ensuite été redirigée vers l'Ukraine, selon son récit. Les deux soldats, d'après Novaïa Gazeta, ont assuré ne pas savoir, au moment des tirs, quelles villes étaient ciblées. 

Les deux hommes ont plaidé coupable, s'excusant pour leurs actes, a rapporté Sky News. Leur procès doit reprendre jeudi.

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