Orages en Corse : on vous explique pourquoi le réchauffement de la mer Méditerranée va accentuer les phénomènes extrêmes

La Méditerranée affiche des températures de 4 à 5 degrés au-dessus des normales de saison.

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Des troncs d'arbres échoués sur la plage de Sète (Hérault) après une tempête, le 26 novembre 2020. (TIZIANA ANNESI / HANS LUCAS / AFP)

De fortes chaleurs pendant plusieurs semaines d'affilée, puis des orages dévastateurs qui éclatent. En Corse, les violentes rafales de vent et les pluies torrentielles ont fait des dégâts, jeudi 18 août, et surtout causé la mort d'au moins cinq personnes, tuées par des chutes d'arbres ou en mer. Franceinfo vous explique en quoi les températures anormalement élevées de la mer Méditerranée, qui se réchauffe inexorablement, favorisent ces phénomènes météorologiques extrêmes. En effet, ce symptôme de la crise climatique, en plus de causer d'importants dégâts sur la biodiversité, influe sur les conditions météorologiques.

La Méditerranée se réchauffe fortement

Le bassin méditerranéen est aujourd'hui l'une des régions du monde les plus touchées par le réchauffement climatique. Fin juillet, des experts de l'évolution climatique alertaient, auprès de l'AFP, sur la "grande vague de chaleur marine" en cours depuis fin mai, avec des températures "exceptionnelles" supérieures de "4 à 5 degrés" aux normales. Le réchauffement de la Méditerranée intervient à la surface, mais aussi dans les couches plus profondes.

En juillet, "de la mer des Baléares (Espagne) à la Sardaigne (Italie), ainsi qu'à l'est de la Corse et sur l'ensemble de la mer Tyrrhénienne (comprise entre la Sicile et la Corse), on observe en surface (..) des valeurs exceptionnelles de températures comprises entre 28 et 30 degrés" qui sont "supérieurs à la normale, de l'ordre de +4 à +5 degrés", précise à l'AFP l'ONG Mercator Ocean international. Cette organisation à but non lucratif basée à Toulouse rassemble les principaux instituts spécialisés en océanographie de France, d'Italie, d'Espagne, de Grande-Bretagne et de Norvège et pilote le service européen de surveillance des océans, le Copernicus Marine Service (CMEMS).

La chaleur de la mer alimente les phénomènes météo violents

"Aujourd'hui, on sait que l'augmentation de la température de l'eau provoque des phénomènes extrêmes", souligne Christian Buchet, directeur du Centre d'études de la mer de l'Institut catholique de Paris, interrogé pour franceinfo. "L'eau chaude de la Méditerranée favorise l'ascendance de l'air", explique à franceinfo le météorologue Nicolas Le Friant. L'air chaud et humide remonte dans l'atmosphère dès que les températures se rafraîchissent dans l'air.

La Méditerranée devient donc une réserve d'eau chaude particulièrement propice à la formation des orages. "Plus la Méditerranée va être chaude, plus on va avoir une réserve d'énergie supplémentaire, qui va contribuer à se transformer en précipitations diluviennes", analyse pour franceinfo l'hydrologue Emma Haziza, spécialiste de l'adaptation de nos sociétés aux bouleversements climatiques.

Cette configuration est propice aux épisodes méditerranéens. Ces orages, accompagnés de forts cumuls de pluies qui se produisent en principe en automne, sont le résultat d'une confrontation entre les remontées d'air chaud, humide et instable en provenance de Méditerranée, et l'arrivée d'air froid d'altitude. Ce contraste thermique peut aussi donner naissance à un arcus, un nuage en forme de rouleau arqué, annonciateur de violents orages. Un nuage de ce type a justement été observé dans le ciel de Corse, avant les intempéries dévastatrices de jeudi.

La chaleur s'emmagasine en mer et diffuse longtemps dans l'atmosphère

La chaleur de la mer constatée actuellement aura une incidence sur les prochains mois. "Toute la chaleur emmagasinée par la mer durant l'été va rester très longtemps, et cette inertie peut influencer l'atmosphère sur un temps plus long", prévient sur TF1 Florian Pantillon, chercheur au laboratoire d'aérologie du CNRS à Toulouse. "Cette combinaison de mer qui reste très chaude avec une météo qui commence à se dégrader, cela va fournir beaucoup d'humidité à l'atmosphère et donc beaucoup de potentiel pour des pluies fortes et des épisodes intenses à l'automne", ajoute le scientifique.

Après un été particulièrement chaud, le refroidissement des températures à l'automne pourrait générer des "medicanes". Cette contraction du mot "hurricane" (ouragan en français) et de "Méditerranée", désigne une tempête extrême de courte durée qui se situe, comme son nom l'indique, en Méditerranée. Orages, épisodes méditerranéens, tempêtes, "medicanes"… "Plus l'eau est chaude, plus ce type d'épisode risque d'être violent", prévient pour Le Figaro Caroline Jane Muller, chercheuse CNRS en détachement à l'Institut des sciences et des technologies d'Autriche.

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