Météo : épisodes cévenols ou méditerranéens, "medicane" ou orages en "V"... On vous explique ces phénomènes

De violents orages d'été ont traversé la France, à la mi-août. Et ils ont été particulièrement actifs dans le Sud-Est et en Corse. Episode méditerranéen ou cévenol, voire "medicane", franceinfo fait le point sur ces phénomènes.

Article rédigé par
Valentin Moylen - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Orages, pluies, inondations, un épisode cévenol en septembre 2020, à Saint-Julien-de-la-Nef, dans l'Hérault. (SYLVIE CAMBON / MAXPPP)

Les alertes aux orages ont succédé aux alertes canicule sur une bonne partie de la France, en cette mi-août, et en particulier dans l'arc méditerranéen. Et l'épisode a été extrêmement brutal en Corse, avec des vents exceptionnellement violents de plus de 200 km/h, qui, en quelques heures seulement, ont provoqué des dégâts énormes, jeudi 18 août, et provoqué la mort de cinq personnes.

>> Pourquoi les orages de la mi-août ne permettront pas de mettre un terme à la sécheresse

Dans le Sud-Est, ces orages ont été accompagnés "d’une forte activité électrique, de chutes de grêle et de forts cumuls de précipitation, de 20 à 50 millimètres d'eau en moins d’une heure, et des rafales de vents autour de 70 à 90 km/h", précise Météo-France. Soit la définition d'un épisode méditerranéen. Franceinfo vous explique ces différents phénomènes météo. 

"Épisode méditerranéen"

Les épisodes méditerranéens sont de violents orages provoqués par des remontées d'air chaud et humide en provenance de Méditerranée, qui rencontrent les masses d'air froid venant du nord-ouest. D'habitude, ces épisodes méditerranéens se produisent en septembre-octobre, moment où la mer est la plus chaude, ce qui favorise une forte évaporation. Or, cet été, la Méditerranée est 3 à 5 degrés plus chaude que l’an dernier. Cette rencontre des masses d'air chaud avec les masses d'air froid vient se bloquer sur les principaux massifs (contreforts alpins, Cévennes notamment) qui forment un effet cuvette.

Là, de violentes intempéries se déclenchent. Les orages qui naissent de cette confrontation sont souvent stationnaires, bloqués par ces massifs. Il s'agit alors d'une série d'orages qui se succèdent sur une zone donnée pendant 12 à 36 heures avec des cumuls de pluies très importants. Ils déversent en quelques heures 150 à 300 millimètres d'eau alors qu'un orage provoque environ 50 millimètres d'eau. Une telle masse d'eau en si peu de temps engendre des conséquences hydrologiques importantes avec des inondations, accentuées par le fait que les sols arides sont incapables d'absorber ces quantités d'eau. 

"Episode cévenol"

On parle d'"épisode cévenol" lorsque le phénomène affecte le massif des Cévennes qui bloque les pluies de façon durable. Le dernier épisode majeur date de septembre 2020, où il est tombé plus de 700 millimètres en 12 heures dans les Cévennes gardoises à Valleraugue (Gard). Le massif est réputé pour l'intensité des épisodes qui l'affectent, et le terme est souvent employé pour caractériser tout épisode apportant des pluies diluviennes sur les régions méridionales.

Cependant, les mêmes mécanismes sont à l'œuvre sur l'ensemble du littoral méditerranéen, comme dans le Roussillon, en Italie, en Grèce ou encore au Maghreb. Le terme apparaissait donc comme étant trop localisé et fut peu à peu remplacé par "épisode méditerranéen".

"Orages en V"

Les orages en "V" sont un autre phénomène de la sous-famille des épisodes méditerranéens. Il s'agit d'un orage stationnaire, qui s'alimente de manière durable sur une même zone géographique au lieu de progresser. Il se nourrit des courants d'air chaud et humides venus de la mer et prend du volume : vu de dessus, il ressemble à une tache d'huile qui s'étale avec une pointe quasi fixe – d'où son nom de "V" – par laquelle il s'alimente en humidité.

Le nuage d'orage atteint des altitudes très élevées, la température chute à −75°C au sommet, ce qui aboutit à des précipitations intenses (pluies, grêle). À l'inverse, il y a l'effet de Foehn, bien connu des régions montagneuses : il s'agit d'un vent fort, sec et chaud, capable de réchauffer l'atmosphère en très peu de temps. Ce phénomène est parfois appelé le "mangeur de neige" avec sa capacité à faire fondre le manteau neigeux en quelques heures seulement. 

Orages multicellulaires, "bow echo" et "comma echo"

Quand plusieurs cellules orageuses se lient entre elles, on parle d'orage multicellulaire, caractérisé par la production de fortes pluies et de rafales de vent, parfois de grêle. S'il se déplace lentement, l'orage multicellulaire peut donner des pluies torrentielles sur des zones très localisées et déclencher des crues soudaines. Quand il est plus mobile, ce sont les rafales de vent descendantes qui peuvent se révéler destructrices.

Parfois, en particulier en été, plusieurs orages multicellulaires convergent et finissent par couvrir une superficie qui peut atteindre plusieurs centaines de kilomètres. Les météorologues parlent alors de système convectif de mésoéchelle (ou "MCS" pour Mesoscale Convective System). C'est à l'avant du système que l'activité orageuse est la plus virulente (pluie diluvienne, grêle, puissantes rafales descendantes). En progressant, la ligne de grains se déforme et s'étire et sur l'animation radar, l'écho prend la forme d'un arc (en anglais, "bow echo") ou, quand il continue de s'étirer, d'une virgule ("comma echo"). Le gigantesque nuage qui se forme à l'avant de la ligne est d'ailleurs baptisé "arcus". C'est ce phénomène qui a été observé lors de l'arrivée de l'orage du 18 août en Corse.

"Medicane" ou l'ouragan de Méditerranée

Autres phénomènes redoutables, les épisodes de "medicane". Néologisme composé du mot anglais "hurricane" (ouragan) et de "Méditerranée", il désigne une tempête extrême dans le pourtour de cette mer : il s'agit concrètement d'un système dépressionnaire de 200 à 400 km de diamètre, avec des caractéristiques toutefois moins puissantes que les ouragans de l’Atlantique ou du Pacifique. 

Le phénomène reste donc relativement rare : Météo France en recense une dizaine depuis les années 2000. Mais en raison des températures élevées de l'eau en Méditerranée après les vagues de chaleur de cet été, leur intensité pourrait être plus importante ces prochains mois. La mer étant très chaude et la température commençant à se dégrader sur le littoral avec l'arrivée de l'automne, cela va entraîner davantage d'humidité, et potentiellement de très fortes pluies. À l’instar de ce qui se produit dans une dépression tropicale, les nuages s’organisent alors de manière symétrique autour d’un axe, comme si un œil se formait au centre du système.

En novembre 2011, le littoral du Var et des Alpes-Maritimes avait subi des rafales de vents jusqu'à 157 km/h des fortes pluies. Plus récemment, en septembre 2018, la Grèce avait été touchée par ce type de dépression méditerranéenne. 

Le servicemétéo
évolue  et s’enrichit

découvrir les nouveautés

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.