"L'air froid, qui stagne, génère des orages à répétition", explique le météorologue Nicolas Le Friant

La période orageuse qui frappe la France depuis le week-end dernier est particulièrement longue, ce qui donne l'impression d'une intensité exceptionnelle, d'après le météorologue.

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Un orage au-dessus de l'étang de Pérols, dans le sud de la France, le 16 août 2022.  (NICOLAS TUCAT / AFP)

De violents orages frappent la France depuis ce week-end. Les intempéries ont d'abord touché le sud du Massif central avant de se déplacer vers l'Est toute cette semaine. Dans la matinée du jeudi 18 août, un violent orage a frappé la Corse avec des rafales de vent atteignant 224 km/h. Au moins cinq personnes sont mortes et près de 45 000 ont été privées d'électricité. Pour mieux comprendre ces phénomènes, franceinfo a interrogé le météorologue Nicolas Le Friant. 

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franceinfo : Quel est le phénomène météorologique à l'origine des orages qui frappent la France depuis le 13 août ? 

Nicolas Le Friant : Depuis le week-end dernier, on a une situation orageuse assez remarquable. On a beaucoup d'air chaud, car on est en été, et on a beaucoup d'air froid en altitude. C'est le cocktail classique de situations orageuses. Avoir des orages l'été, c'est tout à fait normal. Ce qui fait qu'on en a beaucoup et qu'ils sont violents, c'est que l'air froid, qui est arrivé par la péninsule ibérique, met beaucoup de temps à traverser le pays d'est en ouest. Il est bloqué par une masse d'air chaud qui stationne sur l'Europe de l'Est. C'est pour ça que, depuis dimanche, on a des vagues orageuses assez virulentes.

Ces orages sont-ils plus violents que les années précédentes ? 

On a des situations orageuses virulentes, car tous les ingrédients météorologiques sont réunis. Mais c'est difficile de comparer avec les années précédentes, chaque été est différent. 

En 2020, on a eu des canicules et peu d'orages. L'été dernier était plutôt frais, océanique avec beaucoup de pluies et peu d'orages. Cette année, le mois de juin était très chaud et très orageux, juillet a été très sec. Là, jusqu'à la mi-août, on avait eu un temps très chaud et très sec et tout à coup, on a eu des orages. Les étés ne se ressemblent jamais. Ce n'est pas comme sous les tropiques où on peut comparer les saisons cycloniques entre elles. 

Est-ce qu'on avait déjà vu de tels phénomènes ? 

Bien sûr, il n'y a rien d'exceptionnel. Des orages qui génèrent des rafales à plus de 150 km/h, ça arrive quasiment tous les ans, heureusement pas à chaque orage. Des situations orageuses violentes, ça arrive, sauf que là, elles se répètent car la situation bouge peu et très lentement.  

En été, les orages durent une journée, ou deux maximum. Là, cet air froid, qui a du mal à progresser et qui rencontre l'air chaud en altitude, génère des orages. 

La sécheresse qu'on connaît depuis le début de l'année influe-t-elle sur le risque d'inondations ?

Plus un sol est sec, plus il sera imperméable aux eaux de pluie. En plus, on a des pluies violentes qui durent peu de temps, donc l'eau n'a même pas le temps de s'infiltrer. Sur des terrains très secs, c'est comme si vous étiez sur du goudron, ça ruisselle.

Les images que l'on voit ces derniers jours sont en milieu urbain. Avec la force des précipitations, les égouts ne parviennent pas à évacuer l'eau, qui s'écoule où elle peut, c'est-à-dire dans les rues. À Montpellier, à chaque fois qu'il y a un orage, on voit des images des rues inondées. Si l'orage localisé avait eu lieu en milieu rural, on n'aurait pas cette impression de phénomène exceptionnel.

L'orage qui a frappé la Corse a-t-il un lien avec la température de la Méditerranée ?

Avec les canicules qu'on a connues depuis le mois de juin, et un mois de mai déjà chaud, on a une anomalie de températures. La mer s'est réchauffée en profondeur, il y a donc une réserve d'eau chaude. Or l'orage a besoin de chaleur et de vapeur d'eau. Actuellement, la Méditerranée est un très bon réservoir d'humidité pour alimenter ces orages. 

Ce matin, on avait entre 23 et 26°C en températures minimales en Corse. La Méditerranée est entre 26 et 29°C, et en altitude, on avait de l'air froid. L'eau chaude de la Méditerranée favorise l'ascendance de l'air, ce qui alimente l'orage. On avait tous les ingrédients pour un violent orage, mais ça ne veut pas dire que tous les orages vont être de cette intensité. 

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