Vidéos Génocide au Rwanda : ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron à Kigali

Vingt-sept ans après le génocide rwandais, le président français a prononcé jeudi une allocution solennelle à Kigali, temps fort d'une visite censée finaliser la réconciliation entre les deux pays.

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Emmanuel Macron prononce un discours lors d'une visite au Mémorial du génocide perpétré contre les Tutsi, le 27 mai 2021 à Kigali (Rwanda). (LUDOVIC MARIN / AFP)

"Je viens reconnaître nos responsabilités." Emmanuel Macron a prononcé un discours très attendu, jeudi 27 mai, à l'issue d'une visite au Mémorial du génocide rwandais à Kigali. Le président de la République a affirmé qu'il était du "devoir de la France de regarder l'histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu'elle a imposée au peuple rwandais", vingt-sept ans après le massacre de 800 000 personnes, essentiellement des Tutsi, sous les ordres du gouvernement hutu. Auparavant, le président français a visité le musée retraçant l'histoire du génocide et déposé une gerbe à la mémoire des victimes. 

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Franceinfo vous résume les grandes lignes de son allocution lors de cette visite officielle au Rwanda.

Un hommage aux victimes du génocide

Emmanuel Macron a débuté son allocution au mémorial en rendant hommage aux victimes du génocide. "Ce lieu, ici à Gisozi, leur restitue tout ce dont on avait tenté de les priver : un visage, une histoire, des souvenirs. Des envies, des rêves. Et surtout une identité, un nom. Tous les noms, gravés, un à un, inlassablement sur la pierre éternelle de ce mémorial", a déclaré gravement le chef de l'Etat. "Un génocide ne s'efface pas. Il est indélébile. Il n'a jamais de fin, a insisté Emmanuel Macron. Et c'est au nom de la vie que nous devons dire, nommer, reconnaître."

VIDEO. "Un génocide ne s’efface pas, il est indélébile", déclare Emmanuel Macron depuis le Rwanda

Une reconnaissance de "l'ampleur des responsabilités" de la France...

Point d'orgue de son allocution, Emmanuel Macron a déclaré être venu au Rwanda pour "reconnaître l'ampleur de nos responsabilités" dans le génocide de 1994. "La France a un rôle, une histoire et une responsabilité politique au Rwanda, a-t-il rappelé. Et elle a un devoir : celui de regarder l'histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu'elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l'examen de vérité."

VIDEO. Génocide rwandais : "La France a un devoir, celui de regarder l'histoire en face", déclare Emmanuel Macron

Emmanuel Macron avait déjà fait un pas en ce sens en remettant aux autorités rwandaises le rapport d'une commission d'historiens dirigée par Vincent Duclert, publié fin mars, établissant les "responsabilités lourdes et accablantes" de la France dans le génocide. Le document de 1 200 pages, remis en mars au président de la République, pointait également l'"aveuglement" du président socialiste de l'époque, François Mitterrand, et de son entourage face au massacre ordonné par le gouvernement hutu, que soutenait alors Paris. "La France n'a pas compris que, en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d'un régime génocidaire", a jugé Emmanuel Macron jeudi.

"En ignorant les alertes des plus lucides observateurs, la France endossait une responsabilité accablante dans un engrenage qui a abouti au pire, alors même qu'elle cherchait précisément à l'éviter."

Emmanuel Macron, à Kigali

"Nous avons, tous, abandonné des centaines de milliers de victimes à cet infernal huis clos", a estimé le chef de l'Etat, évoquant la lenteur de la réaction de la communauté internationale face au massacre. Il a appelé "toutes les parties prenantes à cette période de l'histoire rwandaise" à ouvrir "à leur tour toutes leurs archives". "Reconnaître ce passé, c'est aussi et surtout poursuivre l'œuvre de justice. En nous engageant à ce qu'aucune personne soupçonnée de crimes de génocide ne puisse échapper à la justice", a insisté Emmanuel Macron.

... mais pas d'excuses

S'il est allé plus loin que son prédecesseur Nicolas Sarkozy, seul président français à s'être rendu à Kigali depuis le génocide, le chef de l'Etat n'a pas présenté d'excuses au peuple rwandais. "Les tueurs qui hantaient les marais, les collines, les églises, n'avaient pas le visage de la France. Elle n'a pas été complice, a-t-il déclaré. Le sang qui a coulé n'a pas déshonoré ses armes ni les mains de ses soldats qui ont, eux aussi, vu de leurs yeux l'innommable, pansé des blessures et étouffé leurs larmes."

VIDEO. La France "n'a pas été complice" du génocide rwandais, déclare Emmanuel Macron

D'éventuelles excuses au nom de la France étaient pourtant un geste fort attendu par l'opinion publique rwandaise. "Ce serait une très bonne chose qu'Emmanuel Macron présente des excuses, avait ainsi estimé avant ce discours le directeur de l'ONG Aegis Trust, qui gère le mémorial de Kigali. Mais sa visite et le rapport Duclert sont déjà d'excellents signaux envoyés par la France pour la réconciliation." Contrairement à la France, la Belgique, ex-puissance coloniale du Rwanda, avait demandé pardon au peuple rwandais dès 2000.

Pour Emmanuel Macron, "reconnaître ce passé, notre responsabilité, est un geste sans contrepartie" envers le Rwanda. Un geste qui ouvre, selon lui, la possibilité d'un pardon. "Ce parcours de reconnaissance (...) nous offre l'espoir de sortir de cette nuit et de cheminer à nouveau ensemble. Sur ce chemin, seuls ceux qui ont traversé la nuit [les survivants du génocide] peuvent peut-être pardonner, nous faire le don alors de nous pardonner."

Un appel à une nouvelle "alliance" entre les deux pays

Après vingt-cinq ans de tensions entre Paris et Kigali autour du rôle de la France dans le génocide, Emmanuel Macron a appelé jeudi à "une autre rencontre" entre les deux pays. "N'effaçant rien de nos passés, il existe l'opportunité d'une alliance respectueuse, lucide, solidaire et mutuellement exigeante, entre la jeunesse du Rwanda et la jeunesse de France, a déclaré le président français. Bâtissons ensemble de nouveaux lendemains. (...) C'est le sens de l'hommage que je veux rendre à ceux dont nous garderons la mémoire, qui ont été privés d'avenir et à qui nous devons d'en inventer un."

VIDEO. "Il existe l’opportunité d’une alliance respectueuse" entre la France et le Rwanda, déclare Emmanuel Macron

Avant de s'envoler pour Kigali mercredi, Emmanuel Macron avait affirmé avoir la "conviction profonde" qu'au "cours des prochaines heures, nous allons écrire ensemble une page nouvelle de notre relation avec le Rwanda et l'Afrique". Cette normalisation des relations entre les deux pays devrait se traduire par l'annonce, lors d'une conférence de presse commune avec le président rwandais Paul Kagame à la mi-journée, du retour d'un ambassadeur français à Kigali, où le poste était vacant depuis 2015.

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