Tchad : ce que l'on sait de la mort du président Idriss Déby et de ses conséquences pour le pouvoir

Le président tchadien est mort mardi matin après plus de trente ans de pouvoir des suites de ses blessures lors de combats avec des rebelles dans le nord du pays.

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Le président tchadien Idriss Déby à Addis-Abeba (Ethiopie), le 10 février 2020. (MINASSE WONDIMU HAILU / AFP)

"La France perd un ami courageux." C'est par ces mots que l'Elysée a salué mardi 20 avril la mémoire d'Idriss Déby Itno, président du Tchad depuis 1990. Le chef d'Etat est mort mardi des suites de ses blessures, a annoncé l'armée, quelques jours après avoir été visé par des tirs de rebelles dans le nord du pays, alors qu'il était sur les lieux des combats pour commander les forces armées.

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Ce militaire de carrière venait tout juste d'être réélu pour un sixième mandat à la tête du Tchad lors de la présidentielle du 11 avril. Il avait reçu 79,32% des voix selon les résultats officiels provisoires dévoilés le 19 avril, alors que sa blessure n'avait pas encore été rendue publique. Un plébiscite, alors que près de 65% des électeurs s'étaient déplacés aux urnes.

Une opération à la frontière avec la Libye

Idriss Déby a été grièvement blessé en allant diriger lui-même, à 68 ans, les combats de son armée dans le nord du pays contre une colonne de rebelles infiltrés, comme souvent, depuis la Libye, à plusieurs centaines de kilomètres de N'Djamena. C'est là qu'il a été victime de tirs, plus tôt dans le week-end.

"Il a pris la tête des opérations lors du combat héroïque mené contre les hordes terroristes venus de la Libye. Il a été blessé au cours des accrochages et a rendu l'âme une fois rapatrié à N'Djamena", a détaillé à la télévision d'Etat le porte-parole de l'armée, le général Azem Bermandoa Agouna.

Le 19 avril, les forces tchadiennes avaient affirmé avoir tué 300 rebelles dans les combats à la frontière. Cinq militaires y avaient perdu la vie.

Un couvre-feu instauré et des écoles fermées

L'armée a immédiatement instauré un couvre-feu et fermé l'ensemble des frontières du Tchad, terrestres et aériennes. Dans la capitale N'Djamena, quelques heures après l'annonce de la mort d'Idriss Déby, les écoles ont fermé et les parents sont venus, paniqués, chercher leurs enfants. Les fonctionnaires, dont les administrations ont également fermé, sont également repartis précipitamment chez eux.

De nombreux membres de la Garde présidentielle arpentent également la ville en civil, reconnaissables à l'arme de poing glissée sous leurs vêtements et à leurs talkies-walkies. Les policiers ont eux revêtu leur "tenue de combat", comme ils l'appellent : entièrement noire, cagoule ne laissant entrevoir que les yeux. La présence militaire n'est toutefois pas plus visible que depuis le début de l'offensive rebelle le 11 avril, jour de l'élection présidentielle.

Une transition assurée par son fils

Un des fils d'Idriss Déby, le général Mahamat Idriss Déby, a été chargé d'assurer la transition du pouvoir. Ce militaire de 37 ans est désormais à la tête d'un "Conseil militaire de transition" qui doit garantir "l'indépendance nationale, l'intégrité territoriale, l'unité nationale, le respect des traités et accords internationaux" et assurer "la transition pour une durée de 18 mois", selon le porte-parole de l'armée.

"Cela traduit tout de même une certaine continuité, puisque c'est un dirigeant militaire qui succède à un autre militaire, qui plus est de la même famille", réagit Caroline Roussy, chercheuse à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), interrogée par franceinfo. Et de continuer : "Que s'est-il vraiment passé ? On a très peu d'éléments sur les circonstances de sa mort. La transition a été réglée de manière extrêmement rapide, en même temps que l'annonce de sa mort. On peut se poser des questions..."

Une promesse d'organiser des élections

A l'issue de la période de transition d'une durée de 18 mois, "de nouvelles institutions républicaines seront mises en place par l'organisation des élections libres, démocratiques et transparentes", a promis le porte-parole de l'armée lors de son intervention télévisée.

"Cela fait 30 ans que les droits de l'Homme sont méprisés dans ce pays, 30 ans qu'il n'y a pas d'alternance, on peut, une fois passée la période de deuil, se poser la question de l'acceptation par la société de voir à nouveau un militaire issu de la famille Déby au pouvoir, même en période de transition", observe la chercheuse Caroline Roussy.

Dans un communiqué, l'Elysée a rappelé à son allié "l'importance que la transition se déroule dans des conditions pacifiques, dans un esprit de dialogue avec tous les acteurs politiques et de la société civile, et permette le retour rapide à une gouvernance inclusive s'appuyant sur les institutions civiles".

Une incertitude pour l'opération Barkhane

Idriss Déby constituait un partenaire de premier plan pour la France, très investi au sein du G5 Sahel et s'apprêtait à entamer son sixième mandat de six ans à la tête du pays. "C'est un cycle d'instabilité interne qui s'ouvre aujourd'hui avec des répercussions possibles pour l'opération Barkhane au Sahel", analyse encore Caroline Roussy.

"C'était un allié gênant, mais certain et crédible pour la France dans le cadre du G5 Sahel, poursuit-elle. Trois pays de la zone souffrent déjà d'instabilité : le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Il y a un risque que cet événement vienne s'ajouter à l'instabilité. Cela aura sans doute un impact, à tout le moins on doit envisager des conséquences sur l'opération Barkhane, puisque son quartier général se trouve à N'Djamena."

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