L'Initiative d'Accra, "cadre idéal" pour combattre le terrorisme en Afrique de l'Ouest

Les pays du golfe de Guinée s'activent face à la multiplication des attaques jihadistes.

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Un soldat togolais, tenant une mitrailleuse, fait le guet sous un arbre entouré de pneus usagés alors qu'il surveille les procédures à Yemboate, le poste frontière du nord du Togo avec le Burkina Faso, le 17 février 2020. (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

Les attentats terroristes se multiplient au Bénin, un Etat qui cherche à renforcer ses partenariats pour y faire face. L'Initiative d'Accra − dont le pays est à l'origine avec le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Togo −  est "le cadre idéal pour la lutte contre le terrorisme, notamment au sud du Burkina", affirmait le 27 juillet 2022 le président béninois, Patrice Talon, alors qu'il recevait son homologue français Emmanuel Macron. Quelques jours plus tôt, un rapport du Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel notait que "face aux actes terroristes commis dans des pays côtiers de la sous-région", ces derniers avaient "intensifié leur collaboration dans le cadre de l’initiative d’Accra".
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"Une réponse" à la menace terroriste

Cette initiative, qui peut être considérée comme le pendant du G5 Sahel (réunissant le Niger, le Burkina Faso, le Tchad, la Mauritanie et jusqu'à récemment le Mali) pour les pays du golfe de Guinée. Sa raison d'être : "promouvoir l’échange d’informations ainsi que la coopération dans la conduite d’opérations militaires transfrontalières", indiquait un responsable ivoirien à l'ONU. L'Initiative d'Accra est née "en réponse à l'insécurité grandissante dans la sous-région", rappelle à franceinfo Afrique Seidik Abba, auteur de Mali-Sahel : notre Afghanisation à nous ? (Impacts Editions). 

"Sauf que depuis son lancement en 2017, il n'y a pas eu vraiment d'action concrète". Ce qui est d'autant plus regrettable, selon le spécialiste, que le Burkina "est membre à la fois du G5 Sahel et de l'Initiative d'Accra. C'est un pays stratégique pour les jihadistes parce qu'il partage quatre frontières avec les pays du golfe de Guinée : Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana et Togo", ajoute-t-il. 

Seidik Abba regrette, par ailleurs, que les pays à l'origine de l'Initiative d'Accra "n'aient rien développé entre eux-mêmes et ne se soient pas non plus davantage rapprochés des pays du Sahel". "Ils auraient dû être alertés par le fait que l'enlèvement de deux Français dans le parc du Pendjari, au Bénin en mai 2019, a été perpétré par des terroristes qui sont venus du Burkina Faso où ils ont ramenés leurs otages. C'est dans ce pays que l'intervention française a eu lieu pour les libérer. Il s’agit clairement d’un déficit d’anticipation".

Mutualiser les moyens

L'idée était pourtant "bonne" parce que l'Initiative d'Accra "a été pensée comme une sorte de cordon sanitaire qui servirait à bloquer les jihadistes au Sahel". "Malheureusement, déplore le journaliste, les Etats membres n'ont pas développé une véritable stratégie pour contrecarrer la descente de ces terroristes. Et la menace déborde aujourd'hui largement le Sahel". " ll ne fait guère de doute qu’il faut une coopération régionale pour vaincre le terrorisme", insiste Seidik Abba.    

Alors que l'Initiative d'Accra semble se réactiver, l'essayiste souligne qu'il faudrait "commencer par rétablir et intensifier, malgré le retrait du Mali, cette coopération entre le G5 Sahel et l'Initiative d'Accra"D'autant que "le Niger et le Mali y ont été accepté comme membres observateurs afin qu'ils partagent leurs expériences"En outre, ces pays côtiers "doivent pouvoir tirer des leçons de l'échec de la réponse des Etats du Sahel aux défis sécuritaires". Ces derniers ayant misé sur le "tout sécuritaire"  et occulté "la question du développement". Sur le plan opérationnel, il faudrait instaurer "le droit de poursuite" au sein de l'Initiative d'Accra, une mesure qui fonctionne au G5 Sahel. Ce droit permet, par exemple, au Niger de poursuivre sur 50 km des jihadistes qui ont perpétré des attaques sur son territoire et qui se replient au Mali, sans devoir demander une autorisation préalable à Bamako. 

La mutualisation des moyens entre les deux organisations serait également bienvenue. "D'autant plus que ceux du golfe de Guinée sont plus nantis que leurs voisins sahéliens. La Côte d'Ivoire et le Ghana sont les deuxième et troisième économies de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest". Par ailleurs, "ces pays ont des armées bien équipées" et le Ghana dispose "d'une vraie expertise militaire acquise de sa participation à de nombreuses opération onusiennes de maintien de la paix". 

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