Les jihadistes "s'implantent" dans le nord du Bénin, selon l'ONG Acled

Un rapport publié par l'organisation note une hausse des violences survenues ces derniers mois dans cette région.

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France Télévisions
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Des militaires béninois lors des célébrations marquant le 62e anniversaire de l'indépendance à Cotonou, le 1er août 2022. (YANICK FOLLY / AFP)

Le rapport d'Acled (Armed Conflict Location & Event Data Project), publié fin septembre, souligne une recrudescence "alarmante" de la violence jihadiste dans le nord du Bénin. L'organisation, qui analyse les données concernant les conflits dans le monde, a enregistré, en moins d'un an, une vingtaine d'actions attribuées aux groupes extrémistes qui sévissent depuis plusieurs années dans le Sahel.  

Une première revendication de l'EI  


Le 14 septembre 2022, le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué pour la première fois une attaque dans le nord du Bénin. Cette action, exécutée deux mois plus tôt par sa branche au Sahel, devait confirmer "l'expansion" de ses opérations dans ce pays comme l’a rapporté l'organe officiel de l'EI, l'hebdomadaire Al-Naba, cité par le centre américain de surveillance des sites jihadistes SITE. Même si cette annonce est de la pure propagande, l’opération qui a visé des patrouilles militaires dans la région d’Alibori est prise très au sérieux par Acled. L'organisation de référence met en garde depuis plus d’un an contre le risque de propagation de l'extrémisme violent  (lien en anglais) dans cette zone. 

Il est de plus en plus évident que des cellules jihadistes se sont profondément implantées dans les régions du nord du pays.

Leif Brottem, professeur au Grinnell College et chercheur associé à l'Université du Wisconsin-Madison

Acled


Des jihadistes "partout et nulle part"


L'Acled a répertorié 28 actions violentes ayant eu lieu dans le nord du Bénin entre le 1er novembre 2021 et le 14 septembre 2022. Elles sont notamment  attribuées à la Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), une branche d'Al Qaïda ou à l'organisation État islamique. Les insurgés suivent le même mode opératoire que dans le Sahel.

Ils circulent à moto, dans la nuit, pour mener des attaques éclair dans des villages avec l’aide de complices locaux, selon le rapport qui s'appuie sur les témoignages recueillis sur place. "Ces mouvements nocturnes imprévisibles permettent aux jihadistes d'être partout et nulle part", précise l'auteur du document, Leif Brottem, professeur au Grinnell College et chercheur associé à l'Université du Wisconsin-Madison. Ce dernier explique que les réserves naturelles servent de base arrière aux hommes armés. Il cite notamment le parc national du W, qui s’étend sur le Bénin, le Burkina Faso et le Niger. La partie béninoise couvre, à elle seule, plus de 8000 km². 

La présence jihadiste dans les réserves protégées est l'une des menaces les plus aiguës auxquelles les civils sont actuellement confrontés.

Leif Brottem, professeur au Grinnell College et chercheur associé à l'Université du Wisconsin-Madison

Acled

L'aide du Rwanda 


Le rapport de l’Acled indique, par ailleurs, que le mélange d'attaques mobiles, de prédication islamiste et de coercition violente ciblant certaines communautés du nord-est du Bénin a déjà été observé dans l'ouest du Mali. Et dans les deux pays, les parcs et autres réserves naturelles ont servi d' "espaces stratégiques" pour les jihadistes qui les utilisent pour se déplacer, cacher de l'argent, des armes et des otages.

L’armée béninoise est déployée dans la région pour contenir les groupes armés qui s’infiltrent à partir des pays voisins, notamment le Niger. Face à cette menace persistante, le Bénin a demandé récemment l’aide du Rwanda. Ce dernier a déjà prêté main forte au Mozambique face aux islamistes. En attendant la concrétisation de ce projet, le rapport de l’Acled insiste sur une réponse sécuritaire proportionnée qui ne se fasse pas au détriment de la protection des civils. Auquel cas, insiste l'ONG, "cela pourrait aggraver les choses".

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