G5-Sahel : Bamako se retire de la force régionale

Après le départ annoncé du Mali, l'organisation régionale sahélienne est réduite à quatre pays : la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger.

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Un militaire de l'armée malienne du G5-Sahel à Sévaré, le 30 mai 2018.  (SEBASTIEN RIEUSSEC / AFP)

Coup de gueule ou décision définitive ? La junte au pouvoir au Mali a annoncé dimanche 15 mai quitter le G5-Sahel et sa force antijihadiste, une organisation qu'elle accuse d'être "instrumentalisée" par l'"extérieur" et dont elle est empêchée d'assurer la présidence pour, selon Bamako, mieux l'isoler. Après le départ annoncé du Mali, l'organisation régionale sahélienne est réduite à quatre pays : la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger. Ce départ isole encore plus le Mali de ses voisins, alors que Bamako est depuis le 9 janvier la cible de mesures économiques et diplomatiques des Etats ouest-africains pour sanctionner l'intention de la junte de se maintenir au pouvoir encore plusieurs années, après deux putschs en août 2020 puis en mai 2021.

Isolement

Ce départ survient aussi après l'annonce début mai par la junte de la fin du traité de coopération de 2014 avec la France, ainsi que des accords de 2013 et 2020 fixant le cadre juridique de la présence de la force antijihadiste Barkhane et du regroupement de forces spéciales européennes Takuba, initié par la France. Les relations avec les Etats occidentaux se détériorent à mesure que le Mali se tourne vers la Russie. La France et ses alliés accusent la junte de s'être assurée les services de la société de sécurité privée russe Wagner, aux agissements controversés, ce que conteste Bamako. "Le gouvernement du Mali décide de se retirer de tous les organes et instances du G5-Sahel, y compris la Force conjointe" antijihadiste, indique un communiqué du gouvernement de transition, publié le 15 mai au soir.

Raisons de la colère

Les relations bilatérales avec les pays du G5-Sahel "restent maintenues", a précisé le ministre malien de l'Administration territoriale, le colonel Abdoulaye Maïga, sur la télévision publique malienne. A l'origine du courroux de Bamako contre le G5, la conférence des chefs d'Etats de l'organisation prévue en février 2022 à Bamako et devant "consacrer le début de la présidence malienne du G5". Mais "près d'un trimestre après le terme indiqué", cette conférence "ne s'est toujours pas tenue", dit le communiqué du gouvernement malien. Bamako "rejette fermement l'argument d'un Etat membre du G5-Sahel qui avance la situation politique interne nationale pour s'opposer à l'exercice par le Mali de la présidence du G5-Sahel", sans citer cet Etat.

"Pays extra-régional" 

Selon le gouvernement malien, "l'opposition de certains Etats du G5-Sahel à la présidence du Mali est liée aux manœuvres d'un Etat extra-régional visant désespérément à isoler le Mali", sans également préciser ce dernier Etat. Bamako accuse le G5-Sahel de "perte d'autonomie" et d'être victime d'une "instrumentalisation" et d'un "dysfonctionnement grave" de ses organes. Outre le Mali et le Burkina Faso, le G5-Sahel, composé d'environ 5 000 militaires, est formé de la Mauritanie, du Tchad et du Niger.

Capacité opérationnelle 

Les coups d'Etat militaires au Mali et au Burkina Faso, deux des cinq membres de la Force multilatérale antijihadiste G5-Sahel, mettent à mal sa capacité opérationnelle, a récemment estimé le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, dans un rapport remis le 11 mai au Conseil de sécurité.

"Je suis profondément préoccupé par la détérioration rapide de la situation sécuritaire au Sahel, ainsi que par l'effet potentiellement néfaste que la situation politique incertaine au Mali, au Burkina Faso et au-delà aura sur les efforts visant à rendre plus opérationnelle la Force conjointe G5-Sahel."

Antonio Guterres, Secrétaire général de l'ONU

dans un rapport

Les cinq pays du G5-Sahel avaient créé en 2014 cette organisation puis lancé en 2017 sa force militaire, alors que l'étau des jihadistes se resserrait autour de ces Etats, aux armées sous-équipées. 

Groupes jihadistes

Le Mali est le théâtre depuis 2012 d'opérations de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, ainsi qu'à des violences de toutes sortes perpétrées par des milices autoproclamées d'autodéfense et des "bandits". Ces violences, parties du nord en 2012, se sont propagées au centre, puis au Burkina Faso et au Niger voisins. Elles ont fait des milliers de morts civils et militaires ainsi que des centaines de milliers de déplacés, malgré le déploiement de forces onusiennes, françaises et africaines.

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