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En tournée africaine, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov veut rassurer sur les exportations de céréales et préserver ses alliés

Après l'Egypte et le Congo, le diplomate russe est attendu en Ouganda et en Ethiopie. 

Article rédigé par franceinfo Afrique avec AFP
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Sur cette photo distribuée par le ministère russe des Affaires étrangères, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, à gauche, et le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Shoukry s'adressent aux médias lors de la conférence de presse qui a suivi leurs entretiens au Caire, le 24 juillet 2022. (RUSSIAN FOREIGN MINISTRY)

Au Caire, le 24 juillet 2022, c'est d'abord une bonne nouvelle que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a tenu à annoncer à ses partenaires égyptiens après la conclusion en Turquie d'un accord pour les exportations de grains d'Ukraine et de Russie. Signé le 22 juillet à Istanbul, sous l'égide des Nations unies, cet accord prévoit l'instauration de "couloirs sécurisés" afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s'engagent à ne pas attaquer. 

"Nous avons confirmé l'engagement des exportateurs russes de produits céréaliers à respecter toutes leurs obligations", a déclaré Sergueï Lavrov, lors d'une conférence de presse après des pourparlers avec son homologue égyptien Sameh Choukri. Les partenaires de Moscou avaient d'autant plus besoin d'être rassurés que, le lendemain de la signature de l'accord, l'Ukraine indiquait que des frappes russes avaient touché le port d'Odessa, principal port ukrainien en mer Noire, accusant Vladimir Poutine d'avoir "craché au visage" de l'ONU et de la Turquie et de compromettre l'application du nouvel accord sur la reprise des exportations.

Les frappes d'Odessa ne changent rien 

Après avoir nié auprès d'Ankara toute implication dans ces frappes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué le 25 juillet que ces bombardements visaient "uniquement l'infrastructure militaire". Par conséquent, "cela ne peut ni ne doit gêner le début du processus de chargement (des céréales)". L'Ukraine a, pour sa part, annoncé dans la foulée qu'elle reprendrait ses exportations de céréales, ainsi que de fertilisants "dès cette semaine"

Après l'Egypte, Sergueï Lavrov s'est rendu au Congo-Brazaville où il a rencontré le 25 juillet le président congolais Denis Sassou Nguesso, réélu en mars 2021 après avoir déjà passé plus de 35 ans au pouvoir. A Oyo, dans le fief du dirigeant congolais situé au nord de la capitale Brazzaville, le diplomate russe a réitéré son message à un pays qui a affiché sa neutralité depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie tout en la condamnant aux Nations unies. Seules des cibles militaires étaient concernées par les opérations russes à Odessa : le blé est sauf.

Gain de cause pour l'Union africaine

Si Moscou se veut aussi rassurante, c'est que l'accord d'Istanbul fait désormais partie intégrante de son arsenal diplomatique pour garder auprès de lui ses alliés africains. Le rétablissement de l'approvisionnement en céréales contribuera à éloigner l'ombre de l'insécurité alimentaire qui plane déjà sur bon nombre de pays du continent. Après sa signature, l'Union africaine (UA) s'était d'ailleurs empressée de féliciter, dans un communiqué, "toutes les parties pour ce développement fructueux".

Sans oublier de souligner le rôle joué par le président en exercice de l'Union africaine, le chef de l'Etat sénégalais Macky Sall. Ce dernier avait rencontré son homologue russe à Sotchi, le 3 juin 2022, pour lui expliquer que les pays africains, même éloignés de la zone de conflit entre la Russie et l'Ukraine, en étaient des "victimes" et lui avait demandé la reprise des exportations de céréales et surtout d'engrais, dont l'absence pénalise les récoltes dans les pays africains.    

Avant l'invasion de l'Ukraine, l'exportation de blé, maïs et tournesol d'Ukraine se faisait à 90% par la mer et pour l'essentiel par Odessa qui concentrait 60% de l'activité portuaire du pays. L'accord doit permettre d'exporter 20 à 25 millions de tonnes de grains bloquées en Ukraine et de faciliter les exportations agricoles russes. La Russie ayant obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s'appliqueront pas, directement ou indirectement, à ses exportations de produits agricoles et d'engrais.

En Ouganda où les prix des aliments de première nécessité et ceux du carburant ont flambé ces derniers mois, Sergueï Lavrov est attendu par l'autocrate Yoweri Museveni dont le régime ne cache pas son inclinaison pour le dirigeant russe, Vladimir Poutine. Le pays s'est abstenu de voter en mars dernier pour condamner l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Quant à l'Ethiopie, elle n'a pas du tout participé au vote. C'est dans ce pays en conflit et qui connaît une famine sans précédent que le chef de la diplomatie russe terminera son périple africain.

Alors que la France et la Russie se livrent une guerre d'influence sur le terrrain africain, le président français Emmanuel Macron et le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov y séjournent simultanément jusqu'au 28 juillet.

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